Se reconnaîtra-t-on au ciel entre époux chrétiens? (Épisode 30)

L’épisode 30 aborde un sujet fascinant: le paradis! Une famille abonnée au blog nous demande: « Se reconnaîtra-t-on au ciel entre époux chrétiens? Nous nous posons la question si on pourra se reconnaître (ou reconnaître ses enfants, conjoint ou parents) une fois au ciel? » Florent Varak donne 7 arguments bibliques pour étayer sa réponse.

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La question est posée : « Se reconnaîtra-t-on entre époux chrétiens au ciel ? Nous nous posons la question:  pourra-t-on se reconnaître ou reconnaître ses enfants, conjoint ou parents une fois au ciel? »

Voilà une excellente question. C’est vrai qu’on parle peu du paradis, c’est une notion qui a un peu disparu du langage des chrétiens, du langage des évangéliques et c’est un peu dommage parce que c’est une espérance qui est vive, qui est décrite, c’est vrai, de façon assez sobre, parce que la Bible présente un premier paradigme en deux chapitres, en Genèse chapitres 1 et 2 , et puis un ultime paradigme en deux chapitres, Apocalypse 21 et 22, et on voit dans tout le reste combien la pensée de Dieu s’oriente plus sur notre vie actuelle que sur des spéculations, ou du moins ce qui pourrait sembler des spéculations futures. Mais néanmoins la Bible en parle, elle en parle bien. C’est glorieux ce qui nous attend, et très souvent je regrette que nous, en tant que chrétiens, nous ayons une vision un petit peu étriquée du ciel et du paradis. Je me souviens d’une jeune fille qui est venue me voir en … pas tout à fait en larmes, mais elle me disait: « Mais, je n’ai pas vraiment envie d’aller au ciel ! » Je lui ai demandé pourquoi… d’ailleurs l’expression « aller au ciel », à mon avis, est erronée, mais ça c’est une autre question… « Je n’ai pas envie d’aller au ciel », et je lui ai donc demandé « Pourquoi ? » et elle m’a répondu: «  Mais on va s’ennuyer ! ». Et je pense que ça fait écho pour beaucoup, cette crainte de passer l’éternité à s’ennuyer. J’avais lu le témoignage d’une femme qui s’était mise à pleurer – c’était une femme âgée qui était sur le point de décéder, une chrétienne – et elle était consolée par son pasteur qui lui disait: « Mais écoute, Christ est mort pour tes péchés, il te prépare une place, le paradis c’est quand même quelque chose de chouette ! » ; il essayait de l’encourager. Et elle, s’était mise à pleurer « Mais je ne veux pas aller au paradis ! » Et lorsque le pasteur lui a demandé « mais pourquoi ? », cette femme lui a répondu: « Mais parce que je veux pas chanter pendant l’éternité ! » Le pasteur n’a pas voulu rire, je suppose, mais il lui a demandé: « Mais pourquoi tu as cette vision ? » Dans sa tête, le paradis c’était se trouver sur un nuage à chanter des cantiques, ça ressemblait finalement à un long culte. Mais un long culte éternel ce n’est pas un paradis, surtout si vous êtes à côté de quelqu’un qui chante moyennement.

Donc, il y a beaucoup de fausses conceptions et je crois déjà qu’il faut éviter cette expression du « ciel », parce que le paradis futur est exprimé en termes de « nouvelle terre et de nouveaux cieux ». « Nouvelle terre » cela évoque une certaine matérialité ; il est question d’une ville, il est question de montagnes, il est question de rivières, il est question d’arbres, de fruits, il est question de nations, il est question de gloire … Enfin je pourrais parler longtemps sur ce sujet, si ça t’intéresse ce qu’on va faire au paradis, il suffit de poser la question ; je repèrerai très vite ta question pour pouvoir y répondre parce que je trouve que c’est évidemment fascinant. Donc, la Bible nous présente un avenir éternel sous l’angle d’une nouvelle terre, dans lequel nous passerons l’éternité, et une nouvelle terre avec plein d’activités. Et le ciel n’est que le paradis temporaire ; le lieu où se rendent les sauvés en attendant la résurrection ultime et future que nous attendons.

