Comment voir la politique à la lumière de la Bible? (Épisode 51)

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Comment voir la politique à la lumière de la bible ? (épisode 51)

La question est posée : comment le chrétien peut-il se positionner par rapport à la politique ? Vote, adhésion à un parti politique, comment voir la politique à la lumière de la Bible ?

C’est une excellente question, et j’y réponds de Bangui en République centrafricaine.

Je voudrais juste saisir cette occasion pour que tu pries à la fin de ce podcast pour ce pays, pour son relèvement et l’engagement de chrétiens qui essaient de faire une différence dans ce pays frappé par la pauvreté et la violence, et avec d’énormes difficultés. Et principalement, puisque c’est le sujet de ce podcast, je t’inviterai à prier pour le président, Monsieur Touadéra. C’est un homme qui est un universitaire, c’est un intellectuel. J’ai eu l’occasion très brièvement de le rencontrer, et il m’a semblé être d’abord un chrétien authentique, né de nouveau, mais avec une profonde humilité. Et je trouve que ce serait chouette que tu puisses prier que Dieu lui accorde la sagesse, que Dieu l’entoure de conseillers corrects, et qu’il puisse vraiment tracer un chemin de justice dans ce pays marqué par beaucoup de problèmes. Donc voilà, ce serait sympa, suite à ce podcast, de prier pour la République centrafricaine.

C’est une question très pertinente, surtout à l’approche des élections en France ! Je voudrais te signaler qu’avec Philippe Viguier, le pasteur qui m’a remplacé à l’église de Villeurbanne, nous avons écrit un petit livre qui s’intitule L’Evangile et le citoyen, qui va aller beaucoup plus loin que ce podcast, même si c’est un ouvrage assez court et succinct qui propose de réfléchir à 5 modèles d’interactions entre le chrétien et la politique. Alors je te le propose d’autant plus librement que je ne tire aucun profit ni bénéfice des ventes de ce livre. Ce n’est pas par intérêt que je te propose de l’acquérir.

Passons déjà à la définition de la politique : c’est l’action d’organiser la vie de la cité. Et organiser et cadrer le fonctionnement d’une société, c’est vraiment nécessaire. En fait, Romains 13 parle de l’État comme d’un serviteur chargé de servir Dieu pour le bien, pour servir la justice, pour permettre qu’il y ait un certain ordre dans la société. Et même un mauvais ordre est préférable au chaos et à l’anarchie qui règnent lorsqu’il n’y a pas de gouvernement. Et j’ai été dans des pays où il n’y avait aucun gouvernement, et c’est vraiment terrible parce que c’est la loi du plus fort, une corruption rampante et terrible, et donc, c’est une belle activité la politique même si c’est aussi le lieu des ambitions, et donc c’est pas toujours un lieu très joli. Mais néanmoins, c’est un lieu qui permet à la société de subsister, et Dieu a établi les rois et les présidents en quelque sorte pour un fonctionnement meilleur de la société.

Pour répondre à cette question je crois qu’il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer le rôle individuel, potentiel, d’un chrétien, et le rôle d’un responsable d’église ou de l’église en général.

(1) Commençons par le rôle individuel d’un chrétien.

  •  Si ta vocation c’est d’intégrer la sphère politique, il faut que tu y participes ! C’est un appel comme un autre, comme d’autres sont appelés, enfin je ne pense pas à quelque chose de mystique, mais ils sont vraiment qualifiés pour être médecins et à ce titre, ils doivent opérer… manifester leur fonction de façon éthique et de façon chrétienne. D’autres sont appelés à être enseignants, d’autres, artisans, et tous ces appels sont vraiment à la gloire de Dieu. Il n’y a aucune distinction entre un appel pastoral et un appel professionnel, séculier. Nous sommes tous rois, prêtres et prophètes de par notre association à Jésus-Christ, et notre contribution à la société, à ce titre, est chouette.
  •  Mais si jamais tu as la conviction que tu dois t’engager en politique, il me semble que tu ne peux pas le faire « au nom du christianisme ». Tu le fais en tant que chrétien, inspiré de valeurs chrétiennes, mais tu n’es pas là pour imposer une sorte ou une forme de théocratie.

