Qu’est ce que le baptême des morts? (Épisode 76)

Dans l'épisode 76, Florent Varak explique de quoi parle: 1 Corinthiens 15.29 "Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ?" Les interprétations varient beaucoup, et Florent éclaire la question.

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

Début de la transcription :

La question est posée :

J’aimerais aussi avoir une explication du passage de 1 Corinthiens 15. 29.

Quel est le sens de ce verset ?

« Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? » Fin de citation.

Alors c’est une excellente question, bien sûr. Un des textes les plus compliqués du nouveau testament. En 1887, Frédéric Godet, un commentateur remarquable, comptait déjà une trentaine d’interprétation pour ce baptême des morts.
J’ai lu des commentaires qui évoquent une quarantaine d’options et j’ai même lu un article, mais celui-ci je l’ai lu il y a longtemps, et je n’ai pas su le retrouver, où l’auteur affirme avoir recensé plus de 200 interprétations possibles.

Enfin, je doute qu’il y ait beaucoup de différences dans les positions qu’il évoque. Ce n’est pas possible qu’il y ait 200 interprétations radicalement différentes.

Alors dans ce podcast, on ne va pas énumérer les quarante interprétations possibles, ni les analyser, ce serait fastidieux. et en plus, on peut les regrouper en grandes catégories, et je crois que c’est ce que l’on va faire.

En fait, la difficulté vient entre autre de la préposition qui est utilisée. Le terme grec, cette proposition : « Huper », => pour, a une dizaine de nuances possibles. Il peut s’agir de : de pour, de : au-dessus, de : vers, de : à travers, de : au-delà, de : au nom de, au lieu de, à cause de, en rapport avec.

Et donc, si c’est à cause des morts, cela ne donne pas le même sens que pour les morts.

Donc déjà, tu vois, c’est une des difficultés que l’on a, et puis il y a bien sûr le sens du mot mort, le sens du mot baptême, et on peut multiplier les options.

Grosso modo, je crois que on peut classer quand même l’ensemble des possibilités en quatre catégories d’interprétation.
Il y a les interprétations qui pensent à un baptême par délégation. c’est à dire, quelqu’un qui se ferait baptiser en lieu et place d’une personne morte, sans s’être faite baptiser.

La religion des mormons, par exemple, a pris ce verset comme un étendard de leur pratique missionnaire. Ils ne lisent pas trop la bible. C’est surtout leur livre, le livre des mormons qui établit cette pratique, et qui pensent qu’ils ont là dans ce verset, une attestation, une pratique antique qui aurait été oubliée.

Alors si je comprends leur pratique, ils dressent une liste de tous les ancêtres d’un nouveau converti qui se fait baptiser, et il se fait baptiser en leurs noms. Et chaque fois qu’il trouve également, de nouveaux ancêtres, il se fait baptiser en leurs noms, pour les morts donc, dans ce sens là.

Même si c’était une pratique de Corinthe à l’époque, je ne crois pas que c’était le cas. Mais, même si c’était une pratique de Corinthe à l’époque, nulle part ailleurs dans la révélation biblique, nous ne trouvons le moindre commandement à ce sujet.

Ceux qui se sont plongés dans l’herméneutique, l’art d’interpréter la bible, doivent connaitre la différence entre un exemple, bon ou mauvais, et un commandement. Donc si on avait un exemple de cette pratique en 1 Corinthiens 15, on ne trouve nulle part un commandement de cette pratique. Alors, il faudrait rester prudent. Mais en plus, et ça c’est le plus important, cette interprétation est contraire à l’ensemble des informations de la bible sur la question du baptême.

Le baptême est pour une personne qui est consciente de sa foi. Elle est devenue disciple. Elles est capable de verbaliser sa foi et elle atteste en quelque sorte, de son attachement à Christ, par un geste, un geste symbolique, où elle est immergée, plongée dans l’eau, et sortie de l’eau en témoignage de sa vie nouvelle, ou en symbole de sa vie nouvelle. Le baptême n’est jamais, jamais, jamais, jamais, un acte qui sauve.

C’est très important de se souvenir que le salut, nous dit Ephésien 2. 8 à 9, est le fruit d’un cadeau que Dieu donne. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés », dit le texte biblique, « par le moyen de la foi, cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu. Ce n’est pas par les oeuvres, afin que personne ne se glorifie. » Tu trouveras ça en Ephésiens chapitre 2 verset 8 à 9.