Alors, pour répondre à cette question : est-ce que l’on aura conscience des uns et des autres, de ce que les uns et les autres ont été, des rapports que nous avons entretenus avec les uns et les autres sur cette terre ? Alors moi, ma réponse en un mot c’est : absolument. Voici 7 indices qui militent en faveur de notre reconnaissance des uns et des autres quand nous serons sur la nouvelle terre.

Premièrement, je veux vraiment souligner la continuité de l’existence, contrairement aux spiritualités bouddhistes par exemple, où la notion de moi, d’identité est une illusion dont il faut se débarrasser, c’est quelque part une conception parasite qui crée beaucoup de souffrance selon cette spiritualité et cette conception. Mais dans la Bible, l’être humain créé à l’image de Dieu a de la valeur et continue d’exister pour l’éternité ; soit dans la présence de Dieu, soit en l’absence de Dieu. Et, alors que Job réfléchissait, dans le contexte de souffrance qu’on lui connaît, à son avenir, il a confessé sa foi en la résurrection future et s’est exclamé : « Mais je sais que mon Rédempteur est vivant ! » Il dit ça en Job 19, à partir du verset 25 : « Je sais que mon Rédempteur est vivant et qu’Il se lèvera le dernier sur la terre, après que ma peau aura été détruite. Moi-même, en personne, je contemplerai Dieu. C’est Lui que moi je contemplerai, que mes yeux verront, et non quelqu’un d’autre. Mon cœur languit au-dedans de moi. » Donc on perçoit qu’il a l’absolue certitude d’une continuation de son existence en tant que Job, avec ce qu’il a vécu, ce qu’il a connu ; c’est lui en personne ; dans la continuité de son identité. On le voit également lorsque Dieu se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, alors que ces hommes sont morts ! Mais ils existent et Jésus nous dit même que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants. Ils existent devant Dieu, dans la présence de Dieu, en tant qu’êtres humains identifiables, avec leur nom, leur histoire, leur passé. Quand Lazare est ressuscité, il avait la forme de Lazare ; les gens l’ont reconnu. Quand Jésus a été transfiguré – un événement absolument magnifique que nous lisons dans l’Écriture, qui a présenté un peu par avance cette gloire qui est sienne et qui allait être bientôt dévoilée aux disciples – mais lorsque Jésus est transfiguré, Moïse et Élie apparaissent et les disciples les reconnaissent ! Pourtant, j’imagine qu’ils ne portaient pas de badge, qu’ils ne sont pas venus leur serrer la main : « Bonjour, moi je m’appelle Moïse, et toi, c’est … ? » Les disciples ont perçu, compris, réalisé que Moïse et Élie étaient en face d’eux, et c’était des gens identifiables. Je crois qu’on pourra se connaître ; je ne sais pas comment, je ne sais pas par quel mécanisme – c’est une intuition qui aujourd’hui nous échappe – si ce sera une manière d’être qui nous permettra de nous reconnaître. Mais je pense qu’on va réellement pouvoir se connaître et se fréquenter en tant que gens qui ont vécu avec un certain passé, avec certaines relations.

