Qu’est ce que l’onction d’huile? (Épisode 73)

Dans l'épisode 73, Florent Varak explique ce qu'est l'onction d'huile et nous expose la pensée biblique sur ce sujet, comment on peut la pratiquer, et si l'on peut raisonnablement attendre sur son efficacité.

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Question : le nouveau testament parle parfois de l’onction d’huile aux malades (Marc 6.13, Jacques 5.14). Qu’en est-il de cette pratique ? Quelle est sa signification et son but ? Est-elle encore pratiquée aujourd’hui ?

Tu cites un premier texte qui conclut le mandat de Jésus aux apôtres (Marc 6), et Jésus vient de leur donner des consignes pour une sorte de stage missionnaire. Le texte nous rapporte verset 12 à 13 : « Ils partirent donc et proclamèrent qu’il fallait changer de vie. Ils chassaient aussi beaucoup de démons et guérissaient de nombreux malades en les oignant d’huile ». Il faut remarquer que les autres évangiles ne parlent pas de l’onction d’huile dans ce texte. Il faut aussi remarquer que les modes opératoires des guérisons de Jésus et des apôtres étaient assez diversifiés : parfois imposition des mains, parfois une parole simple pour guérir, une fois Jésus fait une pâte de salive et de terre, et ceci nous montre qu’on ne doit pas vraiment rechercher une norme dans les pratiques de Jésus et des apôtres.

Donc je vais concentrer mon attention sur Jacques 5 et je vais lire le texte à partir du verset 13 : « Quelqu’un parmi vous est-il dans la souffrance ? Qu’il prie. Quelqu’un est-il dans la joie ? Qu’il chante des cantiques. Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les anciens de l’Eglise et que ceux-ci prient pour lui en l’oignant d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, il lui sera pardonné. Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez guéris. La prière agissante du juste a une grande efficacité. »

Je crois que ce texte est superbe parce qu’il offre vraiment un chemin pour ceux qui sont malades et qui sont membres d’églises, pour rechercher l’intervention de Dieu en demandant aux anciens de pratiquer l’onction d’huile.

Puisque tu poses la question: est-ce que c’est pratiqué encore de nos jours, je crois comprendre que certaines églises ne le font pas, mais dans notre église, c’est le cas régulièrement ; les anciens sont invités à pratiquer ce geste par un malade qui le demande.

La maladie dont il est question est non définie ; en grec asthenia qui nous a donné asthénie, littéralement c’est quelqu’un qui est sans force. Il faut te représenter le monde de l’Antiquité comme un monde avec de grosses difficultés par rapport à la maladie.

Certes les règles sanitaires que nous donne l’ancien testament avaient minimisé certaines maladies, mais néanmoins, on avait vraiment un grand nombre de gens malades qui avaient souvent peu d’espoir. Et quand quelqu’un tombait malade, ça pouvait être une catastrophe, parce que c’était plus de travail, plus de revenus, une vie d’aumône ou de dépendance de la famille, et donc, c’était très très compliqué, et c’était souvent aussi une exclusion sociale.

Jacques, le demi-frère de Jésus, écrit ces lignes pour encourager à ce que le malade appelle les anciens, ça doit venir du malade qui fait cette demande aux anciens.

Pourquoi les anciens ? Je répondrai donc à plusieurs questions en correspondant à ce texte. Probablement parce que c’est le groupe d’hommes qui représente l’autorité de l’Eglise, et qui sont là pour aussi exercer un rôle de berger. Je ne vais pas définir ce que sont les anciens, ce n’est pas l’objectif de ce podcast, mais dans la Bible, ils sont toujours mentionnés au pluriel et ils sont toujours associés à la responsabilité de l’Eglise.

