Série sur la réforme (4) : Qu’est-ce que « Solus Christus »? (Episode 96)

Dans l'épisode 96, Florent Varak traite du 4ème thème de la Réforme : "Solus Christus". Premièrement en rappelant le contexte historique de ce pilier, puis en expliquant les conséquences dans notre rapport à l'église.

Un Pasteur vous répond existe aussi en vidéo:

Rendez-vous chaque semaine pour un nouvel épisode d’un Pasteur vous répond : le podcast où la Bible répond à vos questions.

Si vous aimez le podcast, on serait très reconnaissant que vous preniez 15 secondes pour laisser une note sur iTunes (cf. ici pour voir comment). C’est le seul moyen de le faire remonter dans le classement des podcasts « Religions » (et donc attirer d’autres publics).

Retrouvez tous les épisodes d’Un Pasteur vous répond sur :

Comment s’abonner au podcast ?

Vous ne savez pas comment vous abonner au podcast sur votre téléphone? On y a pensé ! Découvrez un mini tutoriel vidéo ici.

Vous voulez poser une question ?

Posez votre propre question pour un pasteur en cliquant ici.

Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

Question : que signifie « Solus Christus », l’une des cinq affirmations principales qui caractérisent le mouvement de la Réforme ? Je consacre un podcast à chacun de ces slogans qui reflètent finalement les fondamentaux théologiques de la Réforme. C’est une série de tweets, nous dirions aujourd’hui. Là nous avons une expression qui vient du latin et qui signifie Christ seul. Pourquoi une telle formule ? Que veut-elle dire ?

Au temps de Martin Luther, l’Eglise catholique domine la sphère religieuse et politique de l’Europe et les prêtres exercent une influence importante sur les consciences et sur la vie religieuse. Selon la doctrine catholique, le prêtre joue un rôle fondamental pour administrer les grâces chrétiennes, les grâces obtenues par Jésus-Christ. D’ailleurs, j’ai un ancien collègue qui a cessé d’être pasteur et qui est devenu prêtre catholique. C’est un peu surprenant quand ça va dans ce sens, on n’est pas habitué… Lorsqu’il a été consacré, j’ai trouvé cette citation dans un journal, et il dit de la joie des gens qui l’entouraient, qu’elle était « au-delà de toute description ». Et il dit : « Il y a une joie et une anticipation et un enthousiasme, mais je crois que l’essence de tout ceci se voit dans les visages des gens. Ils savent qu’ils ont besoin d’un prêtre. Pourquoi nous féliciteraient-ils s’ils ne comprenaient pas ce qu’un prêtre peut faire pour eux ? Nous pouvons aller au ciel pour eux et leur rapporter les bénédictions du ciel et du Christ. »

Bien sûr je trouve ça terrible et effrayant, mais cela représente, en tout cas dans sa pensée, le pouvoir d’un prêtre : il fait descendre les bénédictions du ciel, du paradis et du Christ, sur les gens. C’est époustouflant d’ambition en tout cas, et je crois que ça reflète, en partie du moins, ce que le catéchisme catholique enseigne. L’article 986 dit : « De par la volonté du Christ, l’Eglise possède le pouvoir de pardonner les péchés des baptisés. » Article 1448 : « L’Eglise qui, par l’évêque et ses prêtres, donne au nom de Jésus-Christ le pardon des péchés… » Article 1314 : « Si un chrétien est un danger de mort, tout prêtre peut lui donner la Confirmation. En effet, l’Eglise veut qu’aucun de ses enfants, même tout petit, ne sorte de ce monde sans avoir été parfait par l’Esprit-Saint avec le don de la plénitude du Christ. » Cela implique que la confirmation administrée par un prêtre va donner cette plénitude.

