Qui peut baptiser et peut-on refuser le baptême? (Épisode 122)

Dans l'épisode 122, Florent Varak aborde 2 questions concernant le baptême. Existe-t-il une autorité spécifique pour baptiser? Peut-on refuser de baptiser quelqu'un qui le demande? Florent va faire plusieurs observations sur ce qu'est le baptême dans la Bible et la manière dont il est pratiqué.

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Qui peut baptiser et peut-on refuser le baptême ? (Épisode 122)

La question qui nous préoccupe combine deux questions qui nous sont parvenues sur le site de ToutPourSaGloire et qui ont trait au baptême : « Bonjour, je tiens à vous féliciter pour votre travail, que Dieu vous bénisse ! De plus, j’aimerais avoir votre avis sur le baptême : selon la Bible, qui peut baptiser ? » et une seconde question : « Bonjour, je voudrais vous poser une question, peut-on refuser le baptême d’eau à quelqu’un qui le demande ? Y a-t-il un verset dans la Bible qui le dit ? Merci de votre réponse. À bientôt et que le Seigneur vous bénisse. »

Tout d’abord, merci de l’encouragement et heureux d’aborder ces questions du baptême qui traitent donc de l’administration du baptême. On va aborder dans un premier temps : « Qui peut baptiser ? » puis « Peut-il y avoir des conditions ou des situations qui nous font empêcher de baptiser quelqu’un ? » .

À la première question, « Qui peut baptiser ? » , je dois observer que nulle part dans la Bible nous n’avons de réponse précise à cette question. À ma connaissance, il n’y a aucun verset qui dise « seules telles catégories de personnes peuvent baptiser » et cela me conduit à croire que c’est à l’Église locale de poser sa politique, une politique dont elle devra rendre compte auprès du Seigneur. Que ce soit l’Église locale ou que ce soit l’union d’Églises, il y a là une décision à prendre qui est solennelle. Lorsque je dis que les Églises rendront compte de cette décision auprès du Seigneur, c’est parce que parfois cela fait l’objet de luttes un peu politiques qui ne sont pas vraiment à la gloire de Christ. Dans certains pays que j’ai visités, j’ai découvert que certaines unions d’Églises interdisaient à des évangélistes par exemple de baptiser, en soulignant que c’était la prérogative des pasteurs uniquement de pouvoir baptiser. Ainsi dans le champ missionnaire, et notamment lorsqu’il y avait un travail extraordinaire réalisé par des évangélistes, assez loin de toute Église, il fallait patienter parfois des années pour que ces nouveaux disciples de Jésus soient baptisés, sous prétexte qu’il fallait attendre la venue du pasteur. Un pasteur qui n’était pas toujours enclin à parcourir de nombreux kilomètres pour pouvoir baptiser; et qui s’occupait des baptêmes et repartait aussitôt. Bon, c’est la politique d’une union d’Églises de le faire ainsi, il faut la respecter, mais ça m’interroge sur la motivation et sur la pertinence de cette manière de voir et de faire. Certaines unions d’Églises contestent également la réalité d’un baptême parce qu’il n’a pas été administré par, entre guillemets, la bonne personne. Il faut donc que cette personne réalise de nouveau le baptême comme si la validité dépendait du sceau apporté par le baptiseur. C’est pour ça que je dis qu’il faut prendre des décisions et qu’il faudra vivre avec, jusqu’au tribunal de Christ. Toute politique d’Église a ses conséquences et on doit donc être extrêmement prudent quand on pose un cadre, et s’assurer que ce cadre reflète l’intention de l’Écriture et va faciliter l’œuvre générale de l’Esprit et l’œuvre générale de Christ qui dit, de lui-même, qu’il va bâtir son Église. Il faut donc être prudent en réfléchissant à ça.

J’aimerais évoquer ce que j’ai trouvé dans la Bible à ce sujet en cinq observations, avant de donner quelques options et de présenter ma perspective personnelle.

