Quelles sont les objections juives à la messianité de Jésus? (Épisode 129)

Florent est encore à Jérusalem accompagné de Josué. Ils discutent ensemble des objections juives les plus courantes à l'encontre de la messianité de Jésus. Ils parlent premièrement des dégâts de l'histoire, incluant les chrétiens, sur le peuple juif. Puis discutent de la personne même de Jésus, invitant les juifs à lire par eux-mêmes le Nouveau Testament.

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Quelles sont les objections juives à la messianité de Jésus ? (Épisode 129)

– FV : Shalom de Jérusalem où je suis accompagné de mon cher ami Josué Turnil qui est le responsable de la mission « Juifs pour Jésus » en France, et je profite de l’occasion qu’on soit ensemble pour lui demander quelles sont les objections courantes du peuple juif à l’encontre de la messianité de Jésus et comment y répondre.

– JT : Shalom Florent et boker tov. Alors nous avons déjà parlé de l’identité juive de Jésus, et je dirais que quelque part, c’est la première objection, c’est-à-dire : « Je ne peux pas croire en Jésus parce que je suis Juif. Parce que dans ma culture, dans ma tradition, mon identité, Jésus ne figure pas, c’est pour les autres, ce n’est pas pour nous. » .

– FV : Pourtant, Jésus était juif, les disciples étaient juifs, les apôtres, la première Église était juive.

– JT : Oui et pourtant je soutiens PSG et pas Marseille… (rire)

– FV : (rires)

J.T – C’est un peu pareil, donc ça c’est une fois qu’on peut établir que Jésus était juif, comme tu le dis, que le christianisme commence avec une Église primitive qui était 100% juive, que l’on peut comprendre que, sans les racines juives le christianisme ne peut pas exister, que sans le fait que Jésus soit le Messie, il ne peut pas être le Christ des nations. Là on peut commencer à entrer dans le vif du sujet. Et il y a plein de choses qui font partie de cette identité juive.

– FV : Qu’est-ce qu’il y a comme autres objections ?

– JT : Notamment, quelque chose qui fonde l’identité juive, c’est la persécution.

– FV : Ça, on n’est pas très au courant cette persécution, souvent dans les Églises on est un peu naïfs, comme si les chrétiens avaient les mains propres, en quelque sorte, vis-à-vis de ces questions.

– JT : L’inquisition espagnole, les croisés, les pogroms, la Shoah… 6 millions de Juifs sont morts quelque part à cause d’une revendication que Jésus avait sur leur vie, dont 1 000 800 enfants. Les soldats allemands avaient sur leur ceinture « Dieu est avec nous » , ils rentraient chez eux pour fêter Noël et Pâques, et je viens de lire un témoignage comme quoi le commandant d’Auschwitz avait demandé à quelques prisonniers juifs de faire des cartes de vœux de Pâques où ils devaient dessiner dans les camps des lapins, des œufs de Pâques. Et donc oui, pour nous, tout cela vient du christianisme et du Nouveau Testament. Donc il y a plein d’objections juives qui sortent de cela, notamment « le Nouveau Testament est antisémite » où c’est l’idée reçue, « pourquoi croire en Jésus, en Dieu déjà, étant donné la Shoah ? » . Donc oui la persécution et l’histoire de la persécution du peuple juif fait partie de notre méta récit, fait partie de notre identité et qui cause barrière entre nous et l’Évangile, c’est clair.

– FV : Alors comment tu réponds à cette objection ? Puisqu’effectivement j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont dit « mais je peux pas croire en Dieu à cause de la Shoah » ou plus spécifiquement « je peux pas croire au Dieu des chrétiens vu leur comportement vis-à-vis des Juifs dans l’histoire » .

– JT : Alors c’est une question difficile, parce que quand on fait face à la douleur de quelqu’un, la première réaction et réponse doit être l’empathie, la compassion et d’exprimer un sentiment de regret. Je crois que personne ne regrette cette histoire, cette persécution, plus que Jésus…

– FV : C’est ça.

– JT :…qui dit que « si quelqu’un fait quelque chose au plus petit de mes frères, vaut mieux que je ne l’attrape pas » .

– FV : C’est ça, c’est une très bonne remarque.