Donc, l’idée d’un baptême par délégation, ou d’un baptême qui donnerait le salut à des personnes qui seraient déjà décédées, est absolument contraire à l’écriture. J’ajouterai que la bible nous enseigne qu’il est donné à l’homme de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement. Cela se trouve dans la lettre aux hébreux. Donc c’est avec certitude que l’on peut rejeter cette notion de baptême par délégation.

Deuxième interprétation possible :

Il y a des gens qui pensent que c’est un symbole du martyr. Cette interprétation traduit le « pou » (huper dans le grec) dans le sens de « avec » : Se baptiser avec les morts de la persécution. C’est comme si l’impact de leur mort, au moment de leur mise à mort, avait donné l’occasion de se faire baptiser, en mémoire de leur bravoure, puisque le Christ a parlé du baptême de sa mort pour décrire son martyre, en Luc 12. 50, par exemple.
Paul parlerait ici des martyres qui, si Christ n’était pas ressuscité, n’auraient aucune espérance. Le problème, c’est que Paul n’utilise jamais le verbe baptisé dans ce sens, et nous ne connaissons pas de persécutions à Corinthe à cette époque.

Une troisième interprétation, ou catégorie d’interprétation, c’est ceux qui pensent que les personnes se font baptiser en vue de la mort. La préposition est traduite : en vue de ou dans la perspective de. et c’est à dire, se faire baptiser dans la confiance d’une résurrection future, alors que le corps se fait de plus en plus faible dans la vie, par le vieillissement. Les croyants se font baptiser, c’est à dire, leur corps est immergé, symbolisant par là-même, l’espoir de la résurrection future, résurrection qui bien sûr, est attestée dans 1 Corinthiens 15. Ça correspond bien au contexte, Romains 8. 23. Le problème, c’est que c’est une manière de parler assez compliquée. Je doute que les corinthiens aient compris ceci.

Il y a une autre interprétation qui combine les deux perspectives précédentes, et qu’il y est la perspective de la mort, par le martyre. C’est d’ailleurs le sens, si je comprends bien, qu’a donné l’ancienne traduction du Semeur. Je cite le verset 29. Ouvrez les guillemets donc :

« D’autre part, pourquoi certains se font-ils baptiser au péril de leur vie ? Si les morts ne ressuscitent pas, pourquoi courir un tel risque en se faisant baptiser au risque de mourir. »

C’est séduisant comme traduction parce que, il y a une certaine simplicité dans cette lecture. Et en plus, Paul parle de ses propres persécutions dans les versets qui suivent. Mais pour que cette traduction s’impose, il faudrait qu’on sache que les convertis de Corinthe étaient confrontés à une persécution. Or, ni le livre des Actes, ni l’histoire séculière ne parle d’une telle situation.

C’est probablement pour cette raison, ou en tout cas pour l’une de ces raisons que la bible Semeur 2015, donc la nouvelle traduction, est revenue sur une formule plus générale : « Pourquoi certains se font-ils baptiser pour les morts. », en laissant le soin de l’interpréter.

Je cite une dernière interprétation qui me semble intéressante. C’est ceux qui décrivent ce baptême comme celui des nouveaux convertis au christianisme, gagnés par le témoignage des mourants. Le mot « Huper » serait alors traduit : « à cause des morts ». Ceux qui mouraient avaient alors une telle confiance dans leur salut, que beaucoup de ceux qui les entouraient, étaient saisis par cette confiance.

Ce serait comme si une grand-mère exhortait son petit-fils à se tourner vers Christ, et le petit-fils regarde, il regarde sa grand-mère partir dans une grande paix, et ce petit-fils se dira, le christianisme c’est solide et se convertit et se fait baptiser. Et donc en cela, il serait baptisé à cause des morts, à cause de ce témoignage magnifique, des morts qui meurent en Christ.

C’est ainsi que interprète MacArthur ce texte et son commentaire nous dit :

« Compte tenu de ce raisonnement et de cette interprétation, nous pourrions supposer que Paul dit peut-être, simplement, que des gens sont sauvés, le baptême en étant le signe, à cause de la vie et du témoignage exemplaire de croyants qui sont morts ».

Il n’est pas certain que ce soit la bonne interprétation du présent verset, mais il est certains que des gens viennent souvent au salut par le thème, par le témoignage de ceux qu’ils désirent imiter. Fin de citation.