Cinquièmement, quand Jésus est ressuscité, les disciples l’ont reconnu, ils ont mangé avec lui, ils ont discuté avec Lui ; là encore Jésus était reconnaissable. Sauf quand Il a choisi, bien sûr, de se masquer aux disciples sur le chemin d’Emmaüs, mais là je crois qu’il y avait quelque chose de miraculeux qui a eu lieu, de manière à les faire progresser. Parce que je crois que c’est une démarche pédagogique du Christ à l’égard de ses disciples. Sixième raison qui me fait croire cela, c’est que lorsque le voile se lève,  en Apocalypse chapitre 6, où on voit des morts qui attendent leur résurrection, on perçoit qu’ils sont conscients de ce qui leur est arrivé. Ils se plaignent : « Jusqu’à quand… » D’ailleurs, le fait qu’ils se plaignent, ça m’encourage toujours ; il doit y avoir des Français dans le ciel, puisqu’il y a des gens qui se plaignent, bref. Ils se plaignent, ils sont conscients de ce qui est arrivé : « Jusqu’à quand tarderas-tu à faire justice ? » Ils ont vraiment conscience de ce qu’ils ont été, de ce qu’ils ont vécu, et ils prient pour que la justice puisse parvenir. Et enfin, septième remarque : le passage par la mort indique une continuité de notre existence, intime et personnelle. Et je cite ici 2 Cor 5.8 : « Nous sommes pleins de courage et nous aimons mieux quitter ce corps et demeurer auprès du Seigneur ». Bref, nous nous reconnaîtrons, c’est certain. On pourra aller voir Jérémie le prophète et lui apporter un Kleenex. En fait non, je ne pense pas qu’il pleurera à ce moment-là, ses lamentations seront terminées. On pourra discuter avec Abraham, lui poser plein de questions sur ce que ça a été de quitter un pays avec sa famille, avec ses coutumes et de rentrer dans l’inconnu finalement et de poser une base qui allait être un fondement si extraordinaire pour toutes les civilisations à venir. On proposera à Jean-Baptiste de manger autre chose que des sauterelles. On pourra discuter avec Irénée, avec Blandine, qui a vécu le calvaire dans la ville de Lyon en 177 après Jésus-Christ, parler un peu de son témoignage, de la manière dont elle est venue à la foi, de la manière dont elle a vécu ce qu’elle a pu vivre. On parlera avec Calvin, avec Luther, on clarifiera plein de points un petit peu obscurs de ce qu’ils ont pu dire ou vivre. Probablement qu’ils seront désolés d’avoir persécuté, notamment les anabaptistes, à un moment donné, qu’ils verront autrement certaines décisions qu’ils auraient pu pendre ; et puis finalement comme nous.

Toutefois, s’il me semble que nous garderons le souvenir de nos liens, je ne pense pas que nous resterons dans ces liens. Avec ma femme et nos enfants, nous serons, j’imagine, dans une proximité affective particulière. Je ne vois pas pourquoi le paradis ôterait de l’amour, au contraire, je pense qu’il va le mener à son terme. Mais la nature, me semble-t-il, de ces relations, aura changé. Je ne sais pas … La Bible ne parle pas de la nature de ces relations mais je pense que plus fondamentalement, nous serons les uns et les autres, frères et sœurs, et cohéritiers de Christ. On se reconnaîtra, nous saurons ce que nous avons vécu, nous aurons été pardonnés, nous serons … Tous les conflits que nous aurons pu vivre auront été solutionnés, on va passer par le tribunal de Christ, nos cœurs auront été transformés par la résurrection. Je pense que nous pourrons nous regarder d’une façon assez différente de celle dont nous pouvons peut-être nous regarder parfois, notamment lorsque les situations ont été crispées ou parfois tragiques, lorsqu’il y a eu des divorces ou lorsqu’il y a eu des séparations enfants et parents, parfois temporaires, parfois plus longues.

En tout cas, je ne peux qu’imaginer le bonheur que ce sera de former une civilisation composée de gens de toutes nations qui aiment Christ et où il n’y aura ni guerre, ni racisme, ni préjugés, ni domination, dans un amour devenu complet et parfait, à l’image de l’amour de Christ. Je me dis ça doit être un paradis, enfin, c’est ça qui fait que le paradis est imaginable : c’est qu’il sera composé d’être humains, mais d’êtres humains capables d’aimer et désireux d’aimer constamment. Je pense à Sophonie chapitre 3 verset 9 qui nous dit: « Alors je rendrai pures les lèvres des peuples, pour qu’ils invoquent tous le nom de l’Éternel, en lui rendant un culte unanime ». Belle perspective, en vérité, qui nous attend et qui nous permet d’anticiper le fait que la place que Jésus nous prépare sera une place heureuse, joyeuse et pleine de satisfactions dans les relations que nous aurons les uns avec les autres, y compris celles que nous avons aujourd’hui, avec notre conjoint chrétien, avec nos enfants chrétiens (dans le sens de « sauvé », pas dans le sens sociologique de « chrétien ») et tout cela doit nous donner aussi le désir, probablement, de nouer plus fortement ces liens dans cette dimension de l’éternité.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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