Série sur la réforme (1) : Qu’est-ce que « Sola Scriptura »? (Episode 93)

Dans l'épisode 93, Florent Varak entame une série spéciale à l'occasion des 500 ans de la réforme. Il aborde la première des affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la réforme: "Sola Scriptura".

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

Question : qu’est-ce que « Sola Scriptura », l’une des cinq affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la Réforme ? C’est une question qui me vient des responsables du site TPSG. Nous allons commencer une série de cinq podcasts dédiés aux cinq « Sola » de la Réforme, parce que figure-toi que nous célébrons cette année (en 2017) les 500 ans de la Réforme.

C’est un mouvement spirituel qui a contesté la spiritualité catholique dans ses fondements et qui a donné naissance aux églises protestantes. Nous sommes en octobre 1517, un prêtre augustinien du nom de Martin Luther est furieux à l’encontre de Tetzel qui vient prêcher dans son diocèse.

Tetzel avait été chargé par le Pape de recueillir des fonds, et il le faisait en vendant des indulgences c’est-à-dire, que les gens pouvaient acheter leur pardon, un pardon signé de la main du Pape en fonction des offrandes que recueillait Tetzel.

Or Martin Luther était un homme qui avait eu la conscience torturée ; il cherchait à vivre de manière parfaite et droite, il n’y parvenait pas, il passait des heures au confessionnal sans trouver de paix. D’ailleurs, il paraît que son prêtre en avait tellement marre qu’il l’a renvoyé à lire les Ecritures. Et c’est en étudiant la lettre aux Romains plus particulièrement, (mais il a lu également des Psaumes et d’autres passages de la Bible), qu’il est bouleversé par le message de cette épître : il découvre que Dieu donne gratuitement, complètement, le salut par la foi en Jésus-Christ, parce que Christ a tout payé pour les péchés des hommes.

Le voilà Luther, un homme apaisé, transformé, qui enseigne l’Evangile. Quand Tetzel arrive dans son diocèse, Luther est absolument furieux. Il rédige 95 arguments à l’encontre de la pratique des indulgences, il les affiche sur la porte du château de Wittenberg et elles ont l’effet d’une bombe.

Les joutes orales entre le Pape, ses émissaires, et Luther vont être nombreuses; cela va déclencher une situation difficile pour l’Allemagne. Luther sera donc sommé de s’expliquer en 1521 devant l’homme le plus puissant d’Europe, l’empereur Charles Quint : « Si l’on ne me convainc pas par le témoignage de l’Ecriture ou par des raisons décisives, je ne puis me rétracter, car je ne crois ni à l’infaillibilité du Pape, ni à celle des conciles, parce qu’il est manifeste qu’ils se sont souvent trompés et contredis. J’ai été vaincu par les arguments bibliques que j’ai cités, et ma conscience est liée à la Parole de Dieu. Je ne puis et ne veux rien révoquer, car il est dangereux et il n’est pas droit d’agir contre sa conscience. Me voici donc en ce jour, je ne puis faire autrement. Que Dieu me vienne en aide. » Dans sa défense, Luther fait état de l’Ecriture à laquelle il se dit lié. L’attestation de l’Ecriture, la force de l’Ecriture, de là naît cette formule, ce slogan, « Sola Scriptura », l’Ecriture seule. C’est le premier fondement, le plus important, qui pose tous les autres d’ailleurs. Les autres fondements, que nous allons voir dans les podcasts ultérieurs, découlent de ce premier fondement « Sola Scriptura ». Les cinq « Sola » c’est du mauvais latin, mais c’est comme ça qu’on en parle, ce sont cinq slogans qui définissent l’essentiel de la spiritualité protestante et qui sont vraiment importants pour comprendre ce qu’est cette spiritualité.

On commence donc par le premier, le « Sola Scriptura », l’Ecriture seule. La formule est une construction humaine, elle vaut ce qu’elle vaut, elle reflète par contre très correctement ce que la Bible dit d’elle-même. On n’a pas le temps de voir l’autorité de l’Ecriture (j’en ai parlé dans d’autres podcasts) mais on va voir trois textes principaux qui traitent de cette question : le Psaumes 19, 2 Timothée 3 et 2 Pierre 1 et ça te donnera un peu une idée de ce que l’on veut dire quand on entend ou quand on dit « Sola Scriptura ».

