Le baptême de l’Esprit est-ce une seconde expérience? (Épisode 13)

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

La question est posée : est-ce que le baptême de l’Esprit est une seconde expérience ?

Comme nous l’avons vu dans un précédent podcast, le baptême de l’Esprit est l’expérience qui nous unit à Christ lors de notre conversion. C’est ce qui nous intègre au corps du Christ, c’est ce qui fait de nous des personnes nées de nouveau, régénérées. C’est ce qui nous donne toutes les grâces qui sont associées au salut par le moment de ce baptême de l’Esprit.

Alors, il existe une tradition dans le mouvement évangélique, dit charismatique, pentecôtiste, qui dit que le baptême de l’Esprit serait une seconde expérience à rechercher, une seconde expérience après la conversion, qui donnerait une certaine puissance pour le ministère. Parfois c’est associé à l’idée qu’avec le baptême de l’Esprit, je vais pouvoir parler en langues. Ce serait le signe de la présence du Saint-Esprit, cela fera l’objet d’un autre podcast, mais, parfois il y a une certaine – alors, je le cite sous forme de boutade – mais, il y a une certaine arrogance, arrogance est probablement trop fort comme terme ; mais je me souviens d’une jeune chrétienne de notre assemblée qui était partie en mission avec des charismatiques d’une garde assez ancienne, on va dire, et lorsqu’ils sont rentrés ils discutaient de cela : elle n’avait pas le baptême du Saint-Esprit et il lui manquait des choses. Cette personne disait « bon, c’est vrai qu’on ira tous au même endroit, on est disciples de Christ, mais nous, nous prenons l’ascenseur et vous, vous prenez l’escalier ». Comme si, et là c’est peut-être plus grave, c’est comme s’il y avait une distinction fondamentale entre les rachetés de Christ et donc, ça pose un problème sur la suffisance du sacrifice de Christ quelque part. Si Jésus sauve, est-ce qu’il sauve pleinement ou à moitié un certain nombre de disciples ? Est-ce qu’ils ont besoin de quelque chose de plus ? Est-ce qu’il y a au sein du corps de Christ une division marquée entre ceux qui auraient une certaine puissance et d’autres qui n’en aurait pas ? Cela pose un certain nombre de questions.

Alors, j’aimerais regarder cette question à la lumière de la Bible. Plusieurs arguments ont été évoqués pour soutenir l’idée d’une seconde expérience. Moi, ce que je pense, c’est qu’il y a une confusion de langage, parce qu’il n’y a pas 2 expériences avec le Saint-Esprit dans le Nouveau Testament, on a des tas d’expériences avec le Saint-Esprit. D’ailleurs, même les apôtres (et l’Eglise) ont été remplis de l’Esprit à plusieurs reprises. Je pense qu’il y a une confusion de langage. Le baptême de l’Esprit est l’événement qui nous unit à Christ une fois pour toute, et il y a une succession d’événements possibles, de communions possibles avec le Saint-Esprit, d’orientations, de manifestations de l’Esprit dans la vie. Mais de dire qu’il y a une seconde expérience, marquée, notamment associée au parler en langues, qui doit ou qui attend chaque chrétien, je crois que c’est une erreur, une erreur assez importante, que l’Ecriture ne valide pas, me semble-t-il. Peut-être j’ai tort et ce sera à vous qui écoutez, de vérifier, Bible en main. Peut-être ai-je tort ? Je crois néanmoins que la Bible n’enseigne pas qu’il y ait une double expérience.

Alors quels sont les arguments utilisés pour évoquer cette double expérience ? La première qui est utilisée, c’est de dire, voilà, les apôtres ont reçu le Saint-Esprit en Jean 20.22, quand Jésus a dit « recevez le Saint-Esprit » et il a soufflé sur eux. Ensuite en Actes 2 ils ont été baptisés de l’Esprit. Donc, on voit bien, selon eux, dans cette expérience une double expérience. Alors, moi je suggère que lorsque Jésus souffle sur les disciples c’est un symbole. Pourquoi, parce que Jésus a lui-même précisé qu’il ne pouvait pas faire venir le Saint-Esprit avant qu’il soit monté auprès du Père, donc il y a une attente, en quelque sorte, qui empêche la venue du Saint-Esprit en Jean 20.22. D’autre part, nous voyons qu’ils étaient déjà convertis. En Jean 13, Jésus dit aux disciples « vous êtes purs, mais non pas tous ». il parlait de Judas qui bien sûr révélait ou allait révéler qu’il ne faisait pas partie des disciples de Christ. il n’avait pas d’amour pour Jésus. il ne comprenait pas qui il était, ce qu’il était venu faire. Si Jean 20.22 est une première expérience, mais en fait il y en a une antérieure : ils seraient devenus des disciples, des personnes sauvées en Jean 13 et ensuite ils auraient reçu cette présence de l’Esprit, et ensuite en Actes 2 le baptême du Saint Esprit, puis dans Actes 4, ils sont encore remplis du Saint-Esprit. Je ne crois pas que l’on puisse faire de cette situation des apôtres un exemple. Il y a un événement qui est le baptême de l’Esprit des disciples, effectivement, en Actes 2. C’est un événement historique, un peu comme la Pâques est un événement historique : Jésus est mort sur la croix une fois pour toute. En Actes 2 le Saint Esprit descend sur toute chair, une fois pour toute. C’est un événement historique.