Article 1493 : « Celui qui veut obtenir la réconciliation avec Dieu et avec l’Eglise, doit confesser au prêtre tous les péchés graves qu’il n’a pas encore confessés, et dont il se souvient après avoir examiné soigneusement sa conscience. Sans être en soi nécessaire, la confession des fautes vénielles est néanmoins vivement recommandée par l’Eglise. » Article 1456 : « L’aveu au prêtre constitue une partie essentielle du sacrement de Pénitence. » Article 1495 : Seuls les prêtres qui ont reçu de l’autorité de l’Eglise la faculté d’absoudre peuvent pardonner les péchés au nom du Christ. »

Martin Luther, qui est à l’origine de la Réforme dont nous célébrons les 500 ans (en 2017), était lui-même prêtre. Et dans la théologie de l’Eglise de l’époque, les prêtres avaient cette capacité, ce pouvoir, c’est encore le cas aujourd’hui, d’accorder le pardon et de faire entrer en quelque sorte dans le paradis.

Que penser de tout ceci au regard de la Bible ? Bien sûr en tant qu’évangéliques, on est assez fermes sur ces questions. Jean 14.6 : « Moi (c’est Jésus qui parle), je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » Jésus est effectivement prêtre, mais Il est le prêtre dans le sens le plus absolu du terme. Hébreux 4.15-16 : « Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur (souverain prêtre en quelque sorte) incapable de compatir à nos faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre de péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d’obtenir miséricorde et de trouver grâce, en vue d’un secours opportun. »

Là l’auteur de l’épître aux Hébreux nous montre à quel point nous avons la capacité de nous approcher du trône de la grâce, parce que nous avons un prêtre parfait en la personne de Jésus-Christ. Hébreux 10.18-22 : « Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché. Ainsi donc, frères, nous avons l’assurance d’un libre accès au sanctuaire par le sang de Jésus, accès que Jésus a inauguré pour nous comme un chemin nouveau et vivant au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair et nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu. Approchons-nous donc d’un cœur sincère, avec une foi pleine et entière, le cœur purifié d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure. »

Je remarque avec ce passage que nous avons un accès libre par le sang de Jésus et cet accès est complet, il est suffisant. Lorsque Jésus meurt à la croix, Il s’exclame « Tout est accompli ! » ; Il a vraiment réalisé tout ce qui était nécessaire au salut. Nous avons tout pleinement en Jésus-Christ, c’est ce que nous rapporte l’épitre aux Colossiens. Et toujours dans la notion d’intermédiaire, nous avons le texte principal de 1 Timothée 2.5-6 qui nous dit : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ-Jésus homme qui s’est donné lui-même en rançon pour tous : c’est le témoignage rendu en temps voulu. »

Donc s’il n’y a qu’un seul intermédiaire entre Dieu et les hommes, j’ai de la peine à concevoir que nous ayons besoin d’intermédiaires humains. C’est ainsi que la confession de la Rochelle qui date de la période de la Réforme, une confession française, nous dit : « Nous croyons qu’en Jésus-Christ tout ce qui était nécessaire à notre salut nous a été offert et communiqué. Nous croyons que Jésus-Christ, qui nous est donné pour que nous soyons sauvés, a été fait pour nous à la fois sagesse, et justice, et sanctification, et rédemption, en sorte qu’en se séparant de lui on renonce à la miséricorde du Père, en laquelle nous devons avoir notre unique refuge. »

Cette centralité de la médiation et cette suffisance de la médiation du Christ font que nous considérons que Christ seul est nécessaire, d’où l’expression que nous avons vu en début de podcast. Eric Denimal écrit dans ‟Oui, nous sommes protestants” : « Léon X demande à un expert et spécialiste de l’hérésie, Silvestro Mazzolini, d’analyser et de contredire les écrits de Luther. Celui-ci ne fait qu’appuyer la nécessaire et inconditionnelle obéissance au Pape. Luther répond en formulant une nouvelle découverte : l’essence de l’Eglise consiste dans les rapports immédiats des fidèles avec son invisible chef, le Christ, sa force et sa vie. » Eric Denimal continue : « Cette formule ciselée va devenir l’expression la plus haute de l’ecclésiologie de Luther et de la Réforme qui approche. Ce que développe alors Luther par le simple terme de “immédiat”, c’est la notion ‟sans intermédiaire”. L’Eglise en tant qu’organisation n’est plus qu’une réalité secondaire, une simple représentation de l’Eglise virtuelle, laquelle rassemble les chrétiens de tous lieux et de tous temps. Le clergé, passage obligé pour atteindre Dieu, vole alors en éclats. »