[Le fait] que ce soit les anciens de l’Eglise nous montre que l’action principale qui est visée ici, c’est la prière, ce n’est pas quelque chose qui dépend d’une action médicale, parce que tu vas voir dans un instant que parfois, on a pensé qu’ils venaient passer de la pommade ; en réalité, non, ce sont les anciens qui viennent essentiellement prier. Et qu’ils soient là, c’est aussi l’opportunité de discuter puisque à la fin du texte, il est question de confession des péchés ; il peut y avoir vraiment un travail pastoral d’accompagnement de l’individu dans ces situations qu’il rencontre. Donc pourquoi les anciens ? Parce que c’est l’autorité de l’Eglise.

Deuxièmement, pourquoi l’onction d’huile ? Parce que Dieu le demande, même si je remarque que l’accent est placé sur la prière. Il n’y a qu’un seul verbe qui est à l’actif, c’est le verbe « que ceux-ci prient pour lui » donc, tout l’accent placé en Jacques est sur la prière, c’est vraiment l’action principale. Oindre d’huile le patient, c’est un participe présent qui dépend de ce verbe qui était à l’actif, qui est donc un verbe en position seconde. Dans le nouveau testament il y a deux verbes qui traduisent le même geste d’oindre d’huile : l’un décrit l’acte de se parfumer ou d’embaumer, de verser du parfum comme cette dame qui a versé sur les pieds du Christ un parfum de grand prix, et puis l’autre décrit le geste cérémonial de consécration, d’envoi et de dédicace, et donc tu imagines bien que c’est le premier verbe qui est utilisé, qu’il s’agit de parfumer ou d’embaumer. Et donc ça a fait dire à certaines personnes que c’était un geste presque médical qui était fait : on demanderait aux anciens de venir passer de la pommade.

Surtout que l’huile, effectivement, était un remède quasi universel dans l’Antiquité, il n’y avait pas beaucoup de médicaments, et on trouve à plusieurs reprises, même dans la Bible, ce symbole un peu de l’huile qui guérit.

Le problème de cette perspective, c’est que les anciens ont autre chose à faire que de passer la pommade aux malades. En plus il y avait des médecins à l’époque, et à la rigueur, on aurait demandé aux diacres de faire ce service, ce travail, ou bien que ce soit un acte réalisé par l’ensemble des membres de l’Eglise.

Mon idée, c’est que l’onction d’huile symbolisait pour le malade, l’action guérissante que Dieu voulait parfois réaliser dans une vie, et les anciens étaient invités à prier tout en utilisant un moyen imagé, un moyen qui image l’action médicale pour symboliser l’intervention guérissante de Dieu.

Est-ce que ça voudrait dire que les malades ne devaient pas prendre de médicaments ? Absolument pas. Je crois au contraire que comme c’est symbolique, ça peut tout à fait accompagner une prise de médicaments. Le médicament n’a rien de mal dans l’Ecriture, c’est au contraire une des grâces de Dieu, que Dieu nous laisse, certaines substances que l’on peut trouver dans la nature allègent des maux que l’on peut avoir. Paul dit à Timothée de prendre un peu de vin, de cesser de ne boire que de l’eau à cause de ces maladies d’estomac.

C’est le même mot qui est utilisé, asthénia ; il était malade de l’estomac, et Paul lui demande d’utiliser un certain nombre de produits qui sont capables de soulager ses maux d’estomac. Certains frères m’ont dit que, dans leurs églises, ils ne pratiquent pas l’onction d’huile, puisqu’ils disent « l’important c’est de prier » et ils ont raison que l’important c’est de prier, mais moi je ne veux pas être plus royaliste que le roi.

Si Dieu me demande l’onction d’huile, je vais faire l’onction d’huile. D’ailleurs psychologiquement, je trouve que c’est important quand on est malade, de sentir quelque chose ; alors parfois littéralement parce que ça peut sentir bon cette huile, mais aussi la maladie isole, et elle inquiète, et de se voir entouré de frères aimants qui posent la main sur une épaule pour prier et qui versent quelques gouttes d’huile, c’est un geste tendre et attentionné qui rend concrète la foi, et parfois on en a besoin. Je trouve que c’est une bonne approche que de se dire : on va faire ce que la Bible dit, elle est plus intelligente que nous, donc on ne va pas couper court à ce qu’elle nous demande.