Mais il y a un autre texte qui est invoqué, évoqué, pour soutenir l’idée d’une double bénédiction, et ça, ce texte est beaucoup plus parlant. Il se trouve dans le livre des Actes au chapitre 8, et si vous avez une Bible, je vous invite à l’ouvrir parce que c’est assez intéressant. Je vais lire les textes qui sont pertinents sur cette question. On a en Actes 8, à partir du verset 5, un homme, Philippe, qui descend dans une ville de la Samarie pour y prêcher le Christ. Qui est Philippe ? Philippe fait partie des 7 personnes nommées pour seconder les apôtres à cause de l’excès de travail qui reposait sur leurs épaules. Donc il représente les apôtres, et Philippe descend prêcher le Christ dans une ville de Samarie. C’est merveilleux -parce qu’il y a hélas au début de la vie de l’église, il y a un certain racisme de la part des chrétiens qui ont de la peine à comprendre que ce toutes les nations qui vont être bénies par la descendance d’Israël, par Jésus-Christ. – Bref, Philippe va prêcher le Christ, et là il y a un magicien qui avait beaucoup impressionné les gens de ce village ou de ces villages et quand il voit Philippe réaliser toutes ces œuvres et la sagesse qu’il manifeste, nous lisons au verset 12 « quand ils eurent cru à Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se firent baptiser. Simon lui-même, qui était magicien de ces contrées, crut aussi, et après avoir été baptisé il ne quittait plus Philippe et voyait avec étonnement les grands signes et miracles qui se produisaient ».

Donc, nous avons là une histoire toute simple : Philippe va prêcher l’Évangile, des hommes et des femmes croient et se font baptiser. Est-ce qu’ils sont sauvés ? Bien sûr qu’ils sont sauvés ! Croire et se faire baptiser, c’est vraiment le langage qu’utilise Luc dans le livre des Actes pour souligner la réalité, la pertinence du salut de l’individu qui croit.

Mais, voilà ce que nous dit la suite du récit des Actes : verset 14 « quand les apôtres, qui étaient à Jérusalem, apprirent que les habitants de la Samarie avaient reçu la parole de Dieu, ils leur envoyèrent Pierre et Jean. Ceux-ci, descendus chez eux, prièrent pour eux afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint, car il n’était encore descendu sur aucun d’eux. Ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus, alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains et ils reçurent le Saint-Esprit ». Et là nous avons effectivement, en Actes 8, une double expérience. Nous avons des disciples qui se font baptiser, qui deviennent des croyants et qui n’ont pas encore reçu le baptême du Saint-Esprit. Alors, est-ce-que ça veut dire que nos bien-aimés qui sont dans des églises qui enseignent la double expérience ont raison ?

Moi je ne le crois pas et voilà pourquoi. D’abord c’est dans un livre historique que nous avons ce récit, et un livre historique n’a pas pour objectif de nous donner un enseignement absolu, mais de nous dire ce que Dieu a fait, ou ce que les hommes ont fait. Parfois Dieu continuera à faire ainsi, mais pas nécessairement. Je vous donne un exemple sur ce que les hommes font : quand l’apôtre Pierre a voulu remplacer Judas, il a donné des critères assez précis pour son remplacement, et puis il a tiré au sort entre deux personnes. Alors, j’espère que dans nos églises on ne tire pas au sort pour nommer des anciens ou des pasteurs ! Peut-être on peut le croire parfois, mais ce n’est pas mon propos ici. J’espère que personne n’est tiré au sort dans nos églises, et que personne n’utilise Actes, chapitre 1 pour dire, vous voyez c’est comme cela qu’il faut faire. Un livre historique rapporte ce que les hommes on fait, ce que Dieu a fait, et après il faut le comprendre.

Pour en revenir à Actes 8, effectivement, il y a la conversion et le baptême de l’Esprit qui a lieu quelque temps plus tard. Toutefois pourquoi prendre le chapitre 8 comme modèle et pas le chapitre 10 ? Qu’est-ce que l’on trouve dans le chapitre 10 ? On voit l’apôtre Pierre même embarrassé d’avoir à prêcher, puisque quand il arrive auprès de Corneille et de ceux qu’il avait rassemblé et il leur demande pourquoi vous m’avez fait venir ? Enfin, c’est incroyable qu’un évangéliste arrive, un apôtre arrive dans un endroit où il y ait des gens qui sont intéressés et il pose la question : mais de quoi voulez-vous qu’on parle ? Bref, Pierre parle et pendant qu’il parle le Saint-Esprit descend sur Corneille et sur ses invités et ils se mettent à parler en langues et ils sont baptisés.

Pourquoi ne pas prendre Actes 10 comme modèle et non Actes 8 ? Pourquoi ne pas utiliser les autres récits, je crois qu’il existe une douzaine de récits de conversions dans les Actes ? Pourquoi se focaliser sur Actes 8 et faire d’Actes 8 la norme, alors qu’il existerait d’autres perceptions, d’autres manières de voir cela ? Alors peut-être qu’il il y a quelque chose dans Actes 8, quelque chose de très unique qu’il nous faut comprendre et qui explique cette double étape que nous avons dans la vie de ces samaritains.

