Un chrétien en terre musulmane peut-il vivre une double vie? (Épisode 209)

Plusieurs musulmans se tournant vers Christ vivent en conflit permanent entre une famille, une culture et un pays hostiles à l'Évangile et un coeur qui aime le Christ. Comment vivre alors sa foi quand on est dans cette situation très délicate?

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PVR 209, un chrétien en terre musulmane peut-il vivre une double vie ? (1)

La question est posée pour ce podcast :

"Un converti vivant dans un pays musulman peut-il mener une vie double ? Respecter et pratiquer la religion autochtone alors que son cœur croit à Christ ? Il y a plus de 3 ans, j’ai connu Christ et je l’ai accepté dans ma vie, je suis une ex-musulmane, mère de 2 enfants, épouse d’un musulman très pratiquant. Ma conversion, qui fut une joie au départ, a changé au fil du temps pour prendre des formes différentes, inquiétude, crainte, angoisse, pour évoluer vers la fin à un état dépressif. La raison, c’est que je ne peux pas révéler ma foi chrétienne à personne, vu que l’Islam interdit toute conversion, et de ce fait, je continue à vivre comme une musulmane en apparence mais mon cœur appartient à Christ. Cette vie double a impacté violemment mon psyché."

Waoh écoute, ta question est bouleversante et elle m’a bouleversé, elle m’a vraiment travailllé tout au long de ces semaines alors que je réfléchissais à la manière de formuler une réponse, et je suis vraiment profondément touché que tu aies le courage de l’évoquer, de l’évoquer publiquement comme ça, même si bien sûr personne ne connaît ton nom ni ta situation, et je veux vraiment exprimer ma solidarité, mon affection, ma prière. Moi, je vais proposer que tous ceux qui écoutent ce podcast, quelques centaines, quelques milliers parfois, fassent une pause, peut-être maintenant, ou peut-être à la fin de ce podcast, pour prier pour toi, pour prier pour ta famille… et que tu réalises à quel point tu as une famille, une autre famille, une famille spirituelle, qui est consciente de ta situation, et qui veut être solidaire au moins de cœur et pensée avec toi.

Et voilà, je suis aussi conscient, que ce que je vais dire, je le dis de la sécurité de mon bureau dans un contexte beaucoup plus facile à gérer que toi, et je t’encourage à écouter ce podcast avec sagesse et recul, de voir si les choses que je dis sont vraiment pertinentes et appropriées, ne prends pas mes paroles commes paroles d’Évangile, seule la Bible est parole d’Évangile, c’est elle qui doit t’instruire et te conduire.

Maintenant je vais quand même être tenté d’y répondre en 10 points, 10 remarques, et j’espère qu’elles te seront utiles pour essayer de formuler un peu un cadre, une ambiance culturelle par rapport à ta situation.

•Alors, la 1e chose que je voudrais souligner, c’est que tu n’es pas seule. Il est fréquent que des chrétiens issus du monde musulman, issus de l’Islam, soient confrontés à cette solitude, qu’ils soient hommes ou qu’ils soient femmes, il y a une situation extrêmement vive et complexe pour eux, parce que la pression sociale, la pression de la famille est énorme, parfois la pression civile, puisque ce sont des procès qui donnent suite à des conversions et qui peuvent enfermer des gens pendant des années, avec tout ce que ça implique de souffrances et parfois de violences. Donc il faut que tu réalises, tu n’es pas seule, vous êtes nombreux, on a reçu des mails d’ailleurs de différentes situations qui sont de cet ordre-là, et je sais que… voilà, il faut que tu réalises qu’il y a toute une armée de gens qui sont dans ta situation.

•Deuxièmement, Jésus le voit et il t’aime, là où tu es. Je crois qu’il faut que tu réalises que Dieu, dans sa souveraineté, t’a sauvée, après ton mariage, alors que tu es mère. Il aurait pu le faire avant, il l’a fait dans ces circonstances, et il sait pourquoi. Lui a, dans toute sa sagesse, permis que ce salut s’impose à toi comme ça, te soit accordé comme une grâce, comme un cadeau, alors que tu es dans cette situation. Et il sait où tu en es. Quelque part, 1 Cor 7 nous révèle un peu cette idée que bon, la foi nous arrive à un moment de la vie où… ça aurait pu être un autre moment. Et puis c’est comme ça, et on est encouragé à rester dans la situation dans laquelle on est ; ça veut pas dire qu’on peut pas profiter de changements possibles, notamment pour un esclave qui peut se libérer – c’est pas toujours possible dans certains pays. Mais l’apôtre Paul l’encourage, dans 1 Cor 7, de pouvoir sortir de ces prisons qui peuvent être l’esclavagisme professionnel, ou que peut-être – voilà, là où Dieu nous prend, on est marié, on a des enfants et on est dans cette situation, et il faut assumer. Jésus voit dans quelle situation tu es, il la connaît, il en est conscient, et c’est comme ça, dans ce contexte, qu’il t’a sauvée.