– JT : Donc voilà.

– FV : Je pense qu’effectivement c’est important de réaliser à quel point Jésus est contre ce genre de comportement, et qu’il y a aussi une distinction entre le fait d’appartenir à la chrétienté et le fait de devenir un disciple personnel de Jésus. En même temps, et ça c’est un des podcasts que tu retrouveras si tu nous écoutes ici, je crois que c’était sur Soli Deo Gloria, je crois qu’il faut donner gloire à Dieu seul par rapport à l’ensemble des choses qu’il nous révèle et qu’il nous accorde dans son salut, mais qu’il faut réaliser que ceux qui ont été les serviteurs de Dieu n’ont pas toujours été exempts de grossières erreurs, Martin Luther notamment, et je crois qu’il faut réaliser les yeux ouverts et avec consternation que certains de ses propos étaient absolument inacceptables et condamnés par l’Écriture même qu’il défendait.

– JT : Oui, malheureusement Martin Luther a fait beaucoup de tort au peuple juif et en l’occurrence, pour revenir à notre sujet, à l’Évangile. D’ailleurs Kristallnacht a été choisi par Hitler parce que c’est le jour d’anniversaire de Martin Luther.

– FV : Quelle horreur !

– JT : Dans les écrits de Martin Luther, qui ont inspiré Kristallnacht, Martin Luther demande à ce qu’on brûle les synagogues et les Thorahs, qu’on empêche les rabbins d’enseigner et tout ce qui s’est passé au Kristallnacht, ça vient directement de ce que Martin Luther a demandé au Prince allemand de faire. Mais pour le peuple juif, j’aimerais les mettre au défi de lire la parole de Jésus et pas la parole des autres.

– FV : C’est ça.

– JT : On a posé la question à Jésus, quelle est la mitzvah ol, le commandement le plus important à accomplir dans la Thorah et il a répondu « Écoute Israël l’Éternel notre Dieu, l’Éternel est un, tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces. Et le deuxième commandement est semblable, aime ton prochain comme toi-même » . Donc je crois que ceux qui ont, si on pense à Torquemada ou à la reine Isabelle ou à Martin Luther, et bien d’autres, ils n’ont pas lu la Parole de Jésus, ils ne sont pas du tout représentants de la parole de Jésus. Je peux être médecin parce que j’ai une plaque ou je peux être médecin parce que j’ai fait des études de médecine ? Et donc, il faut voir les fruits. Jésus a dit -ou Yeshoua a dit- : « C’est par leurs fruits que vous reconnaîtrez qui sont mes disciples » et encore plus fort : « Ils sauront que vous êtes mes disciples par l’amour que vous avez les uns pour les autres » .

– FV : Oui, et puis si on est appelés à aimer son ennemi, ça semble absolument impossible de prendre une épée. D’ailleurs Jésus dit : « Celui qui prendra une épée périra par l’épée » , il est absolument contre ce genre de comportement et c’est bien de le souligner. Donc l’identité juive, la question de la persécution que la chrétienté a faite à l’égard des Juifs, quels sont les autres arguments qui vont à l’encontre de la perception de la messianité de Yeshoua pour le peuple juif ?

– JT : Juste pour finir sur la question de la persécution et de la chrétienté, je crois qu’il faut comprendre que beaucoup de Juifs qui étaient croyants en Yeshoua sont morts aussi dans les camps. Ce ne sont pas que des Juifs qui n’étaient pas chrétiens.

– FV : Oui et l’apanage de la violence n’est pas le propre, simplement, de cette situation. Nous faisons partie d’une tradition évangélique où beaucoup de chrétiens sont morts, dans les siècles précédents, de la persécution religieuse.

– JT : Tout à fait.

– FV : Donc ça n’avait rien à voir avec le judaïsme, ça fait partie hélas d’une donnée humaine, cette violence qu’il y a dans les hommes.

– JT : Malheureusement oui.

– FV : Donc autres objections ?

– JT : Autres objections, il y en a plein !

– FV : Les principales.

– JT : Oui, alors on a déjà touché l’idée du Nouveau Testament, qui n’est pas vraiment connu dans le judaïsme. Et donc puisqu’on a ses idées reçues, on a cette expérience de persécution chrétienne, on suppose ou la déduction logique c’est que ça vient du Nouveau Testament.