La première remarque que je ferai, c’est que Pierre et Jean doivent se déplacer et ce n’est que lorsque Pierre et Jean posent leurs mains que le Saint-Esprit descend. Et je me dis pourquoi Pierre et Jean ? Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans la vie de Pierre et de Jean ? Alors il y a un mandat que nous trouvons dans le livre de Matthieu, dans l’Évangile de Matthieu ? Jésus dit à Pierre qu’il était mandaté pour ouvrir les portes, cette clé du Royaume. Et on se dit pourquoi est-ce-que Pierre doit se déplacer en Samarie pour imposer les mains ? Peut-être parce qu’il avait l’autorité d’ouvrir les portes.

C’est quoi ouvrir une porte ? Ben, imaginez : l’Ancien Testament c’est une préoccupation qui est centrée sur Israël, le Nouveau Testament c’est une préoccupation qui va d’Israël à toutes les nations. La bénédiction d’Abraham va toucher maintenant toutes les nations et effectivement nous voyons l’apôtre Pierre prêcher en Actes, chapitre 2, il ouvre la porte des juifs à l’Évangile. Et nous voyons l’apôtre Pierre en Actes chapitre 10, c’est lui qui ouvre la porte aux premiers païens qui se convertissent et pour les samaritains on a ce problème, c’est que Philippe va très vite en besogne, et heureusement on a besoin de gens qui poussent un peu les limites et les lignes. Mais c’était à l’apôtre Pierre de venir ouvrir la porte du cœur des samaritains. Dieu souhaitait que que ce soit lui qui impose les mains, que ce soit lui qui soit présent pour la venue du Saint-Esprit et ce à bon escient. Parce que, sI vous connaissez un peu le Nouveau Testament, vous savez qu’entre les juifs et les samaritains il y avait un peu d’eau dans le gaz, il y avait des tensions, une forme de racisme. En tout cas, ce n’est pas très joyeux, ce n’est pas très brillant entre eux, et je me dis que si Pierre et Jean n’étaient pas venus en Samarie, on aurait probablement eu une église évangélique de Samarie qui aurait fleuri loin des apôtres, loin de l’autorité des apôtres, et on aurait eu une église évangélique apostolique de Jérusalem qui aurait regardé avec mépris les chrétiens samaritains. Dans la sagesse de Dieu, il était préférable que les choses se fassent dans l’ordre. Même si des gens viennent à la connaissance de Christ, que ce soit l’apôtre Pierre, avec toute l’autorité des apôtres, qui vienne constater l’authenticité de l’oeuvre spirituelle chez les samaritains. Que les samaritains réalisent que le salut vient des juifs, comme l’enseigne Jésus dans Jean, chapitre 4. Qu’ils devaient eux aussi être édifiés sur le fondement laissé par les apôtres et les prophètes. C’est le rôle des apôtres et des prophètes (Ephésiens 2.1, Ephésiens 3.7) de donner un fondement à l’ensemble de l’église.

Donc, je crois qu’il est compréhensible en Actes 8 que Dieu ait exceptionnellement décidé de surseoir à l’envoi du Saint-Esprit, et d’attendre la venue de l’apôtre Pierre, pour authentifier l’œuvre qui était en cours. Cela ne veut absolument pas dire que c’est comme ça que ça doit être ! Quand on regarde un récit historique, on observe ce que Dieu fait, ce que les hommes font, et on a besoin des récits normatifs que peuvent être les lettres, toutes les épîtres, pour avoir une opinion plus précise sur ce qui est enseigné dans un récit historique, pour voir comment ça doit être normé, réalisé.

1 Corinthiens 12.13 que nous avons vu dans le podcast précédent, est absolument limpide à ce sujet : c’est dans un seul Esprit que nous tous, pour former un seul corps, nous avons tous été baptisés, soit juif, soit grec, soit esclave, soit libre. Nous avons tous été abreuvés d’un seul Esprit. Donc le baptême du Saint-Esprit n’est pas une seconde expérience, postérieure à la conversion. C’est une expérience qui nous intègre au corps du Christ. Les exemples que nous trouvons dans le livre des Actes sont tout à fait compréhensibles, même s’ils sont différents dans le tempo des événements. On peut les expliquer et on reste avec la norme que nous laissent les épîtres et qui est encore souligné par Romains 8.9 : « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas ».

La présence du Saint Esprit c’est vraiment l’attestation de la conversion d’un individu. C’est pour ça que l’apôtre Paul en Actes, chapitre 19, je crois, avec les disciples de Jean-Baptiste à Ephèse pose la question : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? » La présence du Saint-Esprit est l’attestation de la réalité de la conversion.