• Troisièmement, je prie et je crois… ll faut vraiment qu’on prie pour cette sœur ainsi que tous ceux qui sont dans cette situation, que tu rencontres une autre soeur en Christ, qui partage ou ait un peu la même situation que toi ; parce que c’est un fait assez fréquent, et moi je prie maintenant : "Seigneur, je prie que cette sœur puisse rencontrer une autre sœur qui puisse être comme un chemin, avec qui elle puisse partager ce chemin difficile et s’encourager les uns les autres. Amen." Je crois qu’il faut en faire un sujet de prière plus quotidien, de rencontrer quelqu’un d’autre qui partage ta foi et avec qui tu pourras partager ces fardeaux, et vous encourager l’une et l’autre. C’est en fait assez nécessaire pour grandir, je suis navré que ce soit si difficile de se rassembler.

Je me souviens un jour d‘une femme qui venait d’Arabie Saoudite, elle est venue faire ses études et elle a… le 1er culte où elle est arrivée – puisqu’elle était chrétienne – le 1er culte où elle est arrivée, elle était dans notre église, on s’est mis à chanter et je l’ai vue pleurer –je sais qu’on chante pas toujours très bien dans les églises évangéliques, mais là j’étais quand même surpris de voir la réaction. Donc je suis allé la voir après, j’ai dit : "Comment t’as vécu le culte ?" et elle m’a dit qu’elle était très émue parce que c’était la première fois qu’elle chantait à voix haute. En fait les chants – qu’elle a jamais chanté en tant que chrétienne – c’était en chuchotant, parce que c’était dans des cadres de réunions interdites. Waoh, quelle douleur et quelle tristesse ! Mais voilà, elle pouvait partager sa foi avec d’autres, c’est ce que je veux prier.

•4e remarque : Tu es sous une tutelle très forte, et je pense qu’il est légitime que tu suives ton mari puisque la loi du pays et de la culture l’exige. C’est pas toujours possible de briser cette tutelle de façon légitime, et donc si tu es obligée d’aller à la mosquée, parce que ton mari ou la loi t’y oblige, je pense que c’est compréhensible d’y aller. Peut-être tu te souviens d’avoir lu Naaman, qui pour maintenir l’unité politique du pays, après sa conversion au Dieu d’Israël, a demandé au prophète s’il pouvait s’agenouiller aux côtés du roi qui s’agenouillait devant une divinité locale, et je ne pense pas qu’il s’agissait d’idolâtrie dans son cas, mais qu’il s’agissait surtout de maintenir une certaine cohésion. Et voilà tu es sous une tutelle, en quelque sorte, qu’il est difficile de briser. Et donc je pense que c’est compréhensible d’avoir à vivre un peu cette tension, et que ça peut être vivable.

•Cinquièmement : La foi chrétienne n’est pas l’Islam. Tu demandes s’il est possible de vivre une vie double, de respecter et pratiquer la religion autochtone alors que ton cœur croit à Christ ? Personnellement je ne crois pas que ce soit souhaitable. Certes, 1 Cor 9.22 dit de se faire tout à tous pour en sauver le plus grand nombre, mais c’est uniquement, me semble-t-il, dans les apparences culturelles, mais certainement pas dans les notions religieuses, rituelles, ou en tout cas dans l’ensemble des rituels, et certainement pas dans la théologie qui est en place. Je sais qu’en missiologie, certains ont évoqué les chrétiens de type C5, avec cette notion justement qu’il y aurait des gens qui seraient musulmans, mais musulmans chrétiens, c’est-à-dire qu’ils auraient réalisé que Christ était véritablement le Créateur, et le Dieu incarné pour sauver des péchés, mais ils maintenaient l’ensemble des rites et des pratiques musulmanes. Mais je suis très mal à l’aise avec ça, parce que la justification, notamment avec le lien avec les Juifs, puisqu’au début de l’Eglise, les Juifs restaient juifs et avaient adopté la théologie chrétienne, mais il y avait suffisamment de remplacements pour faire en sorte que ce soit légitime. Les C5 c’est vraiment une catégorie totalement assimilée à l’Islam mais qui aurait… c’est un peu un syncrétisme, c’est un petit peu exagéré, personnellement je ne pense pas que ce soit souhaitable.