Enfin, sauf s’il y avait des raisons internes au texte, ou de contexte qui nous diraient que ce n’était pas pour nous. Mais je vois dans ce geste quelque chose qui est un geste pédagogique, et à ce titre, il ne faut pas s’en priver. De la même manière il ne faut pas se priver du baptême sous prétexte que ce n’est qu’un geste pédagogique. Oui c’est un geste pédagogique, mais c’est un geste que Christ commande, donc on va le vivre, et on va le vivre aussi intensément et dans la plénitude de ce que ce geste évoque.

Est-ce que la guérison est promise ? Le verset 15 nous dit : « la prière de la foi sauvera le malade et le Seigneur le relèvera. » On dirait que le texte est catégorique. Est-ce que ça veut dire que la guérison est systématique ? Je connais beaucoup de frères qui sont très insistants pour mettre en avant une guérison automatique ; ils disent par exemple que Jésus est le même hier, aujourd’hui et éternellement, alors comme il a guéri dans le passé, il guérira dans le futur.

Mais malheureusement c’est une très mauvaise compréhension d’Hébreux 13.8 parce qu’il faut faire la différence entre ce que Jésus est, et ce que Jésus fait. Effectivement Il est le même, mais ce qu’Il fait est différent. Dieu fait des choses différentes en fonction des temps, des siècles, des moments, son programme n’est pas homogène. Par exemple il y a eu un moment de déluge, et c’est un moment qui a cessé, qu’Il ne refera plus, Il l’a lui-même promis. J’ai déjà abordé ces questions un peu de promesse de guérison dans d’autres podcasts, donc je vais écourter, mais je ne pense pas qu’il y ait une promesse absolue et voilà pourquoi : d’abord, nous savons les souffrances de Job qui sont évoquées, et qui nous montrent que la maladie, la souffrance des hommes a parfois duré, même si un jour ils ont été relevés.

De la même manière, il est possible que Dieu permette que nous tombions malade, et que le Seigneur nous relève immédiatement, et que parfois le Seigneur nous relève plus tard, et parfois hélas, ou heureusement, Il nous relève avec la résurrection lorsqu’Il reviendra nous prendre pour être avec Lui. Et lorsqu’il est question que la prière de la foi sauvera le malade, il faut peut-être élargir un petit peu la notion de salut, parce que c’est aussi la notion qu’Il va relever, ou donner des forces au malade, qu’Il va lui donner de vivre avec la présence de Dieu, la conscience que Dieu l’appelle à un moment peut-être difficile, mais où Dieu va glorifier Son nom au travers de cette situation difficile.

On a en 2 Corinthiens 12 l’exemple de Paul qui a supplié à trois reprises Dieu de lui ôter cette épine dans sa chair et Dieu lui a dit « ma grâce te suffit, ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse ». Et donc parfois dans les situations de détresse, nous pouvons simplement nous remettre à Dieu qui agira en Son temps. Il n’y a pas à mon sens, une promesse absolue, mais il y a la promesse que Dieu entend. Et j’ai souvent entendu des malades qui avaient demandé l’onction d’huile, parfois Dieu a guéri et parfois Dieu n’a pas guéri mais ce que j’ai entendu, c’est le secours que Dieu a accordé de façon toute particulière et personnelle à l’individu qui passait par là.

Est-ce que l’on est malade parce que l’on est pécheur, puisque les versets 15 et 16 nous disent :  « S’il a commis des péchés, il lui sera pardonné. Confessez donc vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres afin que vous soyez guéris. La prière agissante du juste a une grande efficacité » ? Il faut être prudent, parce que dans un certain sens, oui le péché a engendré la maladie, c’est ce que nous dit Romain 8.22 : « la création tout entière soupire et souffre des douleurs de l’enfantement ». Les virus et les bactéries n’ont pas été créés en tout cas avec cet effet, en Genèse chapitres 1 et 2 mais ça fait partie de ce que le monde a été tordu avec la chute issue de Genèse 3.

