Un chrétien peut-il célébrer Noël? (Episode 104)

Dans l'épisode 104, Florent Varak aborde le sujet de la fête de Noël. Un chrétien doit-il prendre part à cette fête? Ou doit-il s'opposer fermement à cette tradition? Florent va aborder les arguments contre cette célébration, puis donner son point de vue. Qu'en pensez-vous?

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La question qui est posée pour ce podcast : Un chrétien peut-il célébrer Noël ?

Voilà une question qui risque de créer quelques débats, je sais que ça divise parfois les familles.

Je commence par quelques histoires :

Moi je suis né dans une famille plutôt opposée au christianisme, donc Noël c’était une question de bons repas et de relations familiales, et c’est un peu la seule tradition qui me vient de mon éducation. Au fil des ans, quand je suis devenu chrétien, puis ensuite pasteur d’une église, on a ensuite beaucoup utilisé la fête de Noël pour communiquer l’Évangile au travers de spectacles, on a même eu la grâce vraiment, grâce à la compétence de gens de l’église de monter une comédie musicale et il y avait jusqu’à 1200 spectateurs par saison qui regardaient cette comédie musicale.

Donc c’était assez épuisant, moi j’arrivais à Noël un peu sur les rotules et je n’avais pas trop envie de passer du temps à célébrer ou à organiser les célébrations de Noël. En même temps mon épouse, qui est américaine, aime énormément cette saison.

Si je ne la retenais pas, elle commencerait à écouter des cantiques de Noël à partir du mois d’août, et maintenant on est tombé sur un compromis : elle peut commencer à partir du mois de novembre !  En tout cas je sais que pour elle, c’est drôlement important et ça fait partie un peu d’une tradition qu’on essaye de mettre en place : le visionnage de films de saison, les cantiques je l’ai mentionné, puis les décorations qui vont avec…

En même temps, j’ai de chers amis qui sont juifs messianiques qui sont assez choqués par la célébration de Noël, et qui rejettent un peu tout ce genre de pratique ou de décorum.

La question est intéressante : faut-il célébrer Noël ?

Bien sûr que non, il ne FAUT pas, le verbe falloir est un verbe très fort, il n’y a rien dans la bible qui nous demande de marquer la saison de Noël, qui nous demande de marquer même la saison de la naissance de Christ. Le christianisme, comme tu le sais si tu es habitué des podcasts, n’est pas une série de fêtes chrétiennes à observer, c’est une relation à Dieu qui débute lorsqu’une personne réalise que Jésus est mort pour elle-même pour ses péchés, qu’ il est le pont, le lien parfait entre lui ou elle et la personne de Dieu.

Par contre est-ce qu’un chrétien peut célébrer Noël ? Est-ce qu’il y a un problème biblique ou même une exhortation à l’inverse biblique pour célébrer ?

Je vais te citer un certain nombre d’arguments pour dire qu’il ne faudrait pas célébrer Noël, du moins, c’est comme ça que certains arguments sont utilisés. Il y a un texte que nous avons en Jérémie 10. 2-5 et je vais lire juste les versets 2 à 4 : Ainsi parle l’Eternel, n’imitez pas la conduite des nations, ne soyez pas terrifiés par les signes du ciel parce que les nations en ont la terreur, car les coutumes des peuples ne sont que vanités. On coupe l’arbre dans la forêt, la main de l’ouvrier le travaille avec la hache, on l’embellit avec de l’argent et de l’or et on le fixe avec des clous au marteau pour qu’il ne vacille pas.

On a ce sentiment ici que vraiment le prophète Jérémie s’attaque à la pratique des sapins de Noël, s’attaque à la pratique de les décorer, de les clouer pour qu’ils soient bien en place et bien stables dans une maison.

Alors on a également une description assez similaire en Esaïe 44, c’est un petit peu différent, mais à mon sens, c’est vraiment mal lire le texte, parce que le verset 5 (Jérémie 10. 5) continue : Ces dieux sont comme une colonne massive, ils ne parlent pas, on les porte, oui on les porte, parce qu’ils ne peuvent pas faire un pas, ne les craignez pas,car ils ne sauraient faire aucun mal, de même qu’ils ne sauraient faire aucun bien.

Et là on réalise que ce dont il est question en Jérémie, ce n’est pas véritablement le fait de décorer un arbre, c’est le fait de prendre un arbre et de le vénérer comme une idole, un dieu, un totem. Jérémie ne parle pas ici d’une notion décorative, de décorer sa maison avec des arbres. Et donc si jamais vous décider de célébrer Noël et que quelqu’un rentre, voit votre arbre avec toutes ses belles décorations et se met à se prosterner devant l’arbre et à invoquer des esprits ou des divinités au travers de cet arbre, je dirais que par conscience pour cet homme ou pour cette femme, c’est dommage de le faire, c’est dommage de célébrer, et probablement que vous devriez le cacher au moins le jour de la visite de cet individu. Par ailleurs, c’est un peu difficile d’imaginer que ça corresponde à une pratique interdite au simple fait de décorer et de commémorer un évènement. Je crois que la visée cultuelle est en cause dans le texte de Jérémie.