Je termine en soulignant que les théologiens pentecôtistes que sont Gordon Fee, (Ivan) Satyavrata, et Wayne Grudem (qui est pentecôtiste)… ces 3 théologiens qui ont chacun écrit des ouvrages sur le ministère du Saint-Esprit, sont d’accord avec ce que je dis. Ils ne font pas du baptême une expérience différente de la conversion, mais ils soulignent avec raison, et je suis d’accord avec eux, qu’après la conversion il y a une multitude d’expériences, de communions, d’instructions qui sont liées au Saint Esprit et qui concernent tous les chrétiens. Mais il n’y a pas de différence fondamentale, radicale, essentielle, entre les disciples de Jésus-Christ : avec une catégorie d’un côté, qui serait ceux qui auraient une puissance particulière et ceux qui seraient laissés-pour-compte, avec moins de ce que Jésus-Christ à acheté pour eux lorsqu’il est mort à la croix pour ses enfants.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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  • jerome Laffez dit :

    Merci. Verset 13 Simon voyait les [grands] miracles et signes qui s’accomplissaient, donc philippe avait le St Esprit en lui, s’il avait été mandaté pour « ouvrir la porte » comme cela est bien dit, les Samaritains auraient reçu par lui mais il fallait effectivement que les apôtres viennent…
    Après cela peut-on dire qu’il est possible de croire et être témoin des miracles sans pour autant être converti? Personnellement je me suis converti 4ans après avoir découvert que Dieu existait et avoir vu Dieu dans certaine situation de ma vie.
    Je n’ouvre pas une porte nouvelle (humour), bonne route les amis.

  • Cal dit :

    Super, entièrement d’accord avec Florent.

    Juste une petite correction, cependant, Grudem n’est pas pentecôtiste mais baptiste. Ce qui le rend si populaire, néanmoins, dans le milieu pentecôtiste c’est qu’il articule brillamment la position non-cessacionniste et la position prémil historique, croyances communes à nos bien-aimés pentecôtistes.

    • Florent Varak dit :

      Bonjour Cal, merci du mot. Grudem est un théologien issu du mouvement charismatique dit de la 3e vague. Il dédie son livre Théologie Systématique à John Wimber, fondateur des églises Vineyard. Il est effectivement non cessationiste, et est le 1er à avoir diminué la force de la prophétie. Dans sa thèse de doctorat (reprise dans les positions de TS), les prophètes de l’AT, qui faisaient autorité, trouvent leur équivalent dans les apôtres du NT. Selon lui, les prophètes du NT communiquent une parole à mi chemin entre exhortation et intuition. Des propos qui peuvent se révéler inexacts car (toujours selon lui), seuls les apôtres portaient une révélation autorisée. Bien cordialement,

      • Cal dit :

        Salut Florent, je te donne le lien d’un article écrit par Grudem intitulé « Why I’m a Baptist ». Il parle du fait que la famille de son père fréquentait les ADD (pentecôtistes) et celle de sa mère les Evangelical Covenant Churches (que je ne connais pas du tout d’ailleurs); il explique plus loin pourquoi il n’est ni l’un ni l’autre et pourquoi donc il est baptiste.
        Voici le lien : http://www.waynegrudem.com/wp-content/uploads/2012/03/A-Baptist-Because-of-the-Bible.pdf
        L’article date un peu (2001 je crois) mais je n’ai pas entendu qu’il ait changé de position.

        Donc, je pense vraiment que cette question est assez claire, d’autant qu’il a eu un désaccord amical avec Piper sur la question du membership (Piper acceptant comme membres des pedo-baptisés, Grudem, lui, refusant de leur accorder le membership, argumentant que la position baptiste ne le permet pas cf http://www.desiringgod.org/articles/response-to-grudem-on-baptism-and-church-membership)

        Il ne me semble pas qu’il ait changé de dénomination depuis. Cela n’empêche pas qu’il soit très amical et courtois envers les pentecôtistes et certains charismatiques; et même qu’il partage certains points théologiques qu’il articule plus brillamment qu’eux, ce qui lui vaut d’être bien accueillit par certains leader du mouvement Vineyard. En outre, il parle de Wimber comme étant un ami…

        Enfin, S’il est vrai qu’il dédie son livre à Wimber, cette dédicace arrive en dernier, après celle à A. Kenneth Ham, pasteur baptiste, celle à Edmund Clowney, John Frame et Ver Poythress, tous les 3 presbytériens… De ces 4 personnes, il dit qu’elles l’ont influencé dans ses positions théologiques pour la majeure part.

        Maintenant, j’ai lu la position de Grudem sur la prophétie, position pour laquelle j’ai quelques sympathies mais que je ne partage pas entièrement; le point particulier que tu mentionnes (exhortation / intuition) étant pour moi intrigant, justifiable, mais posant peut-être plus de problèmes qu’il n’en règle…

        Bien à toi,
        Cal

        • Florent Varak dit :

          Merci Cal ! Ces éléments sont intéressants. J’ai survolé rapidement les pages recommandées, et il me semble qu’il se définisse comme baptiste par opposition aux pédo-baptistes (les Réformés évangéliques et les Presbytériens qu’il fréquentait à l’université et qui baptisent les nourrissons). Quoi qu’il en soit, j’apprécie beaucoup Grudem. Un homme qui aime profondément le Seigneur et sa Parole. Même si je ne partage pas tout de ses convictions, il a encore beaucoup à m’apprendre :). Bien fraternellement.

          • Cal dit :

            Oui, ta précision est juste, il se définie comme baptiste surtout en opposition aux pédo-baptistes, principalement, mais pas uniquement, invoquant l’héritage d’un Mullins (auteur de baptists beliefs), entre autre, même s’il s’écartera de certaines positions théologiques.
            Je te rejoins sur le fait que Grudem a beaucoup à nous apprendre; en particulier je suis toujours frappé de voir combien il est attaché, avant de réfuter une position théologique, de la représenter le plus fidèlement possible.

