Le chrétien a-t-il le droit d’épargner? (Épisode 25)

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Transcription :

« Cette transcription vous est proposée par les bénévoles de Toutpoursagloire.com. Nous cherchons à garder le style oral des épisodes pour ne pas déformer les propos des intervenants. De même, nous rappelons que ces transcriptions sont mises à disposition mais que les paroles de l’auteur (podcast et vidéo) restent la référence. N’hésitez cependant pas à nous signaler toutes erreurs ou incohérences dans cette transcription. Merci d’avance. »

La question est posée : d’un point de vue biblique, est-t-il mauvais d’économiser ? Dans une société post-moderne où la prévoyance est une norme même à l’intérieur de l’église, comment concilier cela avec les paroles de Jésus qui dit : « N’amassez pas de trésor sur la terre. » ?

Alors, c’est une très bonne question bien sûr, et je voudrais répondre en sept points à cette question-remarque-affirmation.

1) Premièrement : Économiser est une nécessité pour des achats conséquents.

Proverbes 21. 20 dit : « Il y a un trésor précieux et de l’huile dans la demeure du sage ; mais l’homme insensé les engloutit. » Qu’est-ce-que ça veut dire ? Ça veut dire qu’avec un comportement dépensier à l’opposé du fait d’économiser, et bien, on va perdre l’ensemble de notre argent dans de multiples achats qui ne permettront pas de réaliser l’acquisition d’éléments de valeur. Alors, acheter une voiture, acheter une maison, à moins d’avoir un salaire colossal, un héritage ou d’être vraiment fortuné, ne peut passer que par un acte d’économie. Donc, économiser, me semble faire partie de la prévoyance la plus élémentaire qui relève du bon sens pour pouvoir acheter des objets dont le prix est conséquent.

2) Deuxième remarque : Économiser est préférable aux emprunts.

Je sais qu’il y a des chrétiens qui ont des avis différents sur la validité de l’acte d’emprunter, mais Proverbes 22. 7 nous dit : « Le riche domine sur les pauvres, et celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête. » C’est juste une observation, c’est évidemment pas une prescription mais « celui qui emprunte est l’esclave de celui qui prête. » Notre maison appartient à la banque encore, pendant, je crois une quinzaine d’années et c’est une réalité. Dans un certain sens, je suis sous le contrôle, sous l’esclavage de mon banquier qui est, heureusement quelqu’un de très… très réglo, mais tout ça pour signaler qu’il est préférable d’économiser à celui d’emprunter, parce que je n’ai pas le même rapport, j’ai une vraie liberté si j’économise des années avant d’acheter. Bien sûr, là encore, ce n’est pas toujours possible, nos ressources financières ne nous permettent pas toujours d’économiser en vue de l’acquisition d’une maison mais, c’est préférable quand même, je l’observe, au fait d’emprunter.

3) Troisième remarque : Économiser ne doit pas entraver le contentement.

Hébreux 13. 5 nous dit : « Que votre conduite ne soit pas inspirée par l’amour de l’argent ; contentez-vous de vos biens actuels ; car Dieu lui-même a dit : je ne te délaisserai pas ni ne t’abandonnerai. »

Économiser ne doit pas être une manière de thésauriser à l’excès pour se constituer une réserve qui, si elle faisait défaut, nous rendrait vraiment tristes ou nous rendrait dépendant d’un bonheur futur associé à un compte en banque bien rempli. Donc, économiser, ça ne doit pas être une démarche un peu, qui cherche justement à thésauriser pour soi et qui ruinerait notre appréciation de la vie, de notre l’appréciation de ce que Dieu nous donne avec abondance.

4) Quatrième remarque : Économiser ne doit pas ôter notre dépendance en Dieu.

Il y a cette parabole assez célèbre qui ne parle pas de l’acte d’économiser ou de thésauriser en tant que tel, mais plutôt qui nous parle de cette attitude où on se confie dans ce que l’on a acquis, accumulé, mis de côté et cette parabole se trouve en Luc 12. 16-21, où nous lisons : « Les terres d’un homme riche avaient beaucoup rapporté. Et il résonnait en lui-même et disait : Que ferai-je ? Car je n’ai pas de place pour amasser mes récoltes. Voici, dit-il, ce que je ferai : j’abattrai mes greniers, j’en bâtirai de plus grands, j’y amasserai tout mon blé et mes biens ; et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit : Insensé ! Cette nuit même ton âme te sera redemandée ; et ce que tu as préparé, à qui cela sera-t-il ? Il en est ainsi de celui qui accumule des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche pour Dieu. »

Alors, c’est intéressant, parce que là, cet acte d’économie qui cherchait à mettre l’individu à l’abri de tout besoin, dénote une autonomie, une indépendance et une perception un peu, qui exclut Dieu de tout ce processus de réflexion, et cet homme, il n’est pas riche pour Dieu.

Il se constitue un trésor pour lui-même. Donc, il y a une notion que économiser doit avoir une portée supérieure au simplement fait de se mettre à l’abri soi-même, et ça c’est une question d’attitude, c’est une question de gestion des finances, de gestion des priorités, de gestion aussi de la manière dont on utilise nos richesses ; ce n’est pas tout à fait la question qui est posée, mais qui doit être généreuse qui doit permettre de pourvoir aussi à l’œuvre de Dieu évidemment pourvoir aux besoins de sa famille.

5) Et c’est le cinquième point que je voudrais relever, c’est que : Economiser ne doit pas nous empêcher de prendre soin des besoins et désirs raisonnables de nos familles.

