Quel rapport entre la Loi et le chrétien? (Épisode 211)

La question du rapport entre la loi et le chrétien s'inscrit dans la compréhension plus large des relations entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance. Comprendre ces rapports est essentiel pour une bonne interprétation de la Bible et pour l'appliquer justement dans nos vies.

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La question est posée:

Quel est le rapport entre la Loi et la vie chrétienne?

Alors ce podcast fait écho au précédent podcast, où nous avons abordé avec mon ami et collègue, Josué Turnil, quels sont les liens, doit-on célébrer les fêtes du Lévitique qui sont qualifiés notamment de fêtes éternelles?

On reçoit un certain nombre de questions à ToutPourSaGloire qui sont liées à ce rapport entre la Loi et l’Ancien Testament, et notamment ce frère ou cette soeur qui dit:

« Voilà, j’ai lu Matthieu 5 et j’ai eu du mal à comprendre ce que Jésus voulait dire quand il affirme, qu’il n’est pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir, qu’il n’en supprimerait rien et que si quelqu’un ne respecte pas le moindre de ses commandements, il sera considéré comme le moindre dans le royaume des cieux. Cependant, dans plusieurs de ses lettres, Paul semble affirmer que si quelqu’un veut respecter une de ces lois, alors il est obligé de respecter toutes, sans faute. Ma famille est chrétienne, nous avons toujours mangé du porc et nous avons 2 lézards comme animaux de compagnie. Je me demandais si c’était mal, et si nous devions respecter toutes ces règles. »

Merci pour ta question. En tout cas et je te rassure, tu n’as pas besoin de te débarrasser de tes lézards!

Donc, quel est le rapport entre la loi et l’Église? Entre la loi et la grâce, entre Israël et l’Église? C’est vraiment un carrefour difficile à articuler, et les réponses qui ont été données au cours de l’histoire n’ont pas toujours été très faciles à réaliser.

Alors, il y a plusieurs textes du Nouveau Testament qui sont à considérer, notamment:

Mt 5.17: « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »

En Lc 24.27, Jésus dit que, ou raconte à ceux qui était à ses côtés après sa résurrection, « tout ce qui, dans les Écritures, parlait de lui ». Donc on voit que Jésus est quand même bien au centre de l’ensemble de l’Ancien Testament.

Mc 7 nous dit, et c’est Jésus qui parle, « Il n’est rien qui du dehors entre dans l’homme qui puisse le rendre impur; mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui le rend impur. »

Et puis, on voit en Galates 3.24 que « la loi a été un précepteur pour nous conduire à Christ, afin que nous soyons justifiés par la foi. » Donc elle n’est pas la finalité des choses.

Ga 5.14: « Toute la loi est accomplie dans une seule parole, celle-ci: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Ga 6.2: « Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ. »

Rm 10.4: « Car Christ est la fin de la loi, en vue de la justice pour tout croyant. »

Rm 3.20: « Car nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi, puisque c’est par la loi que vient la connaissance du péché. »

Voilà. Il y aurait d’autres passages que l’on pourrait citer, Hé 8.13… et tu as vu, j’en ai fait que de la lecture. Maintenant, quelle synthèse on peut faire en quelques minutes? Alors je suis conscient, ce seront des caricatures, parfois, parce qu’on a peu de temps. La première remarque que je vais faire, dans les synthèses possibles, c’est de considérer la formule de la théonomie. Ce serait que la loi demeure et s’impose à l’Église. Théonomie, la loi de Dieu qui serait imposée, non seulement à l’Église mais également à l’ensemble de la société. Ça a commencé avec la conversion de Constantin en 313 qui, à partir de ce moment-là, a favorisé le christianisme, et sous l’impulsion de sa mère, a financé une partie des activités du christianisme. C’est devenu un petit peu plus compliqué avec Théodose en 380 qui, dans l’édit de Thessalonique, impose la conversion aux sujets de l’Empire, sous peine de voir ses biens confisqués. Tu imagines qu’à ce moment-là, l’imposition de la loi de Dieu devient quelque chose beaucoup de plus contraignant. C’est les premières formes de théocratie chrétienne qui apparaissent. A mon sens, on est très loin de l’intention de l’Écriture, mais historiquement, c’est ce qui s’est passé.