• Sixièmement, tu as l’opportunité de briller. Normalement, en Christ, tu as toutes les ressources pour faire au mieux de cette situation. La Bible nous dit que : "sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, en nous faisant connaître celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu". (2P1, 3) Et donc, en Christ tu as tout ce qu’il faut pour vivre la vie chrétienne, même si tu n’as pas d’église, même si tu n’as pas de sœurs, même si tu es isolée, et il y a quelque chose d’important à noter, c’est que sa divine puissance va te donner ‘tout ce dont tu as besoin’. Et tu as donc l’opportunité de briller, pour être une femme exemplaire, pour être une mère exemplaire, pour être une voisine exemplaire. Pour qu’un jour peut-être, il te soit donné de rendre compte de l’espérance qui est en toi ; et tes oeuvres bonnes doivent précéder ton témoignage, particulièrement dans ce genre de contexte, parce que ce sont ces œuvres bonnes qui vont attester, un jour ou un autre, dans le cœur de ceux qui te voient, lorsque Dieu leur rendra visite – pour reprendre le vocabulaire que Pierre utilise – ce sont tes oeuvres bonnes qui vont témoigner de l’excellence de Jésus-Christ et de l’Évangile. Donc tout ce que tu peux faire, avec grâce, avec bienveillance, avec force, tu peux le faire au nom de Christ, dans le contexte limité qui est le tien, mais tes œuvres peuvent briller.

• Septièmement, tu as l’opportunité d’enseigner Jésus.

Je sais, de façon très limitée, mais si je comprends bien, selon le Coran, Jésus est la personne la plus sainte de tous les personnages qui sont mentionnés dans le Coran. Je connais même un imam – enfin, je connais, par personne interposée… Un imam qui vivait dans un coin absolument reculé, isolé de tout, il n’y avait aucun chrétien autour de lui, mais il a eu une vision de Christ dans la nuit, et il s’est mis à enseigner sur Jésus pendant des années, à partir de ce que le Coran enseignait. Alors ça a préparé bien sûr tous ceux qui l’entendaient, et quelques années plus tard, il a rencontré des chrétiens qui l’ont instruit, il s’est converti à ce moment-là de façon pleine et complète, il a compris la grâce, il a compris que Jésus était mort pour ses péchés, et il a commencé à enseigner cela. La mosquée dans son ensemble était prête, il y a eu beaucoup de conversions à Jésus-Christ, et puis bien sûr… Alors c’est pas Boko Haram qui est venu, c’est un autre groupe qui est venu, et malheureusement la persécution a commencé. Mais en même temps, il y avait une moisson abondante d’hommes et de femmes qui ont réalisé combien la grâce de Dieu était belle, et qu’ils étaient portés à cela. Donc tu peux regarder – je pense notamment à tes enfants – combien la personne de Christ est admirable. En même temps, bien sûr, ça éveillera des soupçons, il faut être prêt aux conséquences que cela peut apporter, donc il faut être prudent par rapport à ça.

• Huitièmement, tu peux continuer à réclamer de la sagesse. Jacques nous apprend que si on manque de sagesse, et notamment dans le domaine de l’épreuve, et c’est une des grosses épreuves de l’existence que Dieu te demande de porter, Dieu donnera la sagesse à ceux qui la lui demandent. Et tu peux demander que Dieu dirige tes circonstances, que Dieu te montre comment réagir, comment répondre, comment être présent, comment s’engager, s’impliquer, dans ta vie conjugale, dans ta vie de mère, auprès de tes enfants. Il faut vraiment se souvenir et réclamer la sagesse de voir comment vivre avec cette promesse de 1Co 10.13 :

"Aucune tentation ne vous est survenue qui n’ait été humaine, Dieu est fidèle et ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces, mais avec la tentation, il donnera aussi le moyen d’en sortir, pour que vous puissiez la supporter."