C’est d’ailleurs intéressant, car dans le pays où je suis, j’ai entendu plusieurs responsables d’églises utiliser des formes prophétiques tirées de l’Ecriture pour l’appliquer à leur pays, et je me suis dit : « Il y a un glissement potentiel dangereux où on va chercher à établir un règne sur ce pays, un règne marqué par les lois de Dieu, un règne où Dieu règnerait ». Ca s’appelle une théocratie et, dans l’histoire de l’Église, ça a toujours été quasiment un échec, parce que on ne peut pas demander à des non chrétiens de vivre selon des valeurs chrétiennes. Donc, le rôle d’un homme politique chrétien n’est pas d’imposer ou de faire venir un règne chrétien ou des lois chrétiennes.

  •  Et on voit la différence avec le prophète Daniel. La théocratie c’est vraiment le modèle d’Israël : un Dieu qui règne sur un territoire selon ses lois. Et ses lois disaient que les devins et tous ceux qui pratiquaient la divination devaient être mis à mort parce qu’ils roulaient les gens dans la farine et souvent les éloignaient de Dieu. C’était inacceptable dans le contexte d’une théocratie.

Voilà que nous retrouvons Daniel à des kilomètres de là, à Babylone, il est en exil et c’est lui qui sauve la vie des devins et des astrologues de son pays, qui sont des païens qui ne connaissent pas Dieu et tout ça, mais c’est lui qui intercède auprès du roi pour qu’ils ne soient pas mis à mort. Pourquoi ? Parce qu’il ne s’estime pas être sous un régime théocratique à Babylone, et donc il y a vraiment une réflexion à mener sur la manière dont un chrétien doit orienter éventuellement une action politique. Et il me semble absolument improbable et injuste, non biblique, d’imaginer qu’il existerait un jour un parti chrétien. Ce serait vraiment très dangereux. Ce serait une utopie et on le montre dans le livre, ou en tout cas on essaie de l’évoquer.

  •  Par contre si un chrétien s’engage en politique, il doit manifester les vertus chrétiennes : l’humilité, le respect des gens, la justice, etc. Il faut bien choisir ses objectifs et il faudra garder une certaine distance avec le monde. Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des voyageurs et des étrangers, donc il faut rester assez sensible au fait que notre action est vraiment limitée.
  •  Et puis il faut aussi imaginer qu’il y aura dans ton église des gens qui ne seront pas d’accord avec toi, et tu dois les respecter. Dans l’église, nous sommes unis autour de la croix et autour de la personne de Jésus-Christ, en aucun cas autour d’un programme politique ou d’un programme sociétal. Il peut y avoir des différences entre les chrétiens sur l’accent à mettre soit sur la justice, soit sur l’éducation, soit sur la solidarité, soit sur l’amour du prochain. Ce ne sont pas des questions faciles à trancher et il peut y avoir des avis différents sur ces problématiques, et le chrétien engagé en politique doit reconnaître qu’il sert selon ses convictions et dans le respect de convictions qui sont aussi différentes.

(2) Maintenant, passons au rôle d’un responsable d’église ou de l’Église en elle-même.