1) Premièrement, le commandement de baptiser est adressé aux apôtres en Matthieu 28, c’est le texte le plus célèbre. Et donc, ce sont des hommes qui ont un mandat pour le faire, qu’ils tiennent de Christ, ils sont chargés de pratiquer ce baptême. Mais, comme ce mandat les engage pour la terre toute entière, et qu’on réalise que les apôtres seuls n’ont pas réussi à toucher la terre entière du temps de leur génération, on perçoit qu’il y avait dans la pensée du Seigneur quelque chose de plus vaste que les apôtres, puisque d’autres ont pris leur succession. Donc, si c’est le cas, quels sont ces personnages qui ont pris leur suite et qui ont dûment accompli le mandat que Jésus avait laissé aux apôtres ?

2) Deuxième remarque : dans le livre des Actes, effectivement on voit les apôtres qui baptisent mais on trouve également Philippe qui baptise, lui qui a été choisi en Actes 6 pour représenter les apôtres parce qu’ils étaient débordés. Faut-il en conclure que ce sont des gens qui représentent les apôtres qui peuvent baptiser, ou au moins qui ont un mandat d’Église pour réaliser cela ? C’est une des conclusions que certains avanceront.

3) Dans le livre des Actes par contre, on trouve aussi, et c’est ma troisième remarque, que ce qui compte vraiment le plus c’est qui peut être baptisé. C’est-à-dire qu’on ne voit des gens baptiser que des personnes qui sont attachées à la foi chrétienne. Ainsi Pierre, voyant que le Saint-Esprit est donné à Corneille – aux païens donc, et à l’époque c’était significatif puisque seuls les Juifs avaient bénéficié du Saint-Esprit, de la nouvelle naissance et de la vie chrétienne – quand Pierre donc voit que le Saint-Esprit est donné aux païens, il s’exclame : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu le Saint-Esprit aussi bien que nous ? » (Actes 10.47). Et en Actes 19, Paul interroge les disciples de Jean-Baptiste qui n’étaient pas chrétiens – ils étaient en dehors, en marge du christianisme – pour savoir s’ils ont reçu le Saint-Esprit quand ils ont cru; c’est ce qui lui met la puce à l’oreille, et à cause de cela il les baptise. On voit dans le livre des Actes que l’accent est porté sur le fait que seuls des gens réellement nés de nouveau, en tout cas dont on pouvait attester la nouvelle naissance par leur confession de foi ou par leur vie, pouvaient être baptisés. L’accent est placé sur les gens qui reçoivent le baptême plutôt que sur les gens qui réalisent le baptême.

4) Quatrième observation : dans les Épîtres, je ne trouve aucune instruction spéciale. Là encore, l’accent est placé sur la compréhension de ce qu’est le baptême et on voit très précisément que le baptême ne sauve pas. Il témoigne du salut et en cela, il ne réalise aucune action spéciale ou miraculeuse. Il ne fait qu’attester de la confession de foi et de l’engagement de vie du baptisé. C’est important de le noter, l’accent est porté de nouveau sur l’individu qui est né de nouveau, comprend ce que signifie le baptême dans sa vie et reçoit le baptême. Il n’est pas vraiment question de savoir à qui le demander.

5) Et cinquième observation : je note avec 1 Corinthiens 1.14-17 que Paul se réjouit de ne pas avoir baptisé de gens à Corinthe. Cela souligne qu’il ne cherche absolument pas à donner l’idée qu’un baptême de sa part serait supérieur à un baptême réalisé par un autre. Et cela tend à minimiser en quelque sorte la question de savoir qui baptise, n’est-ce pas ? Puisqu’il souligne avec bonheur que lui-même s’est abstenu de baptiser les gens de l’Église de Corinthe.

Ceci dit, avec ces cinq observations, quelles sont les options que nous trouvons, notamment dans nos milieux protestants évangéliques ? Je vois trois pratiques.