En fait, ça me convient bien, même si je suis d’accord que c’est quand même un texte compliqué, qu’il y a différentes manières de le lire, et que on demandera à Paul quand on sera au ciel, ce qu’il voulait dire quand il a écrit ce verset 29.

Mais il y a une chose qu’il faut relever, quand on est confronté à un texte dont l’interprétation est difficile, il faut faire attention à ne pas concentrer toute son attention sur une difficulté sans noter tout ce qui est clair dans ce texte, et ce qui est clair dans le contexte.

Je crois que c’est le propre des sectes de se focaliser sur des versets compliqués, et d’en sortir toute une théorie un petit peu étrange, et de ne pas comprendre l’ensemble du message qui nous est laissé dans un texte souligné par son contexte.

1 Corinthiens 15 souligne la véracité historique de la résurrection corporelle de Jésus. Sans elle, la foi est vaine, la vie chrétienne est un mode de vie inutile. Mangeons, buvons, demain nous mourrons, c’est la conclusion du chapitre, pour ceux qui ne croiraient pas en la résurrection du Christ.

Donc 1 Corinthiens 15 dit : attendez, Christ est ressuscité il est réellement ressuscité, et ça doit changer fondamentalement notre vie, parce que nous aussi, nous allons ressusciter.

Et au verset 23 et 24, l’ordre des résurrections futures, quand ces résurrections auront lieu, dans le contexte du monde à venir.

Et puis on arrive sur les versets qui nous intéressent. Verset 25 donc.

« En effet il faut qu’il règne, Jésus. il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort. Dieu en effet a tout mis sous ses pieds. Mais lorsque Dieu dit que tout lui a été soumis, il est évident que c’est à l’exception de celui qui lui a soumis toutes choses. Lorsque tout lui aura été soumis, alors le Fils lui-même, se soumettra à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. S’il en était autrement, que feraient ceux qui se font baptiser pour les morts. Et si les morts ne ressuscitent en aucun cas, pourquoi se font-ils baptiser pour eux ? Et nous, pourquoi affrontons-nous à toute heure le danger ? Chaque jour je risque la mort, aussi vrai frères et soeurs, que vous faites ma fierté en Jésus-Christ notre Seigneur. Si c’est dans une perspective purement humaine, que j’ai combattu contre les bêtes à Ephèse, quel avantage m’en revient-il ? Si les morts ne ressuscitent pas, alors mangeons et buvons puisque demain nous mourrons. »

Tu vois la grande idée qui émane de ces textes, et notamment du chapitre 15. La grande idée, c’est que Dieu regarde notre humanité avec cette déchéance terrible qu’est la mort, et il décide de la renverser, et il la renverse en deux temps. Il commence à s’attaquer par la source première de la mort, c’est à dire, la rébellion des hommes qui est venue par le péché d’Adam.

C’est une des dimensions du chapitre 15 qui l’évoque.

Et dès maintenant, il offre en Jésus-Christ un renouveau complet par l’évangile. Celui qui reconnaît sa faute, qui s’appuie avec confiance sur le pardon du Christ, est transformé par l’Esprit Saint.

Tout cela, ça vient par la mort et la résurrection du Christ. C’est le premier temps de la solution à la mort que Dieu donne.

Il y a un deuxième temps, qui viendra plus tard, et qui viendra avec la résurrection future, inaugurée en Jésus-Christ. Le deuxième temps, c’est quand Dieu renversera cette réalité de la mort. Cela a commencé avec celle de Christ, la résurrection du Christ qui a empêché la mort de gagner, en quelque sorte, et Jésus entraînera avec lui tous les siens dans cette résurrection. Et alors, Dieu le fils remettra le royaume à Dieu le Père. La boucle sera bouclée, la paix rétablie, le péché et la mort auront été vaincus. Et c’est ainsi qu’il faut regarder à ce qui est central.

À la lumière de tout ceci, on a raison de croire, on a raison de se tourner vers Jésus-Christ, on a raison de se faire baptiser, et de voir la paix que Dieu donne aux mourants qui meurent en Jésus-Christ.

Et l’orientation de ce passage, c’est l’assurance de la résurrection, à cause de la résurrection du Christ, l’assurance de notre victoire sur le péché, à cause de la victoire de Christ sur le péché,

Et donc le baptême devient le joyeux témoignage de cette grande victoire.

Alors si tu es devenu un disciple de Christ, j’espère que tu t’es fait baptisé, même si tu ne comprends pas le sens précis du verset 29 qui reste parfois un petit peu énigmatique.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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