            (sans transition il a un cancer depuis quelques temps, et a récemment été un encouragement pour beaucoup en répondant à Piper qui lui demandait comment il allait : « la dernière fois que j’ai vérifié, Romains 8:28 était encore dans la Bible… 🙂 )

            Merci en tout cas pour tes réponses, et surtout pour les podcasts. Que Dieu te bénisse.

      • Ayant relu un chapitre de Grudem ce matin et tombant sur cette vieille discussion ce soir, j’ajouterais juste que Grudem dédie sa Théo Syst a 8 personnes, dont ses parents, des baptistes et des charismatiques. 🙂

  • Nathan dit :

    Désolé du long commentaire, mais bon… Je réponds à un audio de 15 minutes, donc…

    1:59 : La croyance en la « double expérience » ne remet pas du tout en question l’oeuvre de la croix… Sinon la Pentecôte pose cette question aussi. Si la croix était suffisante, quel besoin de Pentecôte ? Ce n’est pas une question de salut, mais de mission. C’est après avoir été revêtus de puissance que les apôtres allaient être témoins. Ils étaient déjà sauvés, mais pas témoins. C’est ça être remplis du Saint-Esprit. L’analogie ascenseur/escalier est très mauvaise. Ce n’est pas une question d’arriver au « ciel » plus vite ou plus facilement. C’est une question d’avoir la vie débordante de Dieu en soi ou pas alors qu’on proclame le Royaume…

    2.37 : très bien dit : pas deux, mais plein d’expériences. Simplement, pour moi, bibliquement, les deux premières (conversion/nouvelle naissance et « réception » du S-E) sont importantes. Les deux sont l’œuvre de l’Esprit à l’intérieur du croyant, et la deuxième est à répéter encore et encore et encore, mais la deuxième concerne la plénitude, et pas la première.

    14.00 : « choses normatives dans les épîtres ». Le principe selon lequel les épîtres sont « normatives » et pas les récits est tendancieux, et c’est plus complexe que ça. 2 Tim 4.13 n’est pas « normatif » dans le sens où tu l’entends, et beaucoup d’enseignements dans les récits (en particulier les évangiles) le sont. Mais c’est vrai que de regarder les actions d’une personne ou d’un groupe de personne à un moment dans l’histoire est tendancieux à transformer en dogme. Ceci étant dit, on a un passage dans les épîtres qui mentionne la double expérience : l’auteur de l’épître aux Hébreux encourage les croyants, au ch 6, à aller au delà des choses basiques. Dans ces choses basiques, il mentionne l’enseignement concernant « les baptêmes » (pluriel). On pourrait présumer qu’il parle de la distinction entre le baptême de Jean et le baptême au nom de la Trinité… Mais il le connecte à la notion de l’imposition des mains, qui revient souvent dans la prière pour recevoir le Saint-Esprit. Tout semble indiquer qu’il s’agit de cela…

    Mais le noeud du sujet est ici : tu ne parles que de Actes 8, sauf qu’il n’y a pas que Actes 8. Voici plusieurs passages qui pour moi montrent que la « naissance chrétienne normale », comme le dirait David Pawson, passe par la conversion/nouvelle naissance, le baptême d’eau, la reception/plénitude/baptême du Saint-Esprit et une vie de sanctification. Voici quelques passages dans Actes qui semblent aller plutôt dans le sens des deux expériences (suivies, bien sur, de multiples autres expériences).

    Actes 8 : tu l’abordes, mais dans ce que tu avances, je vois un énorme problème qui se pose à moi, théologiquement, en tant que calviniste : tu affirmes qu’ils deviennent chrétiens et que ce n’est qu’après qu’ils reçoivent le S-E. Pour moi, pas de problème dans ma théologie, puisqu’on
    devient chrétien par l’Esprit (et pas par nos forces/intelligence/spiritualité) et qu’ensuite on reçoit la plénitude de l’Esprit. Mais si tu affirmes que le baptême du S-E=conversion, alors cela veut dire que ces personnes se seraient converties sans l’Esprit de Dieu, si je te suis bien. Or quelqu’un peut-il devenir chrétien sans le St-Esprit ??? Pas si c’est Dieu qui opère tout, du début à la
    fin, pour nous donner le vouloir et le faire de notre salut. Donc soit je t’ai mal compris, soit ta position se met en opposition à 1 Co 12.3, selon lequel personne ne peut confesser Jésus comme Seigneur sans l’aide de l’Esprit.

    Actes 9… Paul devient chrétien (il appelle Jésus ‘Seigneur’), et il obéit à Jésus. Et pourtant Ananias vient pour qu’il soit rempli du Saint-Esprit. Donc Actes 8 n’est pas un exemple isolé. A moins de dire que Paul n’était pas croyant avant qu’Ananias ne vienne, mais cela me semble peu probable à la lumière du fait qu’il l’appelle « Seigneur » (v. 5) et à la lumière, toujours, de 1 Co 12.3.

