Si Dieu est Père, pourquoi laisse-t-il les chrétiens souffrir? (Épisode 60)

Dans ce nouvel épisode, la question posée traite de la souffrance des chrétiens. Pour y répondre Florent Varak commence par développer l'exemple de la souffrance de Jésus-Christ. Il poursuit en citant 2 textes (Hébreux 12 versets 1 et 2 ainsi qu'Apocalypse 1) puis termine en racontant une histoire.

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont une aide mais que les paroles de l’auteur (poadcast et vidéo) restent la référence. Cependant, n’hésitez pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Vous pouvez aussi en savoir plus ici pour rejoindre notre équipe de transcripteurs. Merci d’avance. »

La question est posée : comment considérer Dieu comme un père ? Un père laisse-t-il son enfant dans la détresse sans rien faire ? Je ne parle pas des soucis classiques de tout humain mais d’une réelle détresse morale. Comment expliquer le verset du psaume 34 : « Quand un malheureux crie, l’Eternel entend et le sauve de toutes ses détresse »

Merci pour la question et j’imagine qu’il y a là derrière une souffrance profonde et durable. Bien sûr, je ne sais pas ce qu’il se passe mais j’espère de tout cœur que tu es entouré de gens qui savent t’écouter, t’entendre et surtout qui savent être présents sans essayer de te donner des explications. Et je me garderai bien de donner des explications à la souffrance, parce que justement c’est une chose dont la Bible nous met en garde. Dieu utilise la souffrance et Dieu donne quelques éléments qui nous permettent de vivre avec. Mais elle ne nous explique pas pourquoi des gens (d’ailleurs souvent formidables) vivent des tragédies et des difficultés qui sont durables et qui font justement que l’on crie, qu’on est dans la détresse.

Alors je voudrais commencer par le début de cette question : un père il laisse-t-il son enfant dans la détresse sans rien faire ? En fait oui, c’est exactement ce que Dieu le Père a fait de son fils Jésus-Christ, n’est-ce pas ? Il a donné Son Fils, Son Fils bien-aimé, Son Fils de gloire, Son Fils éternel, Son Fils avec qui la communion la plus parfaite, l’amour le plus parfait était noué de toute éternité. Il l’a abandonné, Il l’a laissé souffrir et j’aimerais en parler en ces termes avant de rejoindre l’autre partie de la question.

Jésus le fils éternel a laissé son manteau de gloire pour devenir homme. Il ne s’est pas dépouillé de sa divinité, il est toujours resté divin, mais il a choisi de se dépouiller de la gloire visible, magnifique qui est sienne. Il a choisi de ne pas toujours exercer ses œuvres en utilisant l’identité de Dieu. Il s’est livré aux hommes, il a été à la merci des hommes, dès l’attaque des soldats d’Hérode au moment de sa naissance. Il a connu la vie d’un village entouré de frères et sœurs imparfaits avec des parents imparfaits. J’imagine que comme lui était, ça ne devait pas être toujours facile à la maison parce que les enfants peuvent être terribles les uns avec les autres, notamment lorsque il y a quelqu’un qui est mieux qu’eux ! Bon ça c’est le détail bien sûr.

Il a commencé son ministère, il a connu la faim, la soif, la tentation, les accusations, le regard mauvais, l’incompréhension de ses parents terrestres, de ses frères et sœurs. Je note aussi en Matthieu 4, que c’est le Saint Esprit qui l’a conduit dans le désert pour vivre des épreuves, des tests, des tentations, des difficultés et justement tout ce qui constitue la vie humaine, tout ce qui constitue notre vie humaine. Parce qu’en fait, Jésus a vécu toute l’expérience des humains. Il n’y a aucune tentation, aucune épreuve que tu puisses connaître, que je puisse connaître et que lui n’a pas connu et que lui n’a pas vaincu. C’est pour ça qu’il peut nous représenter pleinement à la Croix.

Il a été trahi par ses proches; je pense que c’est le truc le plus horrible qui puisse avoir lieu (Judas);  il a été renié par son plus proche collaborateur (Pierre) et dans le seul moment où il a cherché la compagnie des hommes pour qu’il soit réconforté, ses trois amis se sont endormis. Nous trouvons cette histoire en Luc 22.40-46. Je vais lire parce que ça montre combien Dieu a vraiment entendu le cri de son fils, mais n’y a pas répondu par une délivrance comme il aurait pu le souhaiter. En Luc 22 nous lisons :

“Arrivé à cet endroit, il leur dit : Priez, afin de ne pas entrer en tentation. Puis il s’écarta d’eux d’environ un jet de pierre, se mit à genoux et pria en disant : Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe. Toutefois que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne, qui soit faite. Alors un ange lui apparut du ciel, pour le fortifier. En proie à l’angoisse, il priait plus instamment, et sa sueur devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre. Il se releva de sa prière et vint vers les disciples, qu’il trouva endormis de tristesse et il leur dit : Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, priez, afin de ne pas entrer en tentation”.