Eric Denimal a tout à fait raison de montrer que c’est un point cardinal de la Réforme : il n’y a plus besoin de passer par des hommes pour parvenir à Dieu, puisque Dieu lui-même s’est déplacé en Jésus-Christ, nous offrant la plénitude d’un salut grâce à sa mort expiatoire et sa résurrection. D’ailleurs, et d’un point de vue plus général, Jésus met solennellement en garde les hommes qui voudraient être élevés ou se faire élever, lorsqu’il dit en Matthieu 23.7-11 : « Ils (les religieux de l’époque) aiment aussi être appelés par les hommes, Rabbi (mon maître). Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n’appelez personne sur la terre Père, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs, car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s’élèvera sera abaissé, et qui s’abaissera sera élevé. »

Le Christ même nous demande de ne pas appeler quelqu’un Père sur cette terre. C’est donc une nécessité, c’est un absolu, c’est un impératif de ne pas imaginer qu’il y ait des hommes chargés de jouer ces intermédiaires. Nous sommes tous frères, nous sommes tous pécheurs, nous sommes tous redevables de la grâce d’un Dieu puissant et souverain, et qui s’est révélé en Jésus-Christ. Il est très dangereux de créer une culture où l’on révère un homme dans sa position de serviteur de Dieu. D’ailleurs à titre personnel, je sais que ça choque un peu mes frères qui travaillent dans d’autres pays comme en Afrique, j’ai toujours refusé qu’on associe la fonction de pasteur à mon nom. Quand les gens m’appelaient « pasteur Florent » ou « pasteur Varak », j’étais toujours gêné et je le soulignais, peut-être pas nécessairement à la première rencontre, quand les gens me rendaient visite à l’église. Mais tout simplement parce que nous ne pouvons pas à la fois nous-mêmes, en tant que pasteur entretenir cette notion, même dans notre propre cœur, que nous aurions un rôle presque sacerdotal dans l’Eglise, mais aussi il ne faut pas donner d’idées à l’Eglise qu’il y a un pouvoir particulier associé à un homme. Apocalypse 1.5-6 : « A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles ! Amen ! »

Et là c’est extraordinaire parce que ce passage de l’Apocalypse nous dit que Dieu a fait de nous des prêtres pour Dieu son Père. Pourquoi ? Parce que nous avons un libre accès auprès de Dieu, parce que nous pouvons faire des offrandes directement à Dieu par nos prières, par nos offrandes financières, par notre vie consacrée à Dieu du lundi au dimanche, par l’ensemble des activités qui reflètent un attachement à Jésus-Christ. En sorte que oui, il n’y a vraiment que Christ seul.

Et cette expression de « Solus Christus » est vraiment appropriée pour souligner l’un des grands fondements de la doctrine biblique et je crois que la Réforme l’a bien vu. Nous n’avons plus besoin d’intermédiaire pour obtenir le salut qui nous a été obtenu par Jésus-Christ ; nous l’obtenons directement par grâce, par la foi, alors que nous réalisons ce que Christ a fait pour nous et que ça fait écho dans notre cœur, que nous y croyons de tout notre être. Jésus est le seul intermédiaire et à ce titre, Il est vraiment le seul dont nous pouvons dépendre pour la vie chrétienne et pour le salut. Il n’y a plus de prêtres, ou bien dans un sens général nous sommes tous prêtres, et il n’y a plus de personnes à mettre au-dessus des autres dans cela.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

Articles pouvant vous intéresser

>