  •  Moi, à mon avis, l’Eglise et ses responsables doivent être strictement apolitiques, mais vraiment strictement apolitiques, c’est-à-dire sans jamais donner une préférence publique pour un candidat ou une orientation politique. Et rapidement, j’aimerais évoquer plusieurs raisons sur ce qu’on pourrait qualifier de lobbying que l’on trouve dans certains pays où les chrétiens font du lobbying pour établir des lois chrétiennes :
  •  Alors à mon avis, il n’existe aucun mandat du Nouveau Testament pour une influence politique, c’est-à-dire que l’Église n’est jamais placée devant le devoir d’influencer la société par des lois. Non seulement cela mais…
  •  … il n’y a jamais aucun exemple d’influence politique. Et encore une fois on ne cherche jamais à changer les lois. Je vois l’apôtre Paul qui aurait pu à Ephèse essayer de faire changer les lois concernant les idoles et autres, il ne le fait pas. Ce n’est pas son souci. Il est sur une problématique de transformation des coeurs. Il n’y a pas d’exemple, il n’y a pas non plus de mandat.
  •  Et troisième remarque : on a vraiment un effort continu qui va du lobbying à la théocratie. Et donc quand on s’engage dans ce chemin, malheureusement la fin de ce chemin c’est une forme de dictature chrétienne, la théocratie, et généralement, ça rend les gens vraiment opposés au christianisme plutôt que de les faire aimer Jésus-Christ.
  •  Et je voudrais souligner, c’est ma quatrième raison, que le christianisme est impossible sans le Saint-Esprit. Déjà que c’est difficile pour nous de vivre la Parole de Dieu mais alors comment faire vivre cette Parole dans des gens qui n’ont pas été régénérés ?
  •  Autre remarque – je crois que j’en suis à ma cinquième -, la moralité ne sauve pas. Même si toute la France adoptait les 10 commandements, même si toute la France vivait par les 10 commandements, à la fin, ces gens seraient quand même éloignés de Dieu à jamais. Donc ce n’est pas le message de l’Église de faire en sorte que la société suive les 10 commandements. La moralité ne sauve pas.
  •  Et, autre remarque, le lobbying antagonise ceux qui ont besoin de l’Evangile. C’est-à-dire que si je prends fait et cause contre une certaine manière de vivre, je ne peux pas facilement parler de la rédemption qui est en Jésus-Christ pour ceux qui sont liés à cette manière de vivre.
  •  Et, autre remarque, cela laisse un héritage douloureux dans l’histoire de l’Église. Combien de gens refusent le christianisme à cause des guerres de religion, à cause des impôts et de l’oppression de l’Église sur le peuple, à cause de tous les mauvais exemples du règne des chrétiens ou de ceux qui se réclamaient du christianisme dans l’histoire ?
  •  Il est également impossible d’équilibrer les valeurs bibliques parce que, que dire de la justice par rapport à la solidarité, de la responsabilité individuelle et de la solidarité collective ? C’est vraiment très difficile à équilibrer ; je ne pense pas qu’il y ait d’absolu, mais peut-être des accents à porter selon le temps et les moments.
  •  Neuvième remarque : nous sommes des visiteurs et je l’ai souligné, nous sommes des résidents temporaires, c’est ce que nous dit 1 Pierre 2. On n’aimerait pas qu’un étranger nous dise comment vivre, eh bien de la même manière nous sommes là dans ce monde, non pas pour apporter une manière de vivre, mais pour apporter un sauveur.
  •  Et c’est très difficile – et c’est ma dernière remarque -, d’honorer ceux contre qui on s’oppose. Et la Bible nous demande d’honorer tous les hommes et d’honorer l’empereur, d’honorer le roi et donc c’est un chemin qu’il ne faut pas prendre en tant qu’Eglise.

Il y a quelques textes essentiels pour comprendre notre interaction avec le monde et la politique :