D’autres arguments : c’est une fête commerciale et il ne faut pas aimer le monde. C’est effectivement une fête hyper commerciale, ce n’est pas le cas à l’origine bien sûr, et c’est dommage. Mais si ce raisonnement est poussé à l’extrême, alors il faudrait vivre dans un monastère coupé de tout. C’est sûr que nous devons vivre différemment dans ce monde, mais nous ne pouvons pas nous séparer de ce monde. Et je ne suis pas sûr que ce soit vraiment une manière de dire « Voilà puisque les autres en ont fait un commerce parfois un peu odieux, alors on ne va pas participer à cela ».

Ce commerce odieux, il donne aussi du travail à des gens, il donne aussi une activité commerciale qui permet à des gens d’avoir un emploi, donc, il faut aussi relativiser un peu l’ensemble de nos jugements. On vit dans un monde déchu où rien n’est parfait, et rien ne fonctionne pleinement selon une éthique que nous aimerions fraternelle et centrée sur l’amour. Paul ne nous exhorte pas à fuir le monde, mais à une certaine retenue, à fuir les valeurs qui sont contraires à Dieu, mais pas à se couper de tout.

Je pense par exemple à ce que Tite nous dit : tout est pur pour ceux qui sont purs mais rien n’est pur pour ceux qui sont souillés et incrédules. Leur intelligence aussi bien que leur conscience est souillée. Il y a des gens qui sont tellement inquiets de tout, que tout est problème pour eux. Et donc c’est un peu à réfléchir. Est-ce qu’il y a là une conscience un peu faible ? Mais peut être que l’« attaque » de la fête de Noël n’est pas l’attaque principale à mener face à l’influence du monde…

Autre argument : C’est une fête d’origine païenne, les bougies, les guirlandes, le houx c’est vrai, sont recensés dans des pratiques païennes et que ce sont des éléments qui ont été incorporés par les chrétiens ou plutôt que je devrais dire par les pays christianisés et qui ont adoptés à Noël les codes du moment en leur transférant un symbole qui était différent, puisque c’était celui de la naissance de Christ.

Voilà le problème : dire que c’est une origine païenne, est-ce-que c’est rédhibitoire pour faire ou ne pas faire quelque chose ? Je ne me souviens pas d’une personne qui soit venue me voir en disant : “Florent, à chaque fois que je vois un arbre je pense aux divinités païennes, enfin par un arbre j’entends un sapin de Noël dans une maison, ça me fait penser aux divinités païennes, ça me pousse à adorer des idoles, quand je vois un sapin dans une maison qui est décoré”.

La racine païenne est tellement éloignée qu’aujourd’hui, c’est un peu exagéré d’utiliser cet argument. Si ça crée un problème pour toi, je crois qu’il faut que tu t’en sépares bien sûr, mais à ce jour, je n’ai rencontré personne qui ait eu envie de se prosterner devant un arbre de cette manière ou qui se dise : “ ah ça me donne vraiment envie de retenir au paganisme quand je vois la beauté de ces arbres ou de ces fêtes”. Et puis le problème de l’origine païenne, c’est qu’il y a beaucoup de choses qui sont d’origine païenne.

Sais-tu par exemple que les jours de la semaine reprennent les noms des divinités de la mythologie gréco-romaine en tout cas de lundi à vendredi? Pour autant on les utilise sans crainte d’invoquer un dieu à chaque fois qu’on fixe un rendez-vous un lundi, mardi ou mercredi.

Autre argument, cette fois-ci utilisé plutôt par les témoins de Jéhovah qui remarquent que seuls les méchants observent leur anniversaire dans la bible : pharaon c’est le cas par exemple et Hérode. Là encore à mon sens, c’est vraiment mal lire le texte, ce n’est pas que ces gens-là sont repris ou manifestent leur méchanceté en célébrant leur anniversaire, mais c’est que le jour de leur anniversaire ils font des choses odieuses.

On pense bien sûr à Hérode qui demande la tête de Jean-Baptiste. Et donc ça a laissé un goût amer à cet évènement, mais de là à en faire un principe que tous les anniversaires sont des expressions païennes et vulgaires ou égoïstes, c’est vraiment aller bien au-delà de ce que la bible enseigne.

Si la bible n’interdit pas ce genre de choses, c’est à mon sens inutile de rajouter des règles : 1 Corinthiens 6.12 doit être notre garde-fou  “Tout m’est permis mais tout n’est pas utile, tout m’est permis mais je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit.”

Donc, il y a une forme de permission en quelque sorte dans ce genre d’activités qui ne sont pas vraiment évoquées dans l’Écriture, à condition que cela ne soit pas une forme d’asservissement; il ne faut pas que les attentes liées à la saison de Noël soient si exagérées, qu’elles empoisonnent toutes les relations du foyer pendant cette période. 1 Corithiens 10.23 L’apôtre Paul reprend et il ajoute :” tout m’est permis mais tout n’édifie pas.”