  •  La première consiste à considérer que seuls les pasteurs ont l’autorité de baptiser. C’est généralement la politique des Églises réformées évangéliques. Kevin DeYoung, par exemple, a signé un article sur la question, que tu trouveras sur le site de The Gospel Coalition, mais il est en anglais malheureusement. Il parle du modèle de Matthieu 28 et des Actes pour dire que ce sont uniquement des hommes ayant reçu un mandat ecclésial précis qui réalisent le baptême, et il en conclut que le baptême doit être pratiqué seulement par des gens qui ont reçu de la part de l’Église un mandat pastoral. Il concède que, dans certaines Églises, les anciens auront la même fonction que les pasteurs et si ce peut éventuellement être le cas, c’est un peu une concession que l’on voit de sa plume dans cet article.
  •  Deuxième option que l’on trouve, une version un petit peu plus souple la précédente envisage que ce soit les leaders d’Églises qui aient le droit de baptiser, à savoir au sens large au moins un diacre, un ancien, ou quelqu’un qui a une place reconnue de responsable dans l’Église (essentiellement les pasteurs et les anciens, mais peut-être parfois un peu plus largement que ça, peut-être les diacres). Historiquement ça a été, je crois, la position évangélique mais à ma connaissance ce n’est pas une position écrite, c’est une position traditionnelle de coutume. C’est ainsi que la plupart des Églises fonctionnent, on demande au pasteur de baptiser, parfois aux anciens et ça ne créerait pas trop de problèmes si c’était les anciens.
  •  Enfin, troisième et dernière option, dans une perspective qui dit que tout disciple de Jésus dont la vie et la foi sont manifestes pour l’assemblée a la possibilité, le privilège même, de baptiser un nouveau converti. C’est la position de Wayne Grudem qui parle d’un croyant mûr et qui justifie sa position en notant qu’il n’y a aucun principe qui mériterait une restriction supplémentaire.

Alors, quelle est la bonne position parmi ces trois ? Et bien, celle de ton Église ! En fait, la Bible nous encourage à nous soumettre aux responsables de l’Église et je crois qu’il faut être serein, que Dieu conduit les institutions qu’il a lui-même créées, notamment l’institution de l’Église avec ses responsables. Ce que je te propose, c’est que tu pries pour ton union d’Églises si sa solution ne te convient pas, ou que tu pries pour tes responsables et que tu envisages éventuellement d’ouvrir la question avec eux, mais que l’attitude doit être : « si c’est la position de notre union d’Églises ou de notre Église, je l’accepte » , parce que c’est finalement assez secondaire. Souviens-toi, l’accent est placé sur le fait de se faire baptiser quand on est devenu un disciple de Jésus-Christ.

Ma position personnelle, elle ne t’intéresse peut-être pas, mais ma position personnelle, et je vais vraiment dire que ce n’est pas une position qui doit se répercuter ensuite dans les Églises, c’est ma position. Je t’ai dit, je crois vraiment que Dieu a instauré les responsables d’Églises, les anciens notamment, pour pouvoir prendre des décisions de la part du Christ. Ils en rendront compte mais il faut marcher dans l’unité et il faut marcher en étant soumis aux responsables d’Églises sur toutes les questions, surtout sur les questions qui sont parfois un peu secondaires. Mais à titre personnel, dans notre Église à Villeurbanne-Cusset lorsque j’étais le pasteur, nous avions encouragé que ce soit ceux et celles qui conduisent à la foi qui, également, baptisent. Parce que d’abord, c’est une joie de pouvoir voir le fruit de son travail d’évangéliste, ensuite parce qu’il y a souvent un rapport organique, personnel, précieux entre celui qui est baptisé et celui qui l’a mené à Christ, et enfin parce que ça permet aussi à cet individu d’être reconnu dans son ministère d’évangéliste et éventuellement d’accomplir un ministère d’accompagnement, d’édification, de discipulat avec celui qu’il baptise. Moi je trouve magnifique ce geste et surtout je suis très très sensible à l’élévation que l’on fait parfois des pasteurs et même si j’ai beaucoup baptisé d’individus, pour mon plus grand bonheur aussi, j’ai essayé le plus possible d’éviter d’être LE baptiseur, de manière à ce que l’on réalise que c’est pas le baptiseur mais le baptême qui compte, et surtout l’attachement à Jésus-Christ dont il témoigne. En tout cas je crois que, dans ma perspective, le baptême n’est pas un acte d’autorité. L’acte d’autorité a lieu par les responsables de l’Église lorsqu’ils décident si oui ou non une personne peut être baptisée et c’est sage que les anciens soient impliqués dans ce processus de décision. Mais on voit, quand l’eunuque comprend l’Évangile et qu’il est accompagné de Philippe, qu’il se fait baptiser alors qu’il est dans un contexte étranger à toute Église, c’est juste magnifique ! Je crois que ça doit être beaucoup plus organique et beaucoup plus naturel lorsque c’est possible ou lorsque c’est la seule option d’ailleurs. Bref, voilà en tout cas mon avis.