Donc d’un côté, tu as ceux qui veulent maintenir la loi sur l’Église et sur la société; et puis de l’autre, c’est un mouvement totalement inverse qui est l’antinomisme, l’anti-loi, qui sont contre toute idée de loi. On trouve même cela chez certains évangéliques que je qualifierai d’hyperdispensationalistes. Alors, je ne vais pas passer du temps à le définir, mais en saucissonnant suffisamment les Écritures, ils vont pouvoir dire des choses comme: le sermon sur la montagne, ça ne s’applique pas à l’Église, c’est pour Israël, c’est pour les Juifs; on est libre de toute contrainte, de toute loi. Il n’y a maintenant que la grâce, mangeons et buvons! C’est un peu l’idée… Alors bien sûr, ils ne formuleraient pas avec cette conclusion, mais c’est un peu l’idée.

Troisième type de synthèse, qui est la plus populaire aujourd’hui (enfin, je ne sais pas comment l’évaluer, ça va dépendre des pays) mais qui est très populaire aujourd’hui, et qui a commencé avec Luther et Calvin qui ont (et là je vais citer un ami juste pour les citations plus correctes et plus déterminantes) qui ont réparti la loi en 3 usages, et que certains usages auraient été accomplis en Christ, et d’autres d’usages demeureraient. C’est quoi ces 3 usages? Un usage civil, un usage pédagogique et un usage moral. L’usage civil qui assure l’ordre social, l’usage pédagogique qui nous montre que nous sommes pécheurs et vraiment, on a besoin, donc, de la grâce. Et enfin un usage moral qui nous éclaire sur nos comportements, sur l’éthique que nous devons suivre.

Cette répartition (lois morale, civile et cérémonielle) est une tendance assez fréquente. Alors, je vais citer un de mes chers amis – et franchement, c’est un peu sous forme de boutade, parce que Guillaume Bourin qui est vraiment un excellent exégète et un théologien que j’aime beaucoup, et c’est vraiment un pote! Par contre, il soutient énormément cette approche des choses. J’ai vu sur son site, Le Bon Combat, son compère et aussi un frère et un ami que j’apprécie énormément, Pascal Denault, qui a écrit un article qui s’intitule « Quelle est la place de la loi dans la vie du chrétien? ». Il s’appuie sur la confession de foi baptiste de 1689. C’est pas une bière 1689! C’est la date de rédaction de la confession baptiste. Et pour ses amis, cette confession de foi, c’est presque du même niveau de l’Écriture. Écoute, en fait bien entendu, c’est une mauvaise blague parce qu’ils ont une très haute vue de l’Écriture, c’est juste pour les taquiner que je dis ainsi. Mais dans ce texte, donc dans ce blog, tu verras comment ils soutiennent un peu cette triple répartition, triple usage de l’Écriture, et qui leur permet de regarder les choses ainsi. Si c’est cérémoniel, c’est accompli en Christ, on s’en soucie pas; si c’est civil, ça ne s’applique pas directement à l’Église, mais ça peut éventuellement servir d’instruction pour l’organisation d’une société; et si c’est moral, ça s’applique à l’Église et il faut le suivre dans ses aspects.

Je partage pas cet avis parce que je trouve que la loi est une et qu’il est quasiment impossible, dans certaines lois, de les catégoriser en ces catégories. C’est ce que reconnaît Paul Enns, dans son Introduction à la théologie, publié aux éditions Clé: « Il faut remarquer que c’est… » Je cite: « Il faut remarquer que ces catégories s’entrelacent dans les textes d’Exode et de Deutéronome. Dans un contexte donné, il se peut que les 3 aspects de la loi sont décrits, ce n’est donc pas toujours facile de faire la distinction entre les 3 aspects de la loi. »

Je vais te donner, par exemple, ces éléments qui montrent que c’est difficile de les séparer, qu’il y a vraiment une unité de la loi!