Le Psaume 19 commence avec une évocation de la manière dont Dieu se révèle au travers de la nature : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue céleste annonce l’œuvre de ses mains. » mais l’auteur ajoute « Ce n’est pas un langage, ce ne sont pas des paroles, leur voix n’est pas entendue. » (verset 4). On en tire que le témoignage de la nature est un témoignage non verbal, puissant, mais qui reste général. Et à partir du verset 8, David concentre son attention sur la loi écrite, la révélation écrite de Dieu, et il dit : « La loi de l’Eternel est parfaite, elle restaure l’âme ; le témoignage de l’Eternel est véridique, il rend sage le simple. Les ordres de l’Eternel sont droits, ils réjouissent le cœur ; le commandement de l’Eternel est limpide, il éclaire les yeux. La crainte de l’Eternel est pure, elle subsiste à toujours ; les ordonnances de l’Eternel sont vraies, elles sont toutes justes, plus précieuses que l’or, même que beaucoup d’or fin ; plus douces que le miel, même que le miel qui coule des rayons. »

David passe ensuite sur un aspect plus moral, peut-être une sorte de révélation par la conscience. Mais toujours est-il qu’à partir du verset 8, et jusqu’au verset 10, nous avons une série de qualificatifs qui décrivent la parole de Dieu et ses effets : elle « est parfaite », dans le sens de complète dans ses effets ; « elle restaure l’âme » ou même convertit l’âme (le verbe hébreu le permet) ; ce « témoignage est véridique » c’est-à-dire digne de confiance, nourrissant, et dans son effet elle « rend sage le simple ». La manière dont la Bible parle du simple est très imagée : c’est qu’il a les pensées ouvertes, tout rentre, tout sort, il y a un grand courant d’air dans sa tête. Et bien, la Parole de Dieu permet de fermer un peu les portes de celui qui est ouvert à n’importe quoi. « Les ordres l’Eternel sont droits » c’est-à-dire qu’ils sont honnêtes, ils sont pieux et « ils réjouissent le cœur » dans leurs effets ; « le commandement de l’Eternel est limpide » et cette limpidité lui permet d’« éclairer les yeux » de celui qui la connaît ; la parole de Dieu « est pure » c’est-à-dire non mêlée d’impuretés, une notion qui va donner naissance, avec d’autres textes bien sûr, à la notion d’inerrance ; « les ordonnances de l’Eternel sont vraies » c’est-à-dire véritables, authentiques, dignes de confiance ; « elles sont toutes justes ».  Dans cet ode à la Parole de Dieu, qui d’ailleurs se complète avec le Psaume 119 le plus long chapitre de toute la Bible, le plus long des Psaumes, nous avons une affirmation sur la force de l’Ecriture. Et c’est repris dans le nouveau testament au travers de deux passages que je souhaiterais évoquer, que l’on a déjà vu dans les podcasts précédents : 2 Timothée 3.16-17 dit que : « Toute Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice afin que l’homme de Dieu soit adapté et préparé à toute œuvre bonne. »

Tu as remarqué probablement que c’est l’Ecriture qui est inspirée, ce ne sont pas les pensées de l’Ecriture ou les enseignements un peu généraux de l’Ecriture, c’est l’Ecriture même. Le iota, la plus petite lettre a été soufflée par Dieu, c’est Dieu qui a donné à l’auteur de pouvoir le rédiger. Dans l’Ecriture originelle, c’est-à-dire les autographes, ceux qui viennent du premier auteur de chacun de ces écrits, nous avons là la pensée même de Dieu.

Et elle est « utile pour enseigner, pour convaincre, pour redresser, pour éduquer dans la justice afin que l’homme de Dieu soit apte et préparé à toute œuvre bonne » c’est-à-dire que l’Ecriture qualifie l’homme de Dieu, qualifie l’individu qui veut vivre selon Dieu. L’apôtre Pierre souligne qu’il n’y a « aucune prophétie de l’Ecriture qui ne peut être l’objet d’interprétation particulière car ce n’est nullement par une volonté humaine qu’une prophétie a jamais été présentée, mais c’est poussées par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu. » On ne peut pas prendre l’Ecriture et lui faire dire ce que l’on a envie, en fonction du siècle, de la culture ou des sentiments que l’on a.

