Retour sur le suicide, le meurtre et qui est ultimement sauvé

Chaque semaine, le pasteur Florent Varak répond à vos questions dans Un Pasteur vous répond: le podcast où la Bible répond à vos questions.

Épisode 16 revient sur le suicide, premier sujet abordé sur Un pasteur vous répond. Une internaute demande: « Vous dites que le suicide est un meurtre. Comment alors dire qu’un suicidé peut être sauvé? Car la Bible dit que les meurtriers n’hériteront pas le royaume de Dieu. À moins que vous ne pensiez que tout le monde sera sauvé? »

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« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

Cette question fait suite au podcast sur le suicide et le chrétien. Et voici ce qu’une personne nous envoie comme question : « Au début de votre exposé sur le suicide, vous dites que le suicide est un meurtre, ensuite vous expliquez que l’homme, et même le chrétien, ne perd pas son salut malgré ce meurtre; moi je veux bien, mais que faire du verset d’Apocalypse 21.8 où il est précisé que les meurtriers n’hériteront pas du royaume ? Au final, tout le monde sera-t-il sauvé selon vous ? »

C’est une très bonne question, qui me force à être beaucoup plus précis dans ma réponse. Et, pour être très clair: non, je ne crois pas que tout le monde sera sauvé, c’est une affirmation très évidente de l’Écriture. Il existera un jugement et ce jugement va séparer les hommes et les femmes dont les péchés ont été couverts de ceux dont les péchés n’ont pas été couverts.  La Bible décrit ces derniers comme séparés éternellement d’avec Dieu.

Maintenant, pour être un petit peu plus précis, est-ce qu’il est possible que des meurtriers soient sauvés ? Je ne peux que répondre : “bien sûr”. Le roi David était un meurtrier et pourtant, il expose dans ses écrits son assurance d’être sauvé, sa confiance dans le pardon de Dieu. Alors, on n’est pas là pour juger les coeurs, bien entendu, mais on peut comprendre qu’une personne qui ait fait un acte aussi terrible que le meurtre puisse aussi réaliser qu’elle a besoin de grâce, qu’elle a besoin de pardon et prendre conscience que Christ est mort pour ce péché-là également.

Alors, pour revenir à Apocalypse 21.8 où il est précisé que les meurtriers n’hériteront pas du royaume, comment comprendre ce verset ? Si on le lit dans son intégralité, le verset dit la chose suivante : «Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables,  les meurtriers, les débauchés, les magiciens, les idolâtres et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre. Cela, c’est la seconde mort. » Nous avons donc une liste de péchés: la lâcheté qui correspond à la crainte, la timidité devant le témoignage à rendre, peut-être devant la persécution ou face à des décisions à prendre qui impliquent une perte d’honneur vis-à-vis d’autres personnes ; le meurtre donc, qui est cité par la personne qui nous envoie cette question ; la débauche, c’est-à-dire l’immoralité sexuelle ; la magie c’est-à-dire tout ce qui est superstition, amulettes, astrologie, etc., la confiance qu’on place dans ce genre de pratiques ; et puis l’idolâtrie et le mensonge.

Les chrétiens – que nous sommes – sont-ils pleinement libres des péchés qui sont mentionnés dans cette liste? On peut se focaliser sur le meurtre, mais quand-même, la liste est bien plus vaste. Jésus, en Matthieu 5, nous rappelle que l’insulte mérite le même jugement que le meurtre. Pourquoi ? Parce que, dans la racine de cette condamnation d’autrui, on retrouve les mêmes émotions et la même violence que lorsqu’une personne décide de passer à l’acte et commet un meurtre. Cela ne veut pas dire que les conséquences de l’insulte sont les mêmes que les conséquences du meurtre, mais cela veut dire que le même péché, dans sa racine, est présent dans le coeur des êtres humains. Alors, je pose les questions: Est-ce que nous, qui sommes disciples de Christ, avons parfois, jugé autrui? Est-ce que nous avons parfois insulté autrui de telle même manière que Jésus pourrait nous déclarer coupables de meurtre à ses yeux, parce qu’il aurait repéré en nous le même sentiment, la même haine qui habitent le meurtrier?  Et que dire des autres péchés qui sont mentionnés: le mensonge, la lâcheté, l’immoralité sexuelle (ne serait-ce que par nos désirs) ? Pouvons-nous donc être libres, en tant que disciples du Christ, d’une condamnation qui émanerait de ce verset ? Est-ce à dire que tous sont condamnés ?

