Comment tenir le confinement seul? (Épisode 220)

Le confinement se prolonge. Pour ceux qui vivent seuls, la solitude peut énormément peser. Florent Varak est avec Matthieu Caron pour nous encourager et nous conseiller pour les dernières semaines de confinement.

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

Florent Varak: Bonjour à tous!

Alors pour ce podcast je suis accompagné de mon cher ami Matthieu Caron qui est un spécialiste de la relation d’aide. Nous sommes en cette saison: 7e, 8e semaine de confinement en France, et pour beaucoup l’épreuve se fait longue. Dans un précédent podcast, on a parlé de la situation quand on est en en couple ou en famille, et que des tensions commencent à naître de cette pression qui vient du confinement, mais il y a une autre réalité pour ceux et celles qui sont seuls, et qui vivent comme un profond découragement, ou abattement (certains ont parlé même de dépression) cette situation de confinement et d’isolement.

Moi je voudrais te demander, Matthieu, comment tu conseillerais à quelqu’un de vivre ce confinement, alors qu’il ressent un certain abattement, peut-être même un certain désespoir, de solitude, d’anxiété peut-être. Quels sont les points de repère qui lui seraient utiles dans son cheminement?

Matthieu Caron: De la même manière que je mentionnais dans notre précédent podcast sur le confinement en groupe, où il y a une facette plus occidentale de croire qu’on doit avoir beaucoup d’espace, et puis une bulle, je serais porté à dire cette fois-ci à l’opposé, qu’il y a une légitimité bien biblique à la souffrance de la solitude, et je crois que de reconnaître que toutes souffrances ne sont pas basées dans notre vie sur un manque de foi, sur le péché dans notre vie, je crois que c’est important… c’est important d’évaluer les bases de notre souffrance. Je crois que ça fait partie du 1er exercice qu’on doit faire. Pour moi, le message que je veux dès maintenant lancer, c’est que pour tous les célibataires, les veufs, les veuves, les gens qui sont seuls dans leur confinement, oui habituellement en souffrance, c’est parce que l’être humain est créé à l’image d’un Dieu qui est relationnel, ou qui est en relation: les 3 membres de la trinité, d’éternité en éternité, sont les uns avec les autres.

FV: Très bien! Donc ce que tu dis, c’est qu’il faut aussi accueillir la souffrance comme quelque chose qui n’est pas forcément erroné, le reconnaître, de dire « Seigneur, cette souffrance elle est vraie à tes yeux aussi. »

MC: Oui, elle est valide, elle est normale, je ne peux pas m’empêcher de… Bien qu’il y avait évidemment là, un degré infiniment plus élevé à ce que je vais mentionner là: je ne peux pas m’empêcher de penser à Christ, qui à la croix criait à son Père « pourquoi m’as-tu abandonné? » puis de voir évidemment que la souffrance était inhérente au fardeau de nos péchés sur Christ, mais je crois qu’il y avait certainement une facette dans le mot ‘abandonné’ qu’il a utilisé -et il y aurait eu d’autres mots qui auraient davantage focalisé l’aspect moral du péché, de mon péché qu’il porte- je crois qu’il y a une facette vraiment de coupure avec le Père, qui est mystérieuse, faut pas essayer de la comprendre…

FV: Bien sûr, alors ayant dit cela, les personnes qui sont dans cette souffrance de la solitude, bien sûr ils peuvent se dire: la souffrance de Christ, la souffrance de ceux qui sont en prison, persécutés, qui sont seuls et isolés dans le monde… malheureusement, c’est un lot très commun, ils sont là, ils disent: mais moi je m’en sors pas, je suis découragé! Comment on fait, quelles sont les pensées bibliques qu’ils peuvent cultiver, les habitudes qu’ils peuvent cultiver pour faire face à cette souffrance? Ou bien est-ce qu’il faut qu’ils abandonnent en disant: voilà je reste dans ma souffrance, je la ressasse quelque sorte, et c’est comme ça?

MC: La variable la plus fréquente que j’ai rencontrée, chez les croyants et les croyantes qui souffrent beaucoup de l’isolement, que ce soit avant la pandémie ou présentement durant la pandémie, et cette variable complique à mon avis la situation, c’est un certain -comment dire- cynisme face à toute cette théologie de la providence, à toute cette solution en Christ, à l’idée que Dieu est en train d’accomplir un plan, que ce plan-là est le meilleur, qu’on doit faire confiance à Dieu, qu’il faut lutter pour notre joie en Dieu à travers cette situation-là; il y a un cynisme, et à mon avis c’est un ennemi qui beaucoup plus digne de nos énergies, de nos combats, que la solitude elle-même.