Voilà, je réalise, parfois je suis… J’ai l’impression que certaines tentations sont au-delà de moi, j’ai parfois besoin de rester à genoux pour supplier Dieu qu’il ne me livre pas à moi-même en quelque sorte, pour qu’il garde mes circonstances pour que je reste accroché à lui, et on doit réclamer cette sagesse régulièrement, chacun, on a des combats différents, et certainement celui que tu vis est parmi les plus difficiles.

• Neuvièmement, je dirais : ne t’expose pas, mais ne mens pas. Qu’est-ce que je veux dire par là, ne t’expose pas ? Il y a eu des disciples secrets de Jésus dans le Nouveau Testament, mais bien sûr, à un moment donné, c’est impossible qu’ils restent secrets. Et notamment lorsque la question est posée : ‘est-ce que tu es un disciple de Jésus ? ’ Ça semble difficile de justifier le mensonge pour échapper aux conséquences. Et en même temps, si jamais tu le fais, tu ne sais pas ce qui se passera. C’est vrai, ça peut être tragique. La Bible nulle part ne promet une vie facile, et en tant que disciple, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des complications pour notre témoignage, notamment dans certains contextes comme le tien.

En même temps, le pire n’est pas forcé. Je connais aussi d’autres histoires où l’un s’est converti, et l’autre l’a appris, et c’était à un moment particulier de son existence où Dieu l’avait préparé à ça. Et j’ai vu des couples se convertir, et j’ai vu des familles se convertir.

Ce que je veux dire par là, c’est que – ne t’expose pas… il faut être très prudent, d’ailleurs, j’ai remarqué une chose en lisant l’histoire de… enfin quelques histoires de l’Eglise, c’est que tous ceux qui étaient un peu des fanfarons en disant "Moi je ferai face à la persécution, moi je suis un chrétien, je ne renierai jamais Jésus !" ces gens-là étaient le plus rapidement à renier Christ. Parce qu’on ne sait pas de quelle manière on va répondre devant cette pression. Donc, il faut vraiment pas être fanfaron, et en même temps il faut être confiant que si Dieu permet certaines choses, il va nous donner la force, et il va conduire les circonstances d’une manière qui peut-être va nous surprendre.

Donc je veux souligner : faut pas s’exposer, faut pas se mettre en avant comme si on était un apôtre, mais en même temps, sans mentir, et on ne sait pas ce qui va se passer, il peut y avoir de très belles interventions de Dieu, comme Dieu peut aussi permettre, et c’est aussi son intervention, d’être soutenu au travers de la persécution et de la difficulté.

Je termine avec un 10e point, et puis après j’aurai quelques remarques de conclusion….

• Le 10e point, c’est que le pire n’est pas le pire.

Une chose est certaine, Jésus s’est levé pour accueillir Etienne au moment où il a été mis à mort à cause de sa foi. Waoh ! Dieu, le Fils, glorifié, lorsqu’il voit celui ou celle qui reste fidèle à son nom, à la vérité, au prix de sa vie… au moment de sa mort il est debout pour l’accueillir.

Alors, bon, ça veut pas dire que c’est souhaitable, faut pas souhaiter la mort, mais en même temps le pire n’est pas le pire, parce que la mort n’est qu’une porte vers une vie avec lui, et la Bible nous dit à répétition combien "il n’y a aucune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui nous sera révélée" (Rm 8.18). Et le 1er geste que nous trouvons, dans l’Apocalypse, c’est celui de Dieu qui essuie les larmes des yeux de ses enfants. Il y a beaucoup de larmes dans notre parcours terrestre, certains beaucoup plus que pour d’autres, mais 1e chose que nous allons vivre avec Dieu, c’est un Dieu qui essuie nos larmes.

Voilà, écoute, je suis conscient, c’est super facile d’en parler, en même temps je prie que ça t’aide à organiser un peu ta pensée, et que ça t’encourage aussi.

Quand je parle avec mes amis africains qui sont souvent persécutés par des mouvements islamiques fondamentalistes, ils sont surpris d’apprendre que l’Europe a été le théâtre de persécutions assez violentes, assez terribles, dans le passé, il y a eu des guerres de religion, les catholiques ont interdit les protestants d’exister, parfois il y a eu des guerres… des protestants ont répliqué. Toujours est-il qu’il était interdit même d‘avoir une Bible, de lire la Bible, et que ceux qui en avaient pouvaient passer sur le bûcher.