L’Ecriture doit être étudiée telle qu’elle se présente ; on doit comprendre, chercher à obtenir le sens originel qu’a voulu donner l’auteur de ce texte et en tirer le sens ; on n’a pas le droit d’être particulier dans son interprétation. Pourquoi ? Parce que c’est le Saint-Esprit qui a poussé ces hommes à rédiger la Bible. Alors qu’est-ce que ces versets impliquent ? Ils impliquent trois choses :

– la Bible dit exactement ce que Dieu voulait dire, c’est ce qu’on appelle l’inspiration de l’Ecriture. Dieu a présidé au processus de rédaction.

– Deuxièmement, la Bible ne dit rien qui serait susceptible de nous induire en erreur, c’est ce qu’on appelle l’inerrance de l’Ecriture. Elle est infaillible, elle ne contient aucune erreur, elle est exactement ce que Dieu voulait que nous connaissions.

– Troisièmement, la Bible nous dit tout ce qui est nécessaire pour vivre la vie chrétienne, c’est la notion de suffisance de l’Ecriture. La Bible suffit pour comprendre qui est Dieu et pour comprendre ce qu’Il attend de nous, la manière dont Il veut que nous vivions et la manière dont Il voudrait que nous soyons en relation avec Lui.

A l’époque, cette formulation était nécessaire pour souligner que, ni les conciles, ni les papes, ni les prêtres n’avaient d’autorité. Ils ne pouvaient définir la vérité comme ils en avaient pris un peu la coutume, de s’ériger un peu en docteur et prononçaient des choses bien contraire à la Parole de Dieu et à la Bible.

Aucun pasteur, aucun prêtre, aucun pape, aucun rassemblement religieux ne peut dicter des doctrines qui seraient contraires à ce que la Bible dit. Cela ne signifie pas pour autant que toute connaissance est réduite à l’Ecriture bien entendu. La connaissance scientifique, technique, artistique ou historique est en grande partie externe au contenu même de l’Ecriture, et cela fait partie de la prérogative humaine de comprendre, nommer, gérer le monde que Dieu a créé.

Mais le « Sola Scriptura » signifie quand même qu’elle dit vrai sur tout ce qu’elle dit, y compris dans ces domaines évoqués. Par exemple, beaucoup d’historiens contestent la réalité de la sortie d’Egypte dans les termes où le livre d’Exode en parle. L’inspiration, l’inerrance et la suffisance de l’Ecriture répondent paisiblement avec foi à ce que l’Ecriture dit. Si ça t’intéresse, je t’encourage à lire un article que j’ai rédigé pour le compte d’Evangile21 sur l’inerrance de l’Ecriture : tu vas sur leur site et tu tapes inerrance de la Bible ou de l’Ecriture et tu retrouveras cet article.

Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui de ce « Sola Scriptura » ? D’une manière toute simple, certaines personnes ont une haute vue de l’Ecriture ; ils l’aiment, la lisent, cherchent à la comprendre, la croient et surtout essayent de la mettre en pratique, parce que c’est comme cela qu’ils comprennent ce que Dieu est et ce que Dieu attend. Ils considèrent qu’on ne sait rien de Dieu, rien de la vie, rien de l’histoire humaine si ce n’est par l’Ecriture.

Il y a cette sorte d’attitude finalement qui voit dans l’Ecriture quelque chose d’extraordinaire, ils la respectent et en aucun cas ils ne cherchent à en minimiser le contenu. C’est par l’Ecriture que je sais que Dieu a créé le monde, qu’Il a aimé ce monde au point d’offrir un salut parfait en Christ malgré sa déchéance, malgré son péché.

Je le sais, parce que l’Ecriture le dit. Je sais que Christ est Dieu, qu’Il prépare une place pour ceux qui se sont confiés en Lui, en Lui seul pour le salut. Je le sais parce que l’Ecriture le dit. Et il y a là une démarche de foi. Dans d’autres podcasts, je me suis efforcé de démontrer pourquoi la Bible est crédible, et ici je ne parle juste que de la confiance en cette affirmation « Sola Scriptura ».

Voilà, je t’encourage à être serein quant à la validité, la force de l’Ecriture et à développer vraiment un grand respect pour elle, une haute perspective sur sa valeur et son témoignage. C’est l’essence même de ce que peut être le « Sola Scriptura » de la Réforme.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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