  •  Romains 13 qui parle de soumission aux autorités. Elles sont chargées d’établir un ordre, il faut les respecter ;
  •  Actes 5. 29 qui modère cette soumission en disant qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. C’est-à-dire qu’il y a une limite à notre soumission. Lorsque le gouvernement nous demande d’agir contre les principes de Dieu, nous devons désobéir quelles que soient les conséquences que cela peut engendrer. Et donc la soumission a une limite. Cette limite c’est par rapport à soi. Si le gouvernement impose de moi quelque chose, j’ai le droit de le rejeter, mais ça ne veut pas dire que moi, j’ai le droit d’imposer au gouvernement quelque chose ; simplement moi je ne vais pas entrer dans ce jeu là.
  •  1 Pierre 2 qui parle de diverses attitudes de respect et de distance, et c’est un peu le thème de notre livre, livre que j’ai évoqué en début de podcast.
  •  Et puis il y a 1 Timothée 2. 1-8 que je vais lire et qui dit : « J’exhorte donc, en tout premier lieu, à faire des requêtes, prières, intercessions, actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui occupent une position supérieure, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et dignité. Cela est bon et agréable devant Dieu, notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu, et les hommes, le Christ-Jésus homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous : c’est le témoignage rendu en temps voulu, pour lequel j’ai été moi-même établi prédicateur et apôtre – je dis la vérité, je ne mens pas -, docteur des païens, dans la foi et la vérité. Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant des mains pures, sans colère ni contestation ».
  •  Et moi ce que je remarque dans ce texte, et il me semble assez important par rapport à la question, c’est que nous devons prier, et prier avec reconnaissance. Nous devons élever nos mains, des mains pures, c’est-à-dire qui sont sans colère, pour les gouvernements, parce que comme je l’ai souligné, un mauvais gouvernement est préférable à l’absence de gouvernement. Et tu vois, cette attitude, ce n’est pas une attitude militante, c’est une attitude de dépendance vis-à-vis de Dieu. Nous devons prier pour nos gouvernements. Et quand nous prions pour le gouvernement, nous ne prions pas pour qu’il adopte des lois chrétiennes. Ce que Paul exprime au centre de ses deux exhortations à prier, c’est que nous devons prier pour un gouvernement ou pour un candidat qui va faciliter une vie paisible et tranquille.
  •  C’est-à-dire quelqu’un qui est capable d’orchestrer la vie en sorte que le vivre ensemble soit plus facile. Et, comme il parle de l’évangélisation, je pense que l’idée centrale c’est que cette vie paisible et tranquille nous permette d’évangéliser paisiblement, de proclamer notre foi. Donc finalement quand nous prions pour le gouvernement, nous prions pour que Dieu accorde et garde une liberté de conscience. Parce qu’avec cette liberté de conscience, on peut prêcher l’Evangile, et en pouvant prêcher l’Evangile, les âmes sont transformées les unes après les autres pour que globalement, ensuite, la société soit métamorphosée. Bon, c’est évidemment le souhait et la prière que l’Evangile ait un impact concret, pas simplement une vue de l’esprit, une foi détachée de la réalité, mais que ça engendre une manière de vivre différente.
  •  Quand Jésus était devant Pilate, il a rappelé que son royaume n’était pas de ce monde, et lorsque Pierre a voulu défendre – s’il y avait un moment où il fallait défendre de façon humaine -, lorsque Pierre a voulu défendre Jésus en prenant son épée, Jésus l’a repris en disant que celui qui prendrait l’épée mourrait par l’épée. En tant que chrétiens, en tant qu’église, en tant que responsables d’églises, on n’est pas là pour modifier la donne politique, on est là pour transformer les coeurs par la prédication de l’Evangile de Jésus-Christ.

Voilà, ce n’est pas un sujet facile et je ne peux en parler que en quelques minutes ici. Alors n’oublie pas : à la fin de ce podcast, prends juste un instant pour prier pour la Centrafrique, prier pour le président, Monsieur Touadéra, et prier que Dieu lui accorde ainsi qu’à ses conseillers, tous ces hommes et ces femmes de ces églises de rester accrochés à Christ et d’avoir de la sagesse pour les prochaines décisions qui doivent être prises pour ce pays. Merci.

Florent Varak

Florent Varak est pasteur, auteur de nombreux livres dont le Manuel du prédicateur, L'Évangile et le citoyen et la ressource d'évangélisation produite en co-édition avec TPSG: La grande histoire de la Bible. Florent est aussi conférencier, et professeur d'homilétique à l'Institut biblique de Genève. Il est le directeur international du développement des Églises au sein de la mission Encompass liée aux églises Charis France. Il est marié avec Lori et ont trois enfants adultes et mariés ainsi que quatre petits-enfants.

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  • Etienne Omnès dit :

    Merci pour cet épisode. Il aide énormément à fixer les idées.

    Je dois avouer être tenté par voir l’église jouer un rôle public, mais tu m’as convaincu que ce n’était vraiment pas comme ça qu’il fallait faire, du moins pas dans ce sens. Merci.

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