    Actes 10 semble être l’exception pour moi, alors que tu disais que Actes 8 serait l’exception : Corneille et co. sont convertis et baptisés dans l’Esprit simultanément. La remarque au v. 47 est pour moi l’explication. Les Juifs, malgré l’expérience en Samarie, ont encore du mal à intégrer les non-Juifs. Les samaritains étaient un peuple entre deux, avec des origines à moitié juives, mais là, Corneille est un Païen sans aucune connexion à Abraham, Isaac et Jacob. Et il faut que Dieu intervienne souverainement pour les remplir du Saint-Esprit pour que les chrétiens de Jérusalem reconnaissent que c’est ok de les baptiser et les accepter dans leur communion. Dans le contexte de la vision de Pierre et de l’ouverture graduelle de la « porte » aux païens, cela a du sens. Donc pour moi, l’exception due à « l’ouverture de la porte » ne se trouve pas en Actes 8, mais en Actes 10. Actes 8 lui, semble suivre le schéma de Actes 9, Actes 11 et Actes 19.

    Actes 11… Lorsque Pierre explique son aventure avec Corneille aux Juifs incrédules, il parle de la réception du Saint-Esprit comme quelque chose de connecté à la conversion, mais pas de synonyme. « Et je me suis souvenu de cette parole du Seigneur : ‘Jean a baptisé d’eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint- Esprit.’ Puisque Dieu leur a accordé le même don qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ? » (Ac 11.16-17). De croire au Seigneur conduit à recevoir ce don, selon la norme. Mais le don et la croyance ne sont pas la même chose.

    Actes 19… La question de Paul au v. 2 est suffisamment édifiante : « avez-vous reçu le St-Esprit lorsque vous avez cru ? » La lecture la plus simple de ce texte est de comprendre qu’il est tout à fait possible de croire sans avoir été rempli de l’Esprit. Mais, pour aller dans ton sens, on pourrait aussi présumer qu’il leur pose cette question parce qu’il veut s’assurer qu’ils sont bien chrétiens et pas disciples de Jean Baptiste. Les deux interprétations sont possibles… Mais c’est l’enchaînement des vv 5 et 6 qui est le plus parlant. Ils sont baptisés, ayant reconnu qu’ils n’ont pas reçu le bon type de baptême. Paul avait l’assurance qu’ils étaient sauvés ; sans quoi il ne les aurait pas baptisé. Mais au v. 6 il prend l’initiative de leur imposer les mains pour qu’ils reçoivent l’Esprit.

    Donc nous avons trois cas où il y a une deuxième expérience (Ac 8, 9, 19), et un cas où les deux choses sont simultanées (Ac 10) ; et d’autres cas où il y a silence sur la question. On a un passage dans Hébreux qui parle des baptêmes au pluriel, et on a l’expérience des apôtres, qui peut très bien être expliqué par les deux « camps ».

    Je pense que le témoignage des Ecritures penche en faveur de la double expérience ; tout en maintenant que cette expérience de plénitude de l’Esprit ne devrait pas être un « une fois pour toutes » pour le croyant (contrairement à la nouvelle naissance), mais que chacun est appelé à être rempli de l’Esprit de façon continue, quotidienne. Nous devons toujours revenir boire à la source de son Esprit qui nous donne dons, puissance, fruits et qui nous fait nous rappeler au quotidien, de façon puissante et présente que nous sommes les fils et filles de « Abba », notre Père.

    • Florent Varak dit :

      Bonjour Nathan. Merci pour le retour. Je réponds brièvement

      1. Ton commentaire révèle parfaitement ce que j’estime être problématique: « sauvés mais pas témoins ». Il y a bien, dans ton propos, l’idée de deux classes de chrétiens foncièrement séparés. Or c’est précisément l’inverse qui a lieu avec le baptême de l’Esprit à la conversion: nous sommes tous incorporés au corps du Christ. Il n’y a pas de sauvé authentique qui ne soit pas automatiquement un témoin! cf. 1 Pie 2.9-10 et la proclamation des vertus de Dieu.

      2. Non, il n’est pas tendancieux de dire que les récits ne sont pas normatifs! C’est un principe très important. Je te propose de lire le livre de Fee et Stuart, un nouveau regard sur la Bible (Vida?). Fee est un théologien pentecôtistes et le chapitre sur Actes est remarquable. Sinon, tu feras comme cet homme de Marseille qui distribuait les mouchoirs qu’il portait « pour la guérison » en croyant s’appuyer de Act 19. Ce que l’histoire inspirée par l’Esprit nous rapporte est une information utile (2 Tm 3.16-17), qu’il faut interpréter à la lumière des récits normatifs.

      3. Dans les choses basiques d’Héb 6, tu cites « des baptêmes ». Attention, sois précis :). Cela n’a probablement pas grand chose à voir avec le baptême de l’Esprit. Il s’agit du terme baptismos, et non baptistes, qui a surtout le sens de « ablutions » (cf. Mc 7.4, Hé 9.10). Souviens toi que l’auteur s’adresse à des Juifs qui ne sont pas encore certains de basculer vers la nouvelle alliance. Ils restent sur des rites, tentant d’ajouter Jésus à leur pratique, et l’auteur leur dit qu’ils ne peuvent en rester là.