Alors j’ai lu le témoignage de 2 Français que Calvin a envoyé en Savoie pour apporter des Bibles ; c’était en 1554, ils s’appelaient Jean Vernou et Antoine Laborie, et ce dernier, Laborie, était un jeune avocat qui venait de se marier, il avait laissé un job assez lucratif pour s’occuper de l’œuvre de Dieu. Tous 2 étaient heureux d’apporter des Bibles en Savoie pour parler de leur foi. Ils ont été arrêtés, je crois qu’ils ont été dénoncés au passage de la frontière, et ils ont été condamnés à être brûlés vifs. Et quelques heures avant sa mort, Laborie écrit une lettre à sa toute jeune femme, et il écrit la chose suivante :

"Anne, ma sœur bien-aimée et fidèle épouse, tu sais combien nous nous sommes toujours aimés, aussi longtemps qu’il a plu à Dieu de nous maintenir ensemble. Sa paix nous a accompagnés quotidiennement, et tu m’as obéi en toutes choses. Je prie que tu sois trouvée pareille et même encore meilleure, s’il était possible, lorsque je ne serai plus. Si le monde et sa pauvreté fait peur à ta jeunesse, remarie-toi, comme je te le recommande, avec un autre frère qui craint Dieu également. Et ne te souviens de moi non comme un mari, mais comme une poignée de poussière, car dès cet instant nous ne serons unis que par les liens de l’amour fraternel. Lorsque ton père apprendra ma mort, je ne doute pas qu’il tentera de te ramener au papisme (c’est-à-dire le catholicisme) et je te supplie, au nom de notre Seigneur, demeure fidèle à la vérité, fais confiance à Dieu, prie-le, aime-le, sers-le, et il ne t’abandonnera pas. Notre petite fille lui sera autant précieuse qu’à toi car il est le protecteur des veuves et des orphelins, l’exemple de Moïse devrait suffire à te le confirmer." (fin de citation)

Alors c’est bouleversant, et je ne le cite pas pour dire que c’est un exemple, ils n’ont pas cherché à mourir, ils ont juste cherché à vivre ce que Dieu mettait sur leur chemin, et ils ont consenti ensuite à la suite – la suite a été tragique, mais Dieu les a fortifiés au travers de cela.

Alors voilà, je prie que tu sois dans un état d’esprit beaucoup plus joyeux et positif, mais que même si les choses devaient devenir aussi terribles que celles que je viens d’évoquer, tu demeures en paix, consciente que nous suivons un Sauveur crucifié, et que ce chemin n’a pas été facile pour lui, et ça n’a pas été facile pour quantité, quantité de disciples. Toujours est-il que – ne prends pas de fardeau supplémentaire sur toi, Dieu a porté nos péchés, Dieu a porté nos faiblesses, et nous qui sommes si petits, nous bénéficions d’une grâce qui est immense… Et même l’apôtre Pierre qui a renié Christ 3 fois, et 3 fois chaque fois de façon plus grave – si tu lis le récit qui nous en est laissé, tu vois qu’au départ il ne fait qu’affirmer qu’il ne connaît pas Jésus, la 2e fois il jure… un peu "sur la tête de ma mère, je ne connais pas Jésus !" Et puis la 3e fois, c’est sous peine d’anathème, c’est-à-dire… "Que mon âme aille en enfer si je mens – je ne connais pas Jésus !" Et quelque temps plus tard, alors qu’il est brisé dans la réalisation de sa faiblesse, de son péché, de sa chute, Jésus vient le retrouver et le rétablir avec cette question extraordinaire : "M’aimes-tu ?"

Et donc je prie que tu demeures avec cette… voilà, dans tout ce que tu es, avec toute la faiblesse mais aussi tout le courage que tu as, puisque tu le témoignes avec cette volonté de transparence et de clarté, eh bien tu réalises à quel point Dieu est de ton côté, il est mort pour cette faiblesse, il est mort pour ton péché, il te prépare une place, il ne t’abandonnera pas, et sur chaque étape du chemin, il sera – je veux le croire – un peu comme une lumière, comme une force, comme un rempart, et comme celui qui te fera passer par ce qu’il permet, avec sa force, et par son Esprit Saint.

Je rappelle à tous ceux qui écoutent ce podcast, merci de prier pour cette sœur, merci de prier pour toutes celles et ceux qui sont dans des situations similaires.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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