Je m’explique! Permettez-moi de donner un exemple: dans les années 500, plusieurs le savent, John Bunyan, alors qu’il était en prison, écrivit un des plus grands best-sellers après la Bible, Le voyage du pèlerin. J’ai toujours été frappé par un des moments de souffrance les plus poignants du livre quand ‘Chrétien’ et ‘Plein d’Espoir’ sont prisonniers du château du doute du géant ‘Désespoir’, et la souffrance est telle, la solitude -bien qu’il soit dans la même cellule que ‘Plein d’Espoir’- est telle, qu’il songe à mettre fin à ses jours; il y a un moment où dans le dialogue qu’il a avec ‘Plein d’Espoir’, on voit qu’il y a un certain cynisme qui s’installe, et puis on voit ‘Plein d’Espoir’ qui affronte ce cynisme de l’autre en rappelant la vérité; peu après, ‘Chrétien’ se souvient qu’il a en sa possession une clé, qui peut sans difficulté ouvrir toutes les portes du château du doute, et cette clé-là, c’est la promesse, la clé de la promesse. Moi j’ai vu des gens qui souffraient énormément de la solitude, et qui étaient aimés, suffisamment aimés par des proches qui ont été prêts même à les choquer, ou à mettre en jeu quasiment la relation qu’ils avaient avec eux, pour leur dire la vérité avec amour, puis les amener à combattre leur cynisme pour vraiment aller voir quelque chose d’aussi simple, choquant tellement c’est simple! -mais on est cynique- que de croire fermement, de s’accrocher aux promesses de Dieu. Puis j’ai vu des gens libérés, libérés de leur amertume, libérés de leur cynisme, oh le combat est récurrent, c’est pas un combat final sur terre, mais c’est extrêmement important de, oui, réaliser la validité et la légitimité de la souffrance inhérente de la solitude, mais on doit lutter, on doit lutter pour prendre Dieu au mot, et croire ses promesses parce qu’il est fidèle, fidèle et véritable, notre Seigneur!

FV: Oui, alors quel peut être le rôle d’un frère qui est au courant qu’une sœur, un frère lutte avec la solitude, avec le désespoir, peut-être a des tendances suicidaires, ou en parle un peu légèrement… toi tu dis parfois ça peut être utile de dire, de combattre ce cynisme? Comment accompagner quelqu’un? Lui rappeler cette promesse?

MC: Nous, on peut dire la vérité avec amour aux gens qui vivent ce cynisme-là, qui est bien plus dangereux que la solitude; la solitude ne tue pas, elle est douloureuse, mais elle ne tue pas.

FV: C’est intéressant cette distinction entre la douleur et la souffrance…

MC: Et le cynisme, l’amertume, ça, ça tue… ça tue réellement! Et puis c’est ça, c’est un ennemi qui est dangereux, on ne peut pas le combattre à la place des gens, on ne peut qu’encourager les gens, et je répète, on doit leur dire la vérité mais avec amour! Parfois la vérité peut être choquante dans son contenu, mais ne devrait pas l’être quand nous encourageons nos frères nos soeurs dans le contenant, dans l’articulation, dans la forme. C’est très important, parce que notre Dieu, quand il dit, quand il crie dans la nuée à Moïse qui il est dans Ex 34, il est compatissant, il est compassion, et je crois que notre approche envers ceux qui souffrent, et qui sont en prise avec cet ennemi terrible qu’est le cynisme par rapport aux promesses de Dieu, l’amertume, le doute, c’est une forme de doute, le cynisme par rapport à Dieu… Je crois que la manière de les exhorter avec la foi doit être remplie de compassion, souffrir avec eux –c’est ça la compassion, comme Christ…

FV: OK! Évidemment aussi la possibilité aussi d’encourager, d’envoyer, de manifester sa présence, parfois juste de dire: écoute je pense à toi, je prie pour toi, c’est utile?

MC: Je crois que l’exhortation avec amour et avec compassion ne peut être cohérente que s’il y a cette continuité logique de prendre du temps pour prier, de prendre du temps, de persister; c’est pas agréable d’aider des gens qui sont cyniques et souvent on peut peut-être être offensé, le prendre personnel, il ne le faut pas! On doit se rappeler que Dieu a préparé des bonnes oeuvres sur notre route afin que nous les pratiquions, aider nos frères souffrants, nos soeurs souffrantes en font partie, et on doit être très fidèle! Nous devons être fidèles à persister, malgré peut-être une absence complète de satisfaction, de la part des autres, on doit persister dans l’amour; et puis l’amour c’est de la vérité, mais c’est de prendre du temps, de tout faire pour chercher à prendre soin.

FV: Très bien! Ecoute, Matthieu, je te remercie beaucoup pour ces éléments de réponse, j’espère qu’ils seront utiles à ceux et celles qui nous écoutent, et puis bonne continuation à toi!

MC: Oui, à toi également Florent, que Dieu te garde!

FV: Merci!

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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