Eh bien, c’est précisément  le sens de ces versets-là, le sens de ces listes-là. Ces listes sont destinées à interpeller tous ceux qui les lisent; à les amener à réfléchir: est-ce que ma vie est caractérisée par le péché ? Eh oui, quand je regarde ces listes, je réalise qu’il n’y a rien en moi qui soit vraiment parfait ou exempt de souillure, de taches, d’égoïsme, de violence. Ainsi est mon coeur, ainsi est notre coeur et la situation de notre état.

Si on regarde d’un peu plus près ce texte en le resituant dans son contexte – et c’est une nécessité, quand on étudie le sens d’un verset, de repérer comment il s’inscrit dans son contexte – nous lisons dans les versets qui précèdent, au verset 5 : « Celui qui était assis sur le trône dit : voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit : écris car ces paroles sont certaines et vraies, il me dit, c’est fait, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, je donnerai de la source de l’eau de la vie, gratuitement. Tel sera l’héritage du vainqueur, je serai son Dieu et il sera mon fils, mais pour les lâches … » et le verset continue. Ce qui est intéressant, c’est le parallèle qui est fait. Il n’est pas dit : d’un côté il y a des gens qui commettent des péchés et de l’autre, des gens qui ne commettent pas de péché. Non, il y a d’un côté ceux qui commettent des péchés et ceux qui ont bu à la source de l’eau de la vie, gratuitement, sans en tirer aucun mérite. Ce sont ceux qui deviennent ses enfants par la confiance dans la grâce de Dieu. On peut ici se souvenir que l’apôtre Pierre, par exemple, a été lâche à trois reprises. Je ne lui jetterai pas la pierre, je pense que j’aurais fait dix fois pire; mais, même si Pierre a été lâche à trois reprises, cela n’a pas empêché Christ de le réinstituer: parce que Pierre a été pardonné, il a pu continuer son chemin. Il faut bien remarquer comment la Bible décrit notre humanité. Elle la décrit en des termes assez terribles, et notamment dans la lettre aux Romains, chapitre 3 verset 23 : « Il n’y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ». Tous les êtres humains qui viennent à Christ viennent à lui dans la réalité de leur péché; mais tous sont gratuitement justifiés par la grâce, par le moyen de la rédemption qui est dans le Christ Jésus. Lorsque Jésus vient sur terre, il vient pour mourir pour les péchés de ceux qu’il sauve; et ceux qu’il sauve, il les sauve entièrement, complètement, intégralement, conscient comme il est de l’ensemble de leurs fautes passées, présentes et à venir.

Bien entendu, on est appelé à vivre de manière différente dès lors que nous sommes devenus chrétiens. Cette vie différente doit s’éloigner de la colère, doit s’éloigner de l’immoralité, doit s’éloigner du mensonge;  et face à un homme, ou une femme, qui serait marqué par le meurtre, on peut évidemment remettre en question son salut parce que sa vie ne témoigne pas de la présence et du ministère du Saint-Esprit. Mais, en même temps, quelqu’un qui serait un disciple de Christ pourrait, dans un accès de désespoir, dans un moment qu’on ne peut pas vraiment décrire parce qu’on n’est pas dans son coeur, pourrait prendre sa propre vie et devenir un meurtrier contre lui-même. Est-ce pour cela que nous devrions conclure qu’il n’est pas chrétien? Dieu seul le sait, et je serai très prudent dans mes jugements à ce sujet… Il conviendrait de regarder son témoignage, la confiance qu’il a eue dans le sacrifice de Christ, la manière dont il vivait dans la foi dans ce sacrifice de Christ. Et peut-être peut-on imaginer qu’il est possible qu’il ait dérapé à un moment de détresse complète. Bien sûr, c’est terrible, mais s’il était vraiment disciple de Christ, je crois qu’il est demeuré disciple de Christ parce que je suis persuadé  qu’on ne cesse pas d’être un enfant de Dieu une fois qu’on a été adopté par Dieu.

Loin de moi l’idée que tout le monde soit sauvé, loin de moi l’idée que tous les péchés se valent, loin de moi l’idée de minimiser la gravité du suicide. Le suicide est un acte très grave, je l’ai dit, lourd de conséquences. Il induit souvent dans les familles un souvenir, une perception selon laquelle il est possible de sortir de ses problèmes par le suicide et c’est vraiment quelque chose d’important et de grave. Je ne veux vraiment pas minimiser le suicide mais néanmoins , je crois qu’un disciple de Christ est capable du pire, parfois, et y compris de se suicider sans que, pour autant, cela témoigne qu’il n’ait pas été un disciple de Christ et, encore moins, qu’il ait pu perdre son  salut, ce que je ne crois pas possible selon ma compréhension de l’Écriture.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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