      4. Les dizaines de conversion recensées en Actes montrent des parcours divers, qu’il faut comprendre. Actes 8 est l’exception que je tente d’expliquer. Pourquoi c’est une exception? Parce que les autres conversions recensées ne se passent en deux étapes (cf. plus loin pour Ac 19). Ni en Ac 2, ni en Ac 3, ni dans tous les autres récits. Il faut donc comprendre pourquoi ça se passe ainsi chez les Samaritains. Cela n’a rien à voir avec le calvinisme: il y a là des gens qui croient, se font baptiser, mais où Dieu retient son Esprit. J’ai donné plusieurs raisons à cela (et je ne suis pas le seul, bien des commentateurs le font avec moi!): l’inimitié entre Samaritains et Juifs exigeait que les premiers reconnaissent que le salut vient des Juifs (Jn 4) ; que les apôtres étaient le fondement de l’Eglise (Eph 2.20 et 3.5, cf. Ap 21) et les Juifs devaient reconnaître l’authenticité de la foi des Samaritains (confirmant Mt 28.19-20, Ac 1.8 etc). Enfin, Pierre avait ce rôle « d’ouvreur » et c’est lui qui apporte la plénitude de l’Evangile aux Juifs (Ac 2) aux païens (Ac 10) et ici, il fallait qu’il soit aussi présent auprès des Samaritains. IL n’y a aucun autre exemple de ce genre, ni en Ac ni dans les épîtres.

      5. Ac 19 est un très mauvais exemple pour toi : il ne s’agit pas de disciples en Christ, mais de disciples de Jean-Baptiste. La question que pose Paul relève au contraire qu’un disciple de Christ a reçu l’Esprit. Comme ils ne savent même pas qu’il y a un Esprit saint, ces gens sont clairement des non chrétiens, comme les derniers croyants de l’ère de l’AT. Il n’y a pas là des chrétiens qui reçoivent l’Esprit. Lorsque je discute avec des gens que je ne connais pas et qui ont rejoint l’église, je leur demande leur témoignage. Et j’écoute leur réponse. Je « mesure » si l’Esprit a un jour envahi leur vie. J’observe si leur confiance est en Christ seul. C’est tout ce que est associé à la question de Paul.

      6. TU dis croire en la double expérience. Je suis navré de te décevoir davantage, mais cette doctrine n’est pas biblique. Et je te propose de lire les trois livres suivants, rédigés par des auteurs charismatiques, et que j’apprécie malgré les divergences que je peux avoir sur certains points. Je te mets les numéros de page pour que tu vois ce qu’ils disent explicitement du baptême de l’Esprit comme expérience chrétienne:

      – Fee, Gordon D. God’s Empowering Presence, Hendriksen, 1994 (réédité en 2009 chez Bake), p. 181. Auteur pentecôtiste

      – Satyavrata, Ivan, Le Saint Esprit, Farel, 2009, pp. 133-141. Auteur pentecôtiste.

      – Grudem, Wayne, Théologie Systématique, Excelsis, 2010, p. 845. Auteur charismatique issu de la 3e vague (il dédicace son ouvrage à John Wimber).

      Voilà. Bon approfondissement dans la Parole.

      Fraternellement,

    • Cal dit :

      Salut Nathan,
      permets-moi de ne répondre qu’à un seul point, car je crois que le commentaire de Florent, est complet et ne nécessite pas de redite. Simplement une divergence pour moi sur la lecture et l’interprétation de l’événement en Actes 8.
      En lisant le commentaire de Calvin, il apparaît clairement qu’il croyait en la réception du Saint-Esprit en deux temps (ou double expérience) un peu à la manière dont l’expriment les pentecôtistes. Calvin considère que les apôtres avaient déjà l’Esprit avant la pentecôte et l’ont donc reçu au moment où Jésus souffle sur eux. Cette lecture ne me semble pas tenir compte de la facette prophétique de l’oeuvre de Christ qui, comme Florent l’a expliqué, préfigurait ici plutôt l’envoie effectif du Saint-Esprit, comme un Ézéchiel qui mime et préfigure le siège de Jérusalem, ou Jésus qui préfigure la croix à travers la cène.

      Pour revenir à Actes 8, je ne crois donc pas que l’on puisse y voir un argument pour la double expérience. Je crois que les deux interprétations les plus solides sont, soit, celle proposée par Florent et d’autres (sur laquelle je tique légèrement), soit celle-ci :

      – Lorsque Luc décrit le fait que les samaritains ont cru et ont été baptisés, il ne s’agit probablement pas d’une foi salvatrice, mais d’une foi équivalente à celle qu’ont pu avoir ceux dont il est parlé dans de tels passages : Jean 2:23-24 ; Jean 6 (la foule croit mais se trompe sur des points essentiels) ; Jean 12:42-43 ; ou même la foi morte dont parle Jacques; etc…
      Les miracles opérés par Philippe étaient tellement indéniables que sa personne était revêtue d’un crédit évident et attirant. D’ailleurs, sans trop vouloir jouer sur la syntaxe, il est intéressant de constater que le texte nous dit que les samaritains ont cru en Philippe et pas nécessairement à son message. D’autre part, des pharisiens aussi ont cru en Jésus, mais ne l’ont finalement pas reçu, ayant préféré la gloire des hommes à la gloire de Dieu.