Son angoisse à l’approche de la souffrance incalculable qu’il s’apprêtait à vivre était telle que les vaisseaux capillaires de sa peau ont explosés, faisant goutter de la sueur et du sang sous condition que l’on qualifie d’hématydrosis: c’est le corps tout entier qui vit cette angoisse.

Les vaisseaux capillaires se rompent et le sang pénètre dans les glandes qui sécrètent la sueur. La température augmente et génère cette sudation d’un mélange de sang et de sueur. L’angoisse de Jésus est extrême il sait ce qui l’attend : la souffrance terrible, la honte de tout ceux qui allaient le regarder, la flagellation, le manteau qu’on mettrait sur ses plaies vives et que l’on arracherait quelques temps plus tard, alors que le sang avait coagulé engendrant une hémorragie supplémentaire. Il sait la couronne d’épines, les crachats, la croix qu’il faudra porter et le supplice absolument terrible de la crucifixion. Les clous dans les poignets qui sectionnent le nerf médian, les clous dans les pieds, les douleurs osseuses indescriptibles. Mais il y a une autre souffrance encore pire. Il me semble que l’agonie physique et psychologique pour nous est inimaginable, mais il y a quelque chose qui a lieu dans les trois dernières heures de ce supplice. Les trois premières heures sont plus le temps des souffrances physiques, le temps des moqueries des gens. Les trois dernières heures sont des heures de silence.

Il me semble que dans ces ténèbres épaisses qui descendent sur la Terre, il y a la manifestation de la présence de Dieu le Père qui vient établir son alliance. Un peu comme Dieu avait signé son alliance avec Abraham en Genèse 15 au milieu de l’obscurité. Un peu comme Dieu avait manifesté sa présence en conduisant le peuple hors de l’Égypte par une colonne de ténèbres. Dieu le Père se déplace et il va regarder, si je peux me permettre l’expression, Dieu le Fils « les yeux dans les yeux ». Dieu le Père va déverser sa fureur. Pour la première fois de toute l’éternité il va y avoir une rupture, que je ne sais vraiment comprendre ou qualifier, dans les relations de la Trinité.

En tout cas il y a eu un changement dans le type de relation de la Trinité qu’entretiennent le Père et le Fils. Parce que à ce moment-là, Dieu le père, qui est en colère contre nos péchés, va déverser toute sa colère sur Dieu le Fils, sur le Fils de l’homme, Dieu le Fils incarné. Dans ce temps-là il va crier : « mon Dieu mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » qui est en psaume 22 et qui est un hymne à cet extraordinaire sacrifice que le Fils consent de faire pour que nous puissions un jour être en sa présence. Alors, nous entendons le fils de l’homme dans son incarnation crier à Dieu : « s’il est possible éloigne de moi cette coupe ».

Je suppose que tu as prié des centaines de milliers de fois : s’il est possible éloigne de moi cette souffrance, s’il est possible fais taire cette douleur ou cette difficulté, ou change les circonstances… je ne sais pas ce qu’il en est… apaise un cœur endeuillé… je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est quand le Fils a prié que le Père éloigne de lui cette coupe, le Père a dit : “non”, parce qu’il avait pour projet un projet accepté, bien sûr, par le fils. Mais dans le temps de son humanité, dans la détresse de son humanité, Dieu le Fils était prêt à chercher un autre moyen, peut-être si c’était possible, que de passer par la coupe de la colère du père. Donc la souffrance du Christ pour nous est immense, mais elle est aussi celle de notre libération.

Et je vois que Dieu ne répond pas toujours comme on le souhaite aux prières de ce genre. Alors oui, nous chanterons le Psaumes 34 que tu cites, mais nous ne le chanterons qu’en son temps. Et tous les rachetés le chanteront. Certains le chantent déjà parce qu’ils ont été délivrés d’une affliction, d’une souffrance. Certains le chantent depuis maintenant des années parce qu’ils sont morts en Christ et qu’ils voient maintenant tout le plan de Dieu s’accomplir au travers d’un plan de Dieu qu’ils ne pouvaient peut être pas comprendre au moment où ils vivaient les difficultés de leur vie.

D’ailleurs je note que David, le roi David qui signe le psaume 34 ne l’a pas toujours chanté! Quand on lit le psaume 3 par exemple, ou les psaumes de lamentation, on voit que parfois notre homme était au bord du désespoir, qu’il a souvent prié en disant : « mais Seigneur, pourquoi m’a tu abandonné ? », et qu’il a prié en ayant le sentiment que Dieu l’avait laissé livré à lui-même… et qu’il n’y avait plus de Salut pour lui et que même ceux qui l’entouraient pensaient que c’en était fini de sa vie.