1 Timothée 5. 8 nous dit : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens surtout de ceux de sa famille, il a renié la foi, il est pire qu’un infidèle. »

Alors, économiser pour un but personnel alors que par exemple, ses parents, son conjoint ou ses enfants ont des besoins financiers immenses, c’est assez terrible ! Exclure de donner cet argent pour des besoins fondamentaux encore une fois, pas pour des désirs personnels, que nos parents pourraient avoir ou que les membres de nos familles pourraient avoir, parce qu’on préfère économiser en vue de je ne sais pas quelle retraite, quel voyage, etc… ça ne peut pas se faire, on ne peut pas économiser pour soi de façon égoïste, ce qui nous empêcherait de prendre soin des membres de notre famille.

6) Sixièmement : Économiser ne doit pas se faire au dépend du soutien de l’œuvre de Dieu.

J’ai relevé encore avec plaisir ce que 1 Corinthiens nous dit, d’abord, il nous dit en 1 Corinthiens 16. 1-4 que l’on doit… la Bible nous demande de mettre le premier jour de la semaine selon ses moyens, c’est-à-dire, de façon réfléchie, proportionnelle, sans aucune pression émotionnelle, ou sans aucune manipulation spirituelle en disant que c’est comme ça que l’on obtiendrait je ne sais quelle bénédiction, donc ça doit être au contraire… vraiment… on va mettre de côté, un peu de ce que l’on reçoit, pour les collectes en faveur des pauvres et en faveur de l’œuvre de Dieu.

2 corinthiens 9 nous dit : « Celui qui sème peu moissonnera peu, celui qui sème en abondance moissonnera en abondance. Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie. » Donc, il y a une démarche joyeuse, librement consentie, proportionnelle et le fait d’économiser ne doit pas mettre en danger cet acte de contribution volontaire à l’œuvre de Dieu. L’œuvre de Dieu dépend de la bonne volonté du cœur de ceux qui font partie de l’église.

7) Septième remarque et ce sera ma dernière : Economiser, c’est aussi transmettre à nos enfants de quoi se lancer.

Et donc, il y a une démarche qui n’est pas centrée sur le fait de thésauriser pour soi mais, Proverbes 13. 22 nous dit : « L’homme de bien transmet à ses petits-fils un patrimoine, les ressources du pécheur sont réservées pour le juste. » Et le sous-entendu qui est dans ce contraste, c’est que la personne qui ne réfléchit pas à sa manière de gérer le patrimoine et les ressources qu’il a, seront dilapidées et c’est d’autres qui vont en profiter, alors que l’homme de bien transmet à ses petits-fils, c’est-à-dire à une génération encore plus loin que simplement ses propres enfants un patrimoine, et donc je ne pense pas qu’il soit intrinsèquement négatif d’économiser, de mettre de côté, d’être prévoyants, mais comme toutes choses, ce doit être une démarche sage qui peut devenir stupide ou qui peut devenir anti-chrétienne dans un certain sens, ou contre l’éthique biblique si elle est motivée par l’amour de l’argent, la volonté de s’enrichir, la convoitise et donc, il y a une attitude que Dieu seul peut scruter dans nos cœurs, que nous devons scruter dans nos propres cœurs.

En quoi est-ce-que j’ai confiance ? Pourquoi est-ce-que je souhaite mettre de l’argent de côté ? Et je pense que c’est cette perspective qui rendra cet acte d’économiser ou pas, juste ou pas juste.

C’est aussi, réfléchir à la capacité de se détacher : on arrive nu sur cette terre on repart dans les mêmes vêtements, et tout ce que nous obtenons est vraiment un prêt que l’on doit gérer correctement. On nous confie des biens qu’il nous faut gérer, et donc on doit aussi être prêt à s’en séparer, à s’en séparer parce que les circonstances de la vie soudainement nous en privent. Je pense à des situations de faillite, je pense à des situations tragiques de maladies où on n’est plus à même de pouvoir économiser autant, et il ne faudrait pas que cela nous rende amer et qu’on se sente vraiment contraint de garder, de thésauriser un trésor.

Notre trésor, c’est Jésus-Christ, c’est la vie éternelle, c’est l’amour que nous portons à ceux qui nous entoure. Ça, c’est notre trésor et donc, il y a vraiment une question d’attitude.

Enfin, et je terminerai là-dessus, je connais pas mal de situations où les dépenses folles d’un père de famille ou de parents, alors des dépenses folles comme des vacances constantes, ou bien la participation à des jeux de hasard, ont ruiné les économies de familles entières. Et donc, économiser, ça peut être une démarche généreuse à l’inverse d’une attitude dépensière pour sa famille, et une démarche qui soit pleine de sagesse pour l’avenir. Ce n’est pas la seule donnée à considérer, les situations individuelles, les appels de vie individuels doivent être pris en compte. C’est sûr que certains choix de carrière vont faire qu’on pourra plus facilement mettre de côté que d’autres, et il faut aussi les accepter avec sérénité et à faire confiance que l’on ait de l’argent ou pas, que notre bien-être ne dépend pas de la quantité d’argent sur notre compte, mais finalement de la présence active, de la communion que nous avons dans présence active du Seigneur, de la communion que nous avons avec lui et ça, ça doit rester, demeurer la priorité. « Chercher d’abord le royaume de Dieu » et toutes ces choses matérielles, toutes ces contingences matérielles et bien, Dieu saura nous les accorder selon ce qu’il estime juste, nécessaire et on peut lui faire confiance en cela aussi.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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