      Leur foi avant réception du Saint-Esprit (les samaritains d’Actes 8) est aussi comparable à celle de ceux qui sont représentés par le sol pierreux et le sol de mauvaises herbes. Ils reçoivent la parole mais ne peuvent la garder et persévérer à moins d’être gardés par l’Esprit de régénération qui peut faire d’eux des terres fertiles, en lesquelles la parole prend racine et porte du fruit.

      Ainsi, dans Actes 8, il est dit aussi de Simon le mage, qu’il a cru et a été baptisé… or nul ne doute que sa foi était corrompue et ne pouvait le sauver, quand on lit la suite du récit. Il a cru, comme les autres samaritains, et d’autres dans les évangiles, en l’évidente puissance de l’Esprit de Jésus qui agissait alors à travers Philippe, sans pour autant avoir été régénéré.

      En suite, notons que Pierre et Jean n’ont pas immédiatement imposés les mains sur les samaritains, mais qu’ils ont d’abord prié (v15). Ceci, plus le fait que l’imposition des mains est souvent le symbole de l’approbation/bénédicion (1 Tim 5:22 ; 1 Tim 4:14 ; Actes 9:17; Actes 13:2-3 ; Matthieu 19:13-15 ; etc…), on peut aisément supposer que Pierre et Jean ont vérifié très précisément ce qui a été annoncé à ces samaritains, ce qu’ils ont compris pour pouvoir approuver et confirmer leur foi; Pierre et Jean les ont probablement exhortés aussi. Seulement alors, Pierre et Jean ont imposé les mains et Dieu a envoyé son Esprit-Saint, comme un don gratuit qui ne s’achète pas (v20). Les apôtres étaient l’attestation, ou l’autorité visible de Dieu qui validait le message de Philippe et la compréhension de ce message par les samaritains.

      On voit, dans la suite que Simon a 1) une mauvaise théologie 2) un mauvais coeur (alors qu’il est dit qu’il a cru et a été baptisé…).

      1) Mauvaise théologie parce qu’il pense que Pierre et Jean ont choisi ceux à qui l’Esprit a été accordé, alors que c’est le Père qui envoie l’Esprit au nom de Jésus, à tous ceux que le Père attire à Jésus… Le don du Saint-Esprit est aussi libre que la souveraine grâce de Dieu. La conversion de Corneille l’illustre bien dans une certaine mesure.

      2) Un mauvais coeur parce qu’il a recherché c’est la gloire des hommes à travers la manifestation d’une vraie puissance, tout comme à l’époque où il « provoquait l’étonnement du peuple samaritain » en exerçant la magie…

      Voici quelques objections possibles à ce que je viens de proposer :

      – Obj : Pourquoi alors attendre la présence des apôtres?
      Réponse : Florent a bien rappelé la volonté de Jésus de confier à Pierre les clés qui ouvraient les portes pour les premiers juifs sauvés dans la nouvelle alliance, des samaritains et des païens unis à Jésus par l’Evangile. En quelque sorte, c’était aussi un accomplissement de la prière de Jean 17, concernant « ceux qui croiront [en Jésus] par leur (les apôtres) parole ». L’infaillibilité papale n’est en fait qu’une erreur qui veut étendre à Rome, l’infaillibilité doctrinale réservée aux apôtres qui sont le fondement de l’Eglise (Eph 2:20).

      – Obj 2 : Le travail de Philippe était donc inutile!
      Réponse : « J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donne la croissance »…

      – Obj 3 : N’y a-t-il pas le risque de minimiser l’importance du baptême d’eau?
      Réponse: Le baptême d’eau est un commandement, et notre amour pour le Seigneur nous le ferra observer avec respect et profonde ferveur, tant qu’il sera administré avec la connaissance de ce qu’il représente notre union à Christ, joie de nos coeurs de rachetés.
      Aussi, si cela était une crainte légitime, nous devrions craindre aussi de négliger tous les autres commandements du fait que nous ne sommes sauvés que par pure grâce… Mais ceux qui sont morts au péchés ne pensent pas ainsi et l’Esprit qu’ils reçoivent de Dieu les rend obéissant.
      Enfin, ce qui rend puissants les moyens de grâce tels que le baptême d’eau, la prière, la sainte cène et autres exercices de piété, ce n’est pas de les observer à la force du bras, mais de les pratiquer par l’Esprit, au nom de Jésus. Les moines de la confession romaine qui prient des heures durant, ou les musulmans zélés qui 5 fois par jour se prosternent devant Allah, ont infiniment moins de puissance que le plus petit et le moins éloquent des saints qui n’aura que des soupirs suscités par l’Esprit de Dieu.

      – Un dernier élément : les partisans de la double expérience dans le livre des actes devront conclure que l’Éthiopien a été d’office privé de l’espoir de la seconde expérience du Saint-Esprit puisqu’on ne connait pas d’apôtre qui lui ait rendu visite en Ethiopie pour lui imposer les mains…

  • Marc Jutras dit :

    Dans le fond ça revient à demander, la guérison, s’obtien comment, JESUS guérissait comment ? JESUS n’a pas guéri deux personnes de la même façon. N’oublions pas que Dieu est SOUVERAIN Il fait tout comme ça lui plait. Donc, pour l’expérience avec l’E S, je crois qu’Il est aussi là, souverain.

    Soyez béni

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