Et là peut-être qu’on peut se servir de cette célébration pour édifier et pour chercher à communiquer quelque chose de cette saison. C’est là-dessus que je terminerai tout à l’heure, parce que je pense que c’est une belle occasion de parler de Jésus à une société, à une civilisation qui a perdu la perspective de l’origine de cette fête.

A mon sens, il est parfaitement légitime de choisir de ne pas célébrer la naissance du Christ, il est parfaitement légitime de choisir de célébrer la naissance du Christ. Dans la mesure, et dans les deux cas où ça vise l’édification de l’autre, et que cela ne viole pas sa propre conscience, et que je crois que c’est là où il faut s’en tenir.

Par contre il serait vraiment erroné d’interdire la fête de Noël pour des raisons qui seraient absolument fausses, par exemple s’imposer un sacrifice méritoire : je ne célèbre pas Noël, je suis un homme meilleur que les autres, Dieu me regarde faire ça, ça lui fait plaisir et il m’accueillera mieux. Ça c’est un comportement de secte qui cherche à vendre la faveur de Dieu à un certain nombre de codes. Ou pour faire croire qu’on est plus proches de la bible ou supérieurs à d’autres.

En fait, c’est exactement ce genre d’esprit qui est condamné dans l’Écriture, et je remarque que lorsqu’on élève une considération mineure au rang de considération majeure, au rang de principe, ce que l’on est en train de faire c’est qu’on est en train de masquer ce qui est essentiel à la bible.

Or ce qui est essentiel à la bible, ce ne sont pas les fêtes, ce qui est essentiel à la bible, c’est la personne même de Jésus Christ c’est le salut qu’il nous accorde, la relation que nous avons à lui, la sanctification qu’il nous demande de vivre, et bien sûr, l’espérance de son retour en gloire.

Colossiens nous rappelle : “Si vous êtes morts avec Christ aux principes élémentaires du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous laissez vous imposer ces règlements : ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas, toute chose est vouée à la corruption par l’usage qu’on en fait.”  Il s’agit de préceptes et d’enseignements humains qui ont, il est vrai, une apparence de sagesse en tant que culte volontaire humilité et rigueur pour le corps, mais qui ne méritent pas l’honneur, et contribue à la satisfaction de la chair.

Toute personne qui s’imposerait cette règle en se faisant mousser comme étant un homme ou une femme supérieurs aux autres, tomberait vraiment dans le piège plus grave me semble-t-il, que de célébrer Noël, qui est celui de se croire supérieur aux autres et accueilli par Christ en fonction d’une obéissance externe et non en fonction de la foi qui engendre des œuvres dignes de la foi.

Je termine avec quelques remarques et une petite exhortation pour conclure :

Les fêtes juives ordonnées dans l’ancien testament rappellent les grandes interventions de Dieu dans l’histoire. Et à ce titre, je pense que célébrer, ou en tout cas se souvenir de façon marquée de la naissance de Christ, c’est vraiment un moyen de se souvenir que, le Dieu créateur de l’univers s’est intégré sur terre. Il a pris chair humaine, il est devenu homme. Quelle grâce, quel cadeau qui nous est fait ! Et je crois que le célébrer, c’est marquer le coup et c’est compatible avec ce que l’on trouve me semble-t-il dans les exemples de l’ancien testament.

Deuxième remarque, un ange est venu annoncer la naissance de Christ aux bergers. C’est quand même une forme formelle de célébration de la naissance de quelqu’un, j’ajoute que le verset suivant Luc 2.10-14 nous montre qu’il y a eu comme un concert de louange dans le monde dès la proclamation de la naissance de Christ et Luc 2.15 nous montre que les bergers ont célébré cette naissance. Et donc dire qu’il n’y a pas de trace de célébration de la naissance du Fils de l’homme, c’est probablement aller un peu au-delà du texte. Et même les sages d’Orient viennent probablement jusqu’à peut-être 2 ans après les faits, après la naissance de Christ, et ils viennent avec des cadeaux marquant la naissance du roi. Bien sûr ces cadeaux avaient une fonction, un objectif puisque la famille de Jésus allait être en exil pendant quelques temps mais néanmoins la naissance est marquée.

Je termine sur cette exhortation : se livrer à la joie, se livrer à la générosité, parer sa maison d’éléments festifs, rappeler l’intervention de Dieu dans l’histoire, ça peut être une très belle chose si c’est bien fait, si c’est édifiant, si c’est encourageant. Surtout si c’est aussi pour parler à un monde qui a oublié qui est Jésus, parler de cette venue du sauveur qui fait irruption dans l’histoire pour rétablir ce qui est brisé. C’est dommage de se priver de cette saison et de se priver de cette belle nouvelle que Dieu s’est fait homme pour nous sauver.

Je signale, je fais une pub pour laquelle je n’ai aucun intérêt personnel direct, mais je signale que les éditions Clefs viennent de sortir un très beau livre de Timothée Keller sur Noël; voilà un livre à offrir pour susciter la réflexion de nos contemporains et leur donner le vrai sens de cette saison, c’est une belle opportunité pour cela.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire. Florent est aussi conférencier, professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève, enseignant à l'Ecole biblique de Lyon et directeur international du développement des églises évangéliques des Frères (Encompass).

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