Très souvent malheureusement, quand on est confrontés à la souffrance, la première question qui nous vient en tête c’est pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi cette souffrance ? C’est vraiment la question qui nous écrase car on n’est pas capable de comprendre la providence de Dieu. D’ailleurs la bible nulle part ne nous demande de la comprendre. La vraie question c’est comment ? Comment vivre la souffrance qui est nôtre ? Comment faire face aux situations que nous rencontrons, et y faire face en nous appuyant avec foi sur un Dieu que l’on ne comprend pas toujours et qu’on aimerait parfois comprendre, mais Dieu ne nous permet pas toujours de comprendre ses plans.

Je pense à Hébreux 12 qui nous dit :

« Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu. Considérez en effet celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle opposition contre sa personne, afin que vous ne vous fatiguiez pas, l’âme découragée. »

Le découragement est tellement facile quand on vit la souffrance ! L’un des passages qui m’encourage le plus c’est de savoir que le premier acte qui nous est décrit en Apocalypse chapitre 21, c’est Dieu qui vient essuyer toutes larmes de nos yeux. Je me dis quelle image ! Le premier acte que nous voyons dans le Paradis, c’est Dieu qui vient ôter les larmes de nos yeux. Alors je ne sais pas quelles sont tes larmes, et je ne sais pas pourquoi ces larmes sont si douloureuses et si abondantes. Mais je sais une chose : c’est que pour ceux et celles qui ont réalisé combien  la vie était difficile, et que le seul point d’accroche pour notre vie terrestre c’est le Salut qui est en Jésus-Christ, pour toutes ces personnes le premier acte de bienveillance de Dieu sera d’essuyer nos larmes.

Je me rappelle d’une histoire qui m’avait beaucoup bouleversé il y a des années lorsque je l’ai apprise. C’est un jeune couple qui venait de se marier et dont la femme a eu un accident de voiture. Comme elle avait beaucoup perdu de sang, on lui a fait une transfusion sanguine. Hélas c’était dans les années où on ne connaissait pas exactement ce qu’il se passait avec le sida. Elle a attrapé le sida dans cette transfusion sanguine. Et donc les voilà : un jeune couple avec elle ayant le sida et lui devant accomplir son ministère de Pasteur avec toutes les questions… la mort qui était devant eux et toutes les questions qui pouvaient lui passer par la tête.

Bien sûr ils avaient pris toutes les mesures nécessaires pour se protéger et pour le protéger lui dans leur intimité. Mais voilà que dans un moment de passion elle tombe enceinte et elle a un petit enfant qui heureusement est préservé du virus HIV. Le problème c’est que cette maman, elle va revenir dans l’hôpital.

A ce moment-là on ne savait pas trop quoi faire pour toutes les maladies qui venaient envahir le corps médical. Donc cette maman va passer des années avant de décéder dans l’hôpital et leur enfant va tout de suite associer les blouses blanches avec la souffrance. Il se trouve qu’après le décès de cette femme, il a fallu faire un vaccin à cet enfant. Le papa prend cet enfant pour l’emmener vers le médecin et dès que l’enfant voit le médecin avec sa blouse blanche, il se met à hurler ! Il prend son enfant dans les bras et il essaye de lui expliquer que c’est pour son bien, que le vaccin va le protéger des maladies et que c’est quelque chose qui est important pour lui… mais cet enfant se débat.

Je le raconte vraiment parce que lui en parle, je ne me permettrais pas sinon. Mais ça a été comme une révélation. C’est-à-dire que cet enfant était incapable de comprendre le pourquoi de cette blouse blanche qui allait lui faire une piqûre et que c’était pour son bien. Mais de la même manière lui, en tant qu’homme adulte, il était incapable de comprendre le pourquoi de toute la souffrance qu’il venait de lui tomber dessus avec le décès de son épouse, et bien sur le fait d’élever un enfant en tant que personne. Alors je sais les illustrations ont toutes leurs limites et parfois ça nous fait bondir si on la prend du mauvais côté, mais la seule chose que je voudrais souligner c’est vraiment que la manière dont Dieu gère nos vies est souvent incompréhensible.

C’est toute la leçon du livre de Job. Mais dans ce temps de souffrance, il y a un point de communion qu’il ne faut jamais oublier : c’est que Dieu est très familier de la souffrance au point de l’avoir absorbée. Parce qu’il est venu lui-même pour s’offrir en sacrifice, pour connaître tout ce qui peut parfois nous accabler et pour nous offrir non pas la compréhension mais le réconfort de sa présence et l’assurance de son Salut en son temps.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de plusieurs livres , conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et nouveau directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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