Je passe maintenant à la deuxième question, peut-on refuser le baptême d’eau à quelqu’un qui le demande ? Absolument ! Matthieu 28 commande aux apôtres de faire de toutes les nations de la terre des disciples et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et de les instruire à obéir. Il y a donc une condition minimale : la personne est devenue disciple; et il y a une orientation implicite : suivre Christ pour lui obéir.

  •  Si une personne vient à Christ mais de façon très superficielle;
  •  ou si plus clairement encore une personne veut se faire baptiser pour faire partie de l’Église mais ne veut absolument pas devenir disciple de Christ, je crois qu’il faut refuser. C’est pas ça le baptême. Le baptême est une attestation, une signification extérieure d’une réalité intérieure. Et donc une personne qui ne voudrait pas devenir disciple mais voudrait se faire baptiser pour x raisons, parce que ça a un intérêt – c’est le cas dans certains pays où avoir sa carte de baptême est important – il ne faut surtout pas le baptiser. C’est un « crime spirituel » en quelque sorte, parce qu’on vient souiller cette notion de baptême et le réduire à une sorte d’agrément social;
  •  ou bien si une personne veut se faire baptiser mais clairement ne veut pas suivre les instructions de Jésus. L’apôtre Pierre parle de l’engagement d’une bonne conscience, c’est-à-dire que la personne a la volonté de suivre et d’obéir. Ça ne veut pas dire que son obéissance est déjà parfaite, parce que la vie chrétienne c’est un développement, mais elle a choisi son camp, elle veut marcher selon Jésus, elle veut suivre Jésus. Et en cela, une personne qui explicitement ou implicitement ne souhaiterait pas marcher selon Jésus ne doit absolument pas être baptisée. C’est la responsabilité de l’Église, des responsables de l’Église de dire oui ou de dire non à ce genre de situation.

Alors cela pose invariablement la question de la quantification. Comment être sûr qu’une personne est sauvée, qu’elle veut marcher avec Jésus ? En fait, c’est pas possible d’être sûr. Je te rappelle la parabole du semeur où il y a des gens qui disent oui à Jésus pendant quelques temps jusqu’à ce que ça devienne difficile et puis quand ça devient difficile ils disent « finalement je vais suivre mon propre chemin » , en cela ils ne portent pas de fruit et ils révèlent qu’ils n’ont jamais été des disciples de Jésus. Si dans l’équipe des apôtres il y avait un Judas, il y a dans l’équipe des baptisés des gens qui, sans aller aussi loin que Judas, sont des gens qui ne veulent pas forcément de vie avec Jésus. J’ai hélas pleuré sur des gens que j’ai baptisés, qui quelques mois plus tard, quelques années plus tard, ne voulaient absolument plus entendre parler de l’Église, de la foi, d’une vie de disciple. Ça m’attriste mais ça ne me gêne pas. Ça fait partie des données que l’on a dans l’Écriture puisque même dans Actes 8 on a Simon le magicien qui se fait baptiser mais dont le parcours nous montre que vraisemblablement il n’a jamais reçu le Saint-Esprit, qu’il n’est jamais devenu vraiment un disciple authentique. L’histoire de l’Église nous rapporte qu’il est devenu un des hérétiques marquants de l’histoire primitive. Donc, il faut abandonner cette notion de quantification absolue; je crois qu’il faut recueillir le témoignage de la foi et y prêter crédit le plus possible, mais observer si ce témoignage de la foi s’accompagne d’une attitude et d’une vie qui reflètent cette confession de foi en sorte que l’on puisse baptiser le plus librement possible. Il y aura des erreurs d’appréciation, ça fait partie de la vie de ce côté-ci de l’éternité où nous n’avons pas toutes les lumières. Le bonheur qui est le nôtre, c’est de savoir que Christ nous a commandé de baptiser des disciples et on le fait avec les lumières que l’on a. Au jour du jugement du Seigneur, nous verrons ceux qui étaient véritablement ses enfants et ceux qui ne l’étaient pas. Ce n’est pas vraiment notre problème, nous ne sommes pas juges, pleinement, de ces choses. Le Seigneur seul est juge.

En attendant, j’espère avoir répondu à tes deux questions, qui peut baptiser et si on peut parfois refuser le baptême à une personne.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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