– FV : Ok.

– JT : Donc je mets au défi les gens de lire le Nouveau Testament par eux-mêmes, et de lire que dans la première phrase du Nouveau Testament c’est écrit : « Voici le livre des générations de Yeshoua, Jésus le Messie, fils d’Abraham, fils de David » . Dans le Nouveau Testament vous allez découvrir que Jésus enseigne le shabbat, il parle et discute sur ce qui est kacher, il vit en Israël, il parle en hébreu et en araméen, il est complètement imbibé de la culture juive et le Nouveau Testament est profondément un livre juif. D’ailleurs un rabbin, qui est devenu par la suite de cette lecture du Nouveau Testament un croyant de Yeshoua, a dit : « Je croyais y trouver des épines et j’ai cueilli des roses » à sa première lecture du Nouveau Testament.

– FV : Wouah !

– JT : C’était le rabbin Isaac Lichtenstein.

– FV : Isaac Lichtenstein. Je crois qu’il y en a plusieurs, dans l’histoire, de rabbins qui se sont tournés vers Jésus. Bien sûr, il y a un mouvement aussi aujourd’hui de plus en plus qui réfléchit à cette question dans le judaïsme.

– JT : Tout à fait, oui.

– FV : Souvent on parle des prophéties, qui pour nous sont le trésor du Tanakh qui annoncent les données du Messie. Comment se fait-il que les prophéties que nous voyons dans l’Ancien Testament, le Tanakh, et qui pointent vers Yeshoua ne sont pas prises au sérieux ou pas comprises de cette manière au sein du peuple juif généralement ?

– JT : Alors premièrement, je crois que la Thorah et les prophètes sont lus à la lumière des commentaires rabbiniques. Et si on étudie les commentaires rabbiniques au fil de l’histoire, on voit un changement, parce que le but de cette persécution chrétienne était la conversion, et donc l’usage de certains textes comme Esaïe 53 et d’autres ont été utilisés de mèche avec les persécutions.

– FV : Ah oui, je comprends.

– JT : Donc on voit que le commentaire et l’interprétation rabbinique changent au fil des siècles pour devenir une interprétation anti-messianique ou une interprétation différente. Par exemple en l’occurrence pour Esaïe 53, l’interprétation rabbinique qui a commencé par Rachi, un rabbin de Troyes en français, a dit « ce chapitre s’applique à Israël » .

– FV : D’accord.

– JT : Et avant Rachi, on voyait que les commentateurs rabbiniques voyaient clairement que ce chapitre s’appliquait au Messie. Donc on peut voir la réaction théologique des rabbins face à la persécution pour vouloir donner un bouclier théologique au peuple juif pour qu’ils ne se convertissent pas.

– FV : Intéressant, alors on va terminer ce podcast avec une question : si jamais ceux qui nous écoutent ont des relations, des connaissances, des amis de confession juive, quels sont les conseils à donner pour aborder la question ? Parce que c’est une question délicate, c’est une question riche d’histoire malheureuse et tragique dans l’interaction entre les chrétiens et les juifs. Comment est-ce que tu conseillerais d’aborder la question ?

– JT : Esaïe le prophète a dit « Consolez, consolez mon peuple » donc la clé dans toute relation c’est l’amour et donc l’amitié. Soyez francs, partagez l’Évangile, parce que c’est une bonne nouvelle, et c’est une nouvelle que les Juifs peuvent entendre, doivent entendre, méritent d’entendre. Soyez un ami fidèle, inconditionnel, que votre ami Juif sache que vous allez rester leur ami, même s’ils ne croiront jamais en Yeshoua. Et discutez des choses qui sont importantes pour vous, défendez des valeurs qui leur sont chères. En France actuellement, nous avons une situation où l’antisémitisme devient inquiétant, c’est le moment pour les amis chrétiens de se montrer amis fidèles du peuple Juif en ce moment.

– FV : Ok. Merci beaucoup Joshua.

– JT : Merci Florent.

– FV : C’était utile de pouvoir discuter de ces choses, et puis voilà les questions du jour pour ce podcast, on reprendra les questions habituelles la prochaine fois.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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