Et oui il peut arriver que parfois, Dieu tente d’attirer notre attention sur quelque chose par la maladie. C’était vraisemblablement le cas en 1 Corinthiens 11.28-32. Et une fois Jésus le révèle à quelqu’un qu’Il guérit en disant « voilà tu as été guéri, ne pèche plus de peur qu’il ne t’arrive quelque chose de pire », donc, ça peut arriver que ce soit le cas, mais néanmoins, je peux vous suggérer que dans la plus grande majorité des cas, ce n’est pas le cas.

Regardez la situation de Job et les accusations erronées de ses amis. Regardez également 2 Timothée 4.20 : « Eraste est resté à Corinthe, j’ai laissé Trophime malade à Milet. » Rien ne nous dit que Trophime ait été responsable de cela. Philippiens 2.27 : « Epaphrodite a été malade en effet, tout près de la mort, mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui mais aussi de moi. » Et donc Dieu nous a laissé ici quelque chose qui montre que parfois, on peut être malade sans que ce soit la cause d’un péché. J’ai devant moi le témoignage de Joni Tada Eareckson qui est une femme extraordinaire, tétraplégique, qui a beaucoup écrit sur son témoignage, sur sa souffrance mais aussi sur la victoire que Dieu lui a donnée, et elle parle de sa participation fréquente aux réunions de guérison de Kathryn Kuhlman, de Winber, etc, de toutes les promesses erronées qu’on lui a laissées. Je te cite son témoignage : « J’avais déjà reçu l’onction d’huile. Un nombre incalculable de personnes m’avaient imposé les mains, et je me disais : « C’est vraiment bien, parce que cela veut dire qu’on fait tout ce qui est nécessaire ». Toutes les mesures imaginables – des pasteurs qui vous imposent les mains, l’huile, les prières, les péchés que je confessais. J’ai tout essayé. Je me rendais à ces réunions m’imaginant que Dieu avait aplani le chemin, préparé la scène, et que j’allais pouvoir rouler jusqu’à l’estrade et que le miracle allait arriver ! Mais rien ne s’est passé. Pendant très longtemps, j’ai été incapable de comprendre pourquoi mes mains et mes jambes ne recevaient pas le message que mon esprit leur envoyait. Je me rappelle les regards que je portais à mes membres, comme s’ils étaient distincts de ce que j’étais et de ce que je pensais. Mon cœur et mon esprit disaient : « tu es guéri, mon corps ! ». Je voulais m’assurer que j’avais la foi avec un grand F ».

Et en fait, comme elle n’était pas guérie, les gens lui ont dit qu’elle avait un péché non confessé, ce qui est terrible ! Moi ce que je fais dans ce temps d’onction d’huile, je pose la question « est-ce qu’il y a dans ton cœur » et aussi aux anciens « est-ce qu’il y a dans nos cœurs quelque chose que Dieu voudrait relever et qu’on a besoin de mettre à la lumière ? ».

La beauté, c’est que le christianisme rassemble non pas des gens parfait, mais des gens pêcheurs qui peuvent parfois dire « voilà je voudrais dire que j’ai vécu cette situation, que j’ai pêché dans ce domaine, j’ai besoin de grâce ». Ça ne doit pas être du voyeurisme, ça ne doit pas être non plus une sorte d’introspection infinie, ce que je sais, c’est que les gens qui confessent des péchés à ce moment-là sont très très conscients qu’ils ont besoin de mettre à la lumière quelque chose.

C’est la beauté de la grâce de pouvoir simplement évoquer ces choses avec la confidence, le secret des anciens, et les anciens peuvent prier comme d’autres frères pécheurs en demandant à Dieu la grâce, en demandant à Dieu l’intervention guérissante ou bien, et ça peut souvent être le cas, un sentiment d’apaisement parce qu’on a pris conscience que notre péché a été pardonné.

En résumé l’onction d’huile est un geste symbolique qui accompagne la prière. Il faut le pratiquer avec simplicité et avec foi, et dans la lumière quant à notre marche avec Christ.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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