Premièrement, il est impossible de classer la loi sur le sabbat. Est-ce qu’elle est morale ou est-ce qu’elle est civile ou même, est-ce qu’elle est cérémonielle? Il est impossible de différencier la peine de mort d’un enfant, rebelle, de ces éléments, implications civiles et morales.

Il est difficile de savoir si certaines lois sont à classer dans l’une ou l’autre de ces catégories, par exemple: le tatouage, les vêtements d’hommes, de femmes (c’est-à-dire que l’homme ne peut pas s’habiller de vêtements de femme, etc), de cuire de la viande dans le lait de sa mère… Est-ce que c’est cérémoniel, civil, moral? Et puis Lv 18 établit une liste d’une cinquantaine de commandements sans qu’une classification soit possible, donc comment faire?

Voilà, je te livre, pour le même prix, ma perspective qui n’est pas seulement la mienne. Je me suis permis d’écrire à mes professeurs d’exégèse et d’Ancien Testament pour leur demander leur sages conseils. La perspective qui est mienne et donc que je retrouve chez eux, c’est de considérer plutôt que la loi doit être abordée selon un apport pédagogique doctrinal principiel. On cherche les principes qui nous sont donnés dans la loi, et de voir comment en faire l’apport dans le Nouveau Testament, sous l’angle de l’accomplissement en Jésus-Christ, sous l’angle de la grâce qui vient de l’expiation, sous l’angle de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain.

Et donc je vois plutôt la réflexion à mener: quel est le principe que je vois? Et non pas, est-ce que je la classe dans l’une ou l’autre de ces catégories pour voir si ça s’applique à moi?

Daniel Block (qui est quand même un professeur émérite de l’Ancien Testament) lors d’une prédication qu’il a donné à Southern Seminary (donc c’est une faculté de théologie baptiste très solide), il a parlé de la prédication sur la manière dont on devait prêcher la loi dans l’Église ou aux chrétiens du Nouveau Testament. Il pose comme, finalement, point de réflexion, cette question: Au lieu de demander « dois-je, en tant que chrétien, observer ce commandement? » nous devrions peut-être demander « Comment puis-je, en tant que chrétien, observer ce commandement? » Ce ‘comment’, ça invite une réflexion, ça invite une réflexion sur le principe qui est à appliquer. Alors Daniel Block passe en revue 7 ou 8 points qui montrent quelle est la manière dont le Nouveau Testament se fait écho de l’Ancien Testament et comment la loi, quelle était la fonction de la loi au sein du peuple d’Israël qu’on a pas le temps de voir dans son ensemble. Mais je dirais que nous avons là, un peu, ces éléments qui me semblent importants. On n’a pas à chercher, à répartir en des catégories, et puis ensuite en ignorant ces catégories, sur ce qu’elles pourraient nous enseigner, mais au contraire, en regarder quels sont les principes qui découlent de chacun des commandements que nous trouvons dans l’Ancien Testament.

Je vais, avant de conclure, citer Allen Ross, dans un livre qui s’intitule Holiness To the Lord (La sainteté au Seigneur). C’est un livre qui cherche à aborder le Lévitique, une sorte de commentaire du Lévitique. Et je cite ce qu’il dit: « Parce que Jésus a accompli la loi, l’apôtre Paul peut alors indiquer une nouvelle loi pour l’Église, la loi de Christ (Ga 6.2). Être sous la loi, utilisé 9 fois dans les écrits de Paul, semble être contraire à la nature du christianisme. Les chrétiens ne vivent pas sous la loi de Moïse, comme une constitution qui s’imposerait à l’Église. Cette loi était prévu pour un temps de préparation à l’accomplissement. Maintenant que le Christ a accompli la loi, les disciples de Jésus ne doivent pas retourner sous les règles de la loi, comme si Jésus n’avait rien accompli. Ils sont désormais soumis à la loi de Christ. Ce langage signifie certainement qu’ils ont des lois à respecter (1 Cor 7.19) et ces lois couvrent ce que la loi de Moïse avait prévu. Certaines des lois mosaïques ont été pleinement intégrées dans le Nouveau Testament (1 Cor 9.20 à 21; Galates 6.2) mais comme toujours, l’esprit de la loi a été renforcé lorsque ces lois sont interprétées par le Christ. Être libéré de la loi de Moïse ne signifie pas être libéré de tous les commandements et de toutes les contraintes. Cela signifie que pour ceux qui sont en Christ, la loi n’a pas le pouvoir de condamner parce que le Christ l’a accompli. Mais cela signifie aussi que ceux qui sont en Christ sont morts au péché et doivent maintenant vivre dans la justice de Christ. Parce que le Christ a accompli la loi, les chrétiens doivent maintenant suivre sa loi. » Fin de la citation.

Qu’est-ce que l’on doit retenir pour essayer de faire cette synthèse que je propose du passage de la loi à l’église? La loi doit s’interpréter par réflexion de principe, c’est vraiment ça que je voudrais mettre en avant. Le principe de la grâce qui est en Jésus, le principe de l’amour de Dieu, le principe de l’amour du prochain. Et à mon sens, c’est exactement ce qui se passe lorsqu’il y a un conflit au sein de l’Église en Actes 15. Il y a des judaïsants, c’est-à-dire des chrétiens d’origine juive qui veulent imposer aux chrétiens d’origine païenne, les rites de l’Ancien Testament, la circoncision. C’est une question qui était très importante dès le début de la vie de l’Église et, à mon sens, Actes 15 ne regarde pas à la réponse sous l’angle de 3 catégories de lois mais sous l’angle, plutôt, de ces principes que je viens d’évoquer. Par exemple, s’abstenir du sang, ce serait éminemment rituel et donc associé au sacrifice de Christ, donc abrogé, pourtant ils le maintiennent, pourquoi? Parce que la grande idée c’est, de ne pas être une occasion de chute ni pour les uns, ni pour les autres. Les chrétiens, l’Église maintenant, rassemble des gens d’origine juive et d’origine non-juive, et ensemble, ils doivent apprendre à se respecter et à ne pas se mettre des bâtons dans les pattes, en quelque sorte, dans ce qui les répugne profondément. Donc c’est le principe de l’amour qui va conduire à l’application de la loi dans le contexte d’Actes 15.

En Actes 16.3, Paul décide de circoncire Timothée pour qu’il ait une meilleure relation à la mission auprès des Juifs. Mais quand tu sais la violence à laquelle il s’attaque à la circoncision comme moyen de justification, on réalise bien que ce qu’il fait là n’est pas un compromis, c’est simplement une application juste de la loi. Et une application juste de la loi qui vise à ne pas être une occasion de chute ni pour l’Église, ni pour les Grecs, ni pour les Juifs. On n’est pas ici dans une réflexion d’application morale, juridique, du style « Ça, c’est une catégorie… enfin, la circoncision ça fait partie de telle catégorie donc ça s’applique, ou ça s’applique pas. » Ça s’applique parfois, ça s’applique pas dans d’autres cas! On est dans un autre type de relation à la vie et à la loi. Donc, il y a bien abolition de la loi en tant que loi mais application réfléchie, « principielle », alignée sur Christ et sur sa mission et sur les principes de l’éthique du Nouveau Testament.

Je suis très conscient que je suis beaucoup trop rapide et caricatural, et j’espère que mes chers amis du Québec me pardonneront pour cette petite boutade. Je suis bien trop rapide et caricatural pour aller en profondeur dans ces questions. Mais voilà, en tout cas, ce que je proposerai comme réponse face à cette question épineuse du rapport entre la loi et la grâce, entre Israël et l’Église et la manière, donc l’éthique de la vie